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Volailles de chair La CFA trace le chemin de la « reconquête »

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Restructuration de l'outil industriel, modernisation des bâtiments d'élevage. Les éleveurs de la Confédération française de l'aviculture (CFA) ont tracé, le 30 octobre, le chemin de la « reconquête » du marché français de la volaille de chair, grignoté par les importations allemande, hollandaise et belge.

L A France est « la championne des gammes de produits de volailles », mais pas des produits standards. C'est le constat, partagé par toute la filière, qu'a dressé Jean-Michel Schaeffer, administrateur à la Confédération française de l'aviculture (CFA), laquelle tenait son congrès annuel à Nantes le 30 octobre. L'industrie française de la volaille de chair, qui excelle à créer de la valeur ajoutée, à l'image de son leader LDC, « le groupe qui dans l'industrie mondiale de la volaille présente la gamme la plus segmentée », s'amuse son p.-d.g. Denis Lambert, importe aujourd'hui 40% de sa consommation de volailles de chair (80% des achats des industriels français). La France n'importe pas seulement de la volaille congelée, elle importe aussi du frais, surtout depuis 2006, notamment à destination de la restauration hors domicile. Ces volailles proviennent des Pays-Bas, de Belgique ou d'Allemagne. « La production se porte très bien en Belgique. Elle a une très bonne rentabilité ces dernières années », est venu confirmer l'industriel belge Patrick Vanden Avenne, un brin goguenard. La recette des Belges, selon lui ? L'augmentation de la taille des bâtiments et l'amélioration des performances techniques – le poids moyen des poulets est passé de 2 à 2,5kg entre 1995 et 2013 – mais aussi un marché « sans lissage des prix ».

165 millions d'euros par an sur six ans

Que faire en France ? Pas question de reprendre le modèle belge tel quel, prévient le président de la CFA, Michel Prugue. En France, les contrats entre producteurs et industriels ont été conçus pour assurer un revenu stable aux producteurs. « Il faudra néanmoins les revisiter », estime-t-il. « C'est à nous d'imaginer quelque chose de différent », étaye Dominique Grasset, administrateur de Gastronome. L'important reste pour lui de « retrouver le chemin de la croissance ». La CFA propose à la filière cinq leviers pour reconquérir le marché intérieur. Réviser les relations entre producteurs et abatteurs, améliorer les performances techniques, mais aussi moderniser les bâtiments de production, qui ont en moyenne 22 ans d'âge. Pour cela, il faudra investir 165 millions d'euros par an en six ans, estime la CFA. Le concours du fonds de modernisation (Europe-Etat-Région) de 200 millions d'euros par an, réservé en grande partie à l'élevage, ne sera pas suffisant, selon Jean-Michel Schaeffer, ancien président des JA, qui propose aux outils financiers des filières céréalière et oléo-protéagineuse, Unigrains et Sofiprotéol, d'étudier avec les éleveurs « des mécanismes de soutien à l'investissement ».

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Autre axe majeur de la reconquête, la restructuration industrielle que les éleveurs appellent de leurs vœux. Xavier Beulin a rappelé, en prenant ses deux casquettes de président de la FNSEA et de Sofiprotéol, qu'il fallait « consolider les leaders du secteur ». C'est d'ailleurs qui s'est passé ces dernières semaines. Sofiprotéol a annoncé, le 27 octobre, qu'il cédait son activité d'abattage de volailles au leader du secteur LDC, dont deux sites spécialisés, l'un dans le hard-discount, l'autre dans les produits élaborés. « Si on veut rivaliser avec la Belgique ou l'Allemagne, il faut se spécialiser sur ces produits », a expliqué Denis Lambert. Gastronome (Terrena) va fermer les portes de son usine de Luché-Pringé (Sarthe) à l'horizon de juin 2015, faute de tourner à pleine capacité.

S'appuyer sur l'export

Dernière voie proposée par les éleveurs, le développement de l'export. Les éleveurs notent que derrière la stabilisation de la production française de volailles depuis 2010, alors qu'elle régressait depuis plusieurs années, il y a le développement du grand export jusqu'en 2012. La CFA veut défendre cette activité, et demande que soient versées en France des aides « de minimis » pour les producteurs de la filière grand export ayant subi des interruptions de production, mais aussi que soient inventés de nouveaux outils à Bruxelles pour aider le secteur. Elle propose par exemple des mécanismes de compensation des variations monétaires. Mais la filière grand export va déjà mieux à en croire la récente prise de participation d'Almunajem au capital de Doux, et les propos – enregistrés plus tôt dans la semaine – du ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, lors du congrès, qui a assuré que la filière se redressait sous l'effet du redressement de la parité eurodollar : « Les perspectives des opérateurs à l'export sont en train de changer », assure-t-il. Xavier Beulin aimerait d'ailleurs que l'engagement d'Almunajem chez Doux soit plus important, que celui des volaillers français dans la filière export aille plus loin, pour que Tilly-Sabco et Doux ne soient pas seuls, et donc fragiles, à se battre sur le marché international. « C'est une coresponsabilité de la filière française de s'intéresser au poulet export. Il faut que cela rentre dans une stratégie globale », a-t-il souhaité.