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Russie La céréaliculture semble bien partie

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La céréaliculture russe semble bien partie pour prendre son envol, voire pour devenir exportatrice de façon durable, ressort-il d’une conférence de presse organisée le 15 décembre par France Export Céréales, association des céréaliers français.

Cette reprise de la production commence par la céréaliculture. L’alliance de capitaux qui ont investi dans l’agriculture, des mesures comme la privatisation de 26 000 fermes collectives et une capacité à se débrouiller avec peu de moyens font que la production céréalière est passée de 45 millions de tonnes dans la précédente décennie, à 86 millions de tonnes il y a deux ans. Le cap des 100 millions de tonnes arrivera tôt au tard, peut-être dans deux ou cinq ans, a indiqué Lorraine Bouvier, une ex-trader chez Louis-Dreyfus qui est en train de constituer sa propre entreprise. La Russie pourrait notamment récupérer trente millions d'hectares qui sont en jachère et dont  dix millions d'hectares qui ont été abandonnées au lendemain de la chute de l'URSS sont  " facilement " récupérables.

Des investissements d’industriels

Les investissements sont le fait de négociants en matières premières, de pétroliers russes, d’industriels russes ou étrangers, qui, à l’exemple du Français Soufflet, construisent des usines de transformation, comme des malteries. Ces investisseurs commencent le plus souvent par l’aval : ils construisent des silos, achètent des équipements logistiques. « Il est clair que les opérateurs et les grands négociants se battent pour contrôler la logistique et  les silos", a rapporté Jean-Jacques Hervé, chargé de mission en Russie pour le ministère de l’Agriculture français. Les infrastructures portuaires sont méconnaissables par rapport à il y a trois ans. L’estuaire du Don dispose de capacités entièrement neuves. Les Russes sont en train d’exploiter leur immense réseau fluvial. Ils chargent des barges pour acheminer les grains jusqu’à des cargos de grande capacité, comme les Panamax, a témoigné Jean-Jacques Hervé. Maintenant, ils entament une réforme des chemins de fer. Des compagnies d'exploitation de wagons pourraient émerger. Il a cité l’exemple d’un groupe libano-russe, qui est en train de reprendre 40 fermes. Il a aussi parlé de ce qui se passe de l’autre côté de l’Oural, c’est-à-dire en Sibérie. Il a cité le cas d’un investisseur russe qui y fait produire un milliard et demi d’œufs par an.

Performants et rustiques

Deux ans après la crise financière de 1998, les oligarques ont investi, non plus dans le négoce international, mais dans la céréaliculture et l’aviculture. Le gouvernement a mis en place une politique de désendettement de l’agriculture, à coup de prêts bonifiés. « La bonification des intérêts est la plus grande partie du budget fédéral consacré à l’agriculture. Elle est menée par des banques très bien gérées, constituées il y a trois ans». Le principe de ce système de prêts est le suivant : les bonifications ne sont accordées qu’aux paysans ayant fait la preuve qu’ils sont performants. Cette politique a un avantage: elle est peu coûteuse pour la collectivité.

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Performants, mais aussi rustiques. Les paysans ont un bon savoir-faire, mais peu de moyens : peu de phytosanitaires, peu de fertilisants. « Quand les oligarques ont commencé à mettre de l’argent dans l’agriculture, ils se sont rendu compte que quand ils y mettent 100 dollars, ils en récupèrent 250 », a conclu M. Hervé.

L’élevage en convalescence

Le secteur de l’élevage, encore déficitaire, est en convalescence. Pour ce faire, la Russie a fortement limité les importations. Mais des programmes avicoles commencent à émerger, comme le montre l’exemple sibérien cité plus haut. La Russie pourrait détourner cinq millions de tonnes de grains supplémentaires de sa récolte annuelle pour ses élevages sans grandes difficultés.

Maintenant se pose une question : qu’est-ce que cette évolution changera pour les céréaliers français? Philippe Kaspi, directeur de France Export Céréales estime que l’intérêt des producteurs français est déjà de ne pas manquer d’être informés sur ce qui se passe dans ce pays qui pourrait devenir un exportateur agricole majeur plus tôt qu’on ne le pense.