La Caisse des dépôts investit dans la biodiversité. Avec sa filiale CDC biodiversité, elle vient de créer la première « réserve d’actifs naturels », lesquels seront proposés à des maîtres d’œuvre obligés de compenser leurs impacts négatifs sur la nature. La nouveauté est également technologique : les chercheurs, soutenus par l’agriculture locale, vont essayer de remettre la parcelle achetée par la Caisse dans son état originel.
CDC biodiversité, nouvelle filiale de la Caisse des dépôts et consignations, vient de racheter 357 ha d’anciens vergers laissés à l’abandon, dans la réserve naturelle des Coussouls de Crau (Bouches-du-Rhône) pour tenter de ramener le terrain à son état « naturel ». Le but est de créer la première « réserve d’actifs naturels ». En d’autres termes, de permettre aux aménageurs (autoroutes, zones commerciales...) de compenser leur impact négatif sur la biodiversité en se portant acquéreur « d’hectares de biodiversité » gérés par la jeune entreprise.
« Pas un droit à détruire »
La législation sur la préservation des espaces naturels (loi environnement de juillet 1976) impose, en effet, aux maîtres d’ouvrage d’éviter, de réduire, et, en dernier recours, de compenser les impacts néfastes que leurs constructions pourraient avoir sur la biodiversité. Très peu appliqué depuis sa mise en place, ce mécanisme de compensation a été remis au goût du jour par le Grenelle de l’environnement. C’est pour cela que CDC biodiversité a investi 12,5 millions d’euros sur trois ans sur le site de Cossure. « Ce n’est aucunement un droit à détruire », se défend Laurent Piermont, président de CDC biodiversité, « il revient à l’administration de déterminer qui aura le droit de compenser chez nous. Nous ne voulons pas créer un appel d’air ».
La biodiversité nouvelle priorité du ministère de l’écologie
Pour la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Chantal Jouanno, qui visitait le site, lundi 11 mai, la question de la biodiversité n’a pas eu la place qu’elle méritait « dans les priorités d’actions de ces dernières années alors que c’est un enjeu au moins équivalent à la lutte contre le réchauffement climatique ». « Il n’est pas question de créer un marché de la biodiversité, a prévenu la secrétaire d’État. De toute façon la compensation se met en place en dernier recours, mais il faut que l’État s’engage dans une charte qui pose les principes de la compensation ». « À travers cette opération pilote d’envergure nationale et innovante, CDC Biodiversité apporte une réponse concrète aux besoins de neutralité écologique de projets d’aménagements, a précisé Augustin de Romanet, directeur général de la Caisse des dépôts. Grâce à sa filiale, le groupe propose son ingénierie écologique et financière pour accompagner les maîtres d’ouvrage devant compenser les impacts sur la biodiversité ».
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Un défi d’ingénierie écologique
Car les aménageurs, quand ils doivent compenser leur activité, sont confrontés à un manque de compétence. Une entreprise de travaux publics, par exemple, se retrouve bien incapable de gérer des « hectares de biodiversité ». C’est là que CDC biodiversité apporte son savoir-faire en mettant les aménageurs en contact avec des acteurs locaux et en portant financièrement le projet. Sur le site de Cossure, les chercheurs de l’Institut méditerranéen d’écologie et de paléoécologie (IMEP) vont essayer de transformer un verger en un autre écosystème qui soit le plus proche possible du Coussouls, une steppe semi-aride façonnée par six siècles d’interaction entre le climat, la nature et les pratiques pastorales. L’objectif est de créer les conditions optimales pour que la faune et la flore se réinstallent, en replantant des espèces originelles de l’écosystème.
L’agriculture au cœur du programme
Deux bergeries seront installées sur le site d’ici 2011. « C’est un retour à la nature, mais avec le maintien de l’activité agricole », s’est félicité André Boulard, président de la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, qui codirige localement l’initiative, avec le Conservatoire études et écosystèmes de Provence (CEEP). « De toute façon, on ne peut pas se préoccuper de la nature en écartant l’agriculture », a souligné Chantal Jouanno. Et si les agriculteurs ne sont pas associés, au rythme où les choses semblent partir, il risque d’y avoir une pression très importante sur le foncier.