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Riz La Camargue à Matignon

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Las de ne pas être entendus depuis des mois, selon eux, par le ministère de l'Agriculture, les représentants de la riziculture française ont réussi à obtenir, ce vendredi 5 décembre, un rendez-vous directement avec les services du Premier ministre, notamment de Marie Guittard, membre de son cabinet, conseillère agriculture et pêche.

Bertrand Mazel, président du Syndicat des riziculteurs de France et filière (SRFF), a réitéré ses arguments répétés depuis plusieurs mois, en vain, pour sauvegarder une activité qui ne cesse de perdre du terrain. « Les surfaces rizicoles en Camargue, qui sont passées de 20 000 ha à 12 000 ha en quelques années, pourraient encore se réduire. Depuis l'annonce de la baisse des aides couplées, les mises en culture cette année ont baissé de 35 %, soit 4 500 ha en moins. Le volume n'est plus suffisant pour soutenir la filière qui emploie 2 000 personnes dans l'agriculture, l'industrie et les services et génère 100 M€ à 120 M€ par an dans le delta du Rhône », assure-t-il. Pour défendre cette filière, ses demandes portent tout d'abord sur le maintien des aides couplées. Celles-ci devraient baisser, dans le projet de nouvelle Pac, de 400 €/ha à 300 €/ha pour le riz « alors qu'elles sont maintenues en Espagne et Italie ». Ensuite, Bertrand Mazel veut dénoncer « la limitation faite aux riziculteurs français d'utiliser 6 molécules dans les produits phytosanitaires quand les Italiens peuvent en appliquer 22 et les Espagnols 18 ». Le président des riziculteurs dénonce également l'idée de remplacer les aides couplées par des Mesures agro-environnementales « qui sont plafonnées à 30 000 €, liées à des dépenses supplémentaires pour les producteurs, attribuées désormais par des régions qui ne disposent pas des moyens d'assurer ce transfert de charges ». Enfin, Bertrand Mazel dénonce les importations, sans taxes, de riz des pays les moins avancés comme le Cambodge ou le Myanmar (Birmanie) « passées depuis 2009 de 10 000 à 402 000 tonnes ». La délégation comprenait également les représentants de Bovin 13 et le Comité du foin de la Crau.

Impact structurel

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Pour l'ensemble des représentants du monde économique local, la baisse des aides couplées pénalise, de manière structurelle, l'économie locale. Sans riziculture à irriguer, la Camargue perdrait ses flamands roses et sûrement beaucoup de touristes. Thierry Lievin, directeur général de Soufflet alimentation, a déjà annoncé à ses 40 collaborateurs et aux pouvoirs publics locaux que son unité de traitement de 80 000 tonnes de riz paddy et de production de 50 000 tonnes de riz étuvé, la plus importante de Camargue, était en sursis. La production nationale totale devrait tomber au niveau de la capacité de l'usine cette année (75 000 à 80 000 tonnes). « Si ce maillon disparaît, c'est l'ensemble de la filière qui risque de disparaître », prévient Thierry Lievin, également président du Syndicat de la rizerie française.

« Nos outils de production pourraient être mis au service du traitement du riz importé ce qui finirait par déstabiliser toute l'activité locale, ajoute Pascal Madar directeur général du Comptoir agricole du Languedoc (15 000 tonnes de riz étuvé par an). Dans ce cas, nos partenaires qui commercialisent le riz de Camargue pourraient arrêter les efforts commerciaux sur ce produit pour se prémunir d'un risque d'approvisionnement ». Sur la Camargue, la vente de tracteurs a déjà baissé de 72 % cette année, celle des produits phytosanitaires de 18 %. Des signes qui ne trompent pas.