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Politique agricole La Bretagne adopte un plan agricole et agroalimentaire

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Le projet de Plan agricole et agroalimentaire régional (Paar) présenté par le préfet de région Bretagne Michel Cadot, lundi 20 décembre à Rennes, définit 18 actions pour réduire ses fragilités structurelles.

Pour le préfet de la région Bretagne, Michel Cadot, le Paar représente un schéma d’orientation du secteur pour les 10 prochaines années. Il s’agit, selon lui, d’une « ambition collective et une feuille de route » comprenant 18 actions à mettre en œuvre dès le début de l’année. Elles suivent 4 axes : inscrire l’agriculture et l’agroalimentaire dans les grands enjeux de société (foncier, énergie...) ; renforcer la compétitivité du secteur agricole et forestier (améliorer les performances des exploitations, moderniser les exploitations...) ; accroître la valeur ajoutée des filières (amont et aval) ; mobiliser l’ensemble des acteurs professionnels, des collectivités et de l’Etat pour réussir l’adaptation du secteur.
Bien que ce plan doive encore être amendé dans les détails à l’issue d’une réunion restreinte prévue le 24 janvier, l’architecture de l’ensemble ne bougera plus et le plan servira de cap au secteur, dès « le début 2011 », souligne Michel Cadot.

Réaffectation de crédits

Le projet ne bénéficiera pas de moyens financiers nouveaux mais d’une réaffectation de crédits, actuellement dispersés. Il s’agit donc d’une réorganisation des actions de l’Etat, dans le cadre d’une nouvelle stratégie. Le Paar rappelle la Charte pour une agriculture pérenne que la Bretagne avait mise en œuvre, à partir de 2001. Dix ans plus tard, la nouvelle impulsion de l’Etat s’inscrit dans « une période de mutations agricoles et de crise conjoncturelle dans de nombreuses filières, (et) il est nécessaire d’éclairer les perspectives du secteur et ses modalités de développement à court et moyen terme », est-il écrit en préambule du plan. Il s’agit évidemment d’associer l’agriculture et l’agroalimentaire qui forment une même chaîne de production. La puissance publique a lancé cette réflexion au début 2010 en y associant l’ensemble des acteurs agricoles, agroalimentaires et environnementaux de la région.

Un diagnostic critique

Un groupe d’experts a établi en avril un diagnostic de l’économie paysanne bretonne. Il est sans appel. La Bretagne demeure la première région agricole française (12 % de la ferme France). Mais elle ne génère que 7 % de la valeur ajoutée brute, avec un résultat net agricole par actif de 30 % inférieur à la moyenne nationale. L’industrie agroalimentaire bretonne, elle, ne parvient pas à tirer son épingle du jeu en matière de valeur ajoutée de la production (15,4 % contre 17,7 % en France) alors qu’elle concentre 14 % du chiffre d’affaires national. Le diagnostic identifie des fragilités dans l’industrie laitière, porcine, avicole. Il relève que ses produits considérés de « haute valeur sanitaire » sont mal valorisés. Emplois, environnement, énergie, agriculture bio, réglementation... Tout figure dans le diagnostic qui se veut exhaustif. Avant sa publication, cette photographie précise des forces et faiblesses de l’agriculture et de l’agroalimentaire bretonnes a fait l’objet de débats, lors d’une conférence agricole régionale, fin avril. Au final, « ce diagnostic a été partagé par tous », se réjouit Michel Cadot.
Parmi les 18 actions qui en découlent, le préfet de région insiste sur plusieurs points. Au chapitre portant sur le renforcement de la compétitivité du secteur agricole, le préfet cite la nécessaire amélioration des performances technico-économiques des exploitations, en raison de l’écart important de coûts de production qui subsiste entre les exploitants. Le plan propose d’accompagner les agriculteurs dans le cadre de diagnostics individuels pour leur proposer « des scénarii d’évolution (...) sur les plans technique, stratégique et organisationnel ». Le financement « de 1 000 diagnostics est d’ores et déjà arrêté », souligne le directeur régional de l’alimentation, l’agriculture et de la forêt (DRAAF) de Bretagne, Louis Biannic. Dans le même chapitre, le préfet de région évoque la modernisation des bâtiments d’élevage. Le Paar fixe un objectif : « Toucher le quart des exploitations hors-sol d’ici 2015 grâce à un soutien financier de 60 millions € dont 45 de crédits au titre du bien-être animal et 15 au titre des économies d’énergie (...), tous financeurs confondus », précise la préfecture de région Bretagne.

Redonner de la respiration aux exploitations

D’autres actions réclameront soit une prise de conscience d’autres acteurs du territoire, soit une modification de la réglementation qui nécessitera le feu vert de Paris. Sur le foncier, par exemple. Le diagnostic rappelle que la surface agricole utile, en perdant 4 000 ha par an en Bretagne (la superficie de 80 exploitations bretonnes) s’est réduite de 2,5 % en sept ans. Le Paar se donne donc pour objectif d’abaisser « d’un tiers » ce phénomène d’artificialisation, d’ici à 2015. Mais l’Etat ne pourra rien sans le soutien des collectivités locales.
Du côté des représentants professionnels, le Paar paraît plutôt bien accueilli. Mais les attentes restent fortes pour redonner de la respiration aux exploitations. Selon Jacques Jaouen, président de la Chambre régionale d’agriculture de Bretagne, « il faut simplifier l’administratif pour que les agriculteurs qui veulent investir n’attendent pas 2-3 ans le feu vert de l’Etat ». Sur ce point, le Paar prévoit « d’améliorer la qualité de l’élaboration et de l’instruction des dossiers administratifs ». Une bonne décision si l’Etat veut que le PAAR multiplie par deux, d’ici à 2015, le rythme de création d’unités de méthanisation à la ferme en le portant à 30 par an.

La region « partenaire du plan »

Pour Laurent Kerlir, président de la FRSEA Bretagne, c’est la réglementation des zones d’excédents structurels (ZES) qu’il faut faire évoluer. « Pas pour augmenter la production sur le territoire mais pour permettre la restructuration des exploitations », dit-il. Le Paar n’a évidemment pas fait l’unanimité. Sept associations et syndicats parmi lesquelles Eaux et Rivières de Bretagne, la Confédération Paysanne de l’Ouest ont fait part de leur « immense déception » face au projet proposé qui, « au lieu de promouvoir une évolution nette du modèle agricole breton actuel (...) se propose au contraire de le conforter ! », disent-ils dans un communiqué. Le Paar écrit noir sur blanc, en effet, que « la Bretagne doit affirmer sans complexe son rôle en matière de protection de l’environnement, en conciliant les différents modes de production, dont le mode intensif, et la responsabilité écologique ». Le président (PS) de la région Bretagne, Jean-Yves Le Drian a déclaré que la région serait « partenaire du plan ».

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