L'UE est aujourd'hui responsable de plus du tiers de la déforestation liée au commerce international. Afin de remédier à cette situation alarmante, elle analyse en ce moment la faisabilité des mesures de suivi recommandées par les auteurs d'une étude indépendante de 2013 sur « l'impact de la consommation de l'UE sur la déforestation ».
Plusieurs eurodéputés s'inquiètent de ce que dans certaines régions du monde, notamment en Indonésie et en Malaisie mais aussi dans certains pays africains, la production d'huile de palme se traduit par l'appauvrissement des forêts tropicales, la dégradation de la biodiversité et la destruction des habitats naturels. En plus de causer la déforestation, ce qui met en péril des espèces animales telles que les orangs-outans de Sumatra, la production d'huile de palme accentue aussi l'accaparement des terres, entraînant le déplacement de millions de familles africaines et asiatiques. Les eurodéputés dénoncent également le fait que beaucoup de produits alimentaires fabriqués notamment avec de l'huile de palme, moins chère que les autres huiles, seraient également responsables de l'obésité infantile et appellent la Commission à prendre des initiatives en matière d'étiquetage pour aider les consommateurs à faire des choix responsables.
UNE TRENTAINE DE PROPOSITIONS
Dans sa réponse aux nombreuses questions des eurodéputés, le commissaire européen à l'environnement, Karmenu Vella, a tenu à souligner que la Commission est tout-à-fait consciente que la production d'huile de palme « peut se développer au détriment des habitats naturels dans les pays producteurs, en particulier dans les régions tropicales ». Il a précisé que, conformément à son engagement dans le cadre du septième programme d'action environnemental de novembre 2013 et à sa communication sur la déforestation et la dégradation des forêts de 2008, la Commission européenne « poursuit actuellement l'étude de la faisabilité des mesures de suivi des recommandations faites en juillet 2013 par les auteurs d'une étude indépendante sur L'impact de la consommation de l'UE sur la déforestation. Ces derniers ont présenté une trentaine de propositions de politiques couvrant un large éventail de domaines relatifs notamment à l'agriculture, à la biodiversité, au commerce international, à la production et à la consommation durables, au climat et aux énergies renouvelables. Sur la base de l'analyse de ces propositions, la Commission compte organiser une large consultation publique afin d'identifier les secteurs dans lesquels de futures initiatives politiques pourraient être prises.
S'agissant de l'agriculture, les politiques à mettre en œuvre s'inscriraient dans le cadre de la politique agricole commune (Pac). La réforme récente de cette politique autorise, dans certaines limites, le soutien couplé au secteur bovin et aux cultures de protéagineux et d'oléagineux pour maintenir les niveaux actuels de production. Elle autorise également la culture de protéagineux pour répondre à l'obligation de « verdissement » de la Pac. Comme autre mesure, le commissaire a également évoqué le Plan d'action européen, FLEGT (Forest Law Enforcement, Governance Trade) (Application des réglementations forestières, Gouvernance et Echanges commerciaux), lequel plan a proposé de développer des « accords de partenariat volontaire » (APV) entre l'UE et chaque pays producteur de bois. Ces accords sont conçus, à terme, pour tenter d'éli-miner le bois produit illégalement, des marchés nationaux et internationaux des pays partenaires.
L'UE NE CONSOMMERAIT PAS PLUS D'HUILE DE PALME QUE LA CHINE
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Sur les questions des députés portant sur les importations en Europe de produits contenant de l'huile de palme, le commissaire Karmenu Vella a expliqué que là aussi la Commission est consciente de la pression sur l'habitat et les forêts posés par, entre autres, la production de l'huile de palme. Toutefois, a-t-il précisé, « des 54 millions de tonnes (Mt) d'huile de palme produits en 2012, l'UE n'aurait consommé que 6,1 Mt, soit autant que la Chine, mais moins que l'Indonésie (7 Mt) et l'Inde (7,6 Mt). Selon lui, en 2013, environ 20 % de la production totale du monde auraient suivi les critères – toujours volontaires – élaborées par la «Table ronde sur l'huile de palme durable » (RSPO pour Roundtable on Sustainable Palm Oil). La moitié aurait été vendue comme « huile de palme certifiée durable » (principalement en Europe), le reste n'aurait pas trouvé d'acheteur sur le marché certifié et aurait été vendue comme « huile de palme non certifiée ». Concernant les questions des eurodéputés portant sur les mesures prises pour protéger les habitats des orangs-outans, le commissaire maltais a répondu que l'UE fournit une aide à l'Indonésie et à la Malaisie (les deux pays abritant des populations de ces mammifères) en vue « d'améliorer l'application de la législation forestière et la mise en œuvre des accords de partenariat volontaire dans le cadre du plan d'action FLEGT ». Il a aussi indiqué que la Commission européenne soutient l'adoption de « directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers des terres, forêts et des pêches, initiées par la FAO », qui, selon lui, « peuvent assurer la viabilité de l'huile de palme dans les pays où cette culture est d'intérêt commercial ».
HUILE DE PALME ET OBÉSITÉ INFANTILE
Concernant la relation faite par les eurodéputés entre la consommation de produits contenant de l'huile de palme et l'obésité des enfants, le commissaire a indiqué « qu'il est faux de considérer que toute graisse végétale serait une cause majeure de l'obésité infantile. Une consommation excessive de graisse, mais aussi de sucre et de sel et d'aliments denses en énergie, contribue à une alimentation déséquilibrée et qui, avec le manque d'activité physique, peut provoquer dans de nombreux cas l'obésité des enfants ». En ce qui concerne l'étiquetage des aliments, le commissaire Karmenu Vella a voulu rassurer en signalant que la « déclaration nutritionnelle » qui sera obligatoire à partir de décembre 2016 (par l'application du nouveau règlement 1169/11 sur l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires) devrait aider les consommateurs à faire des choix alimentaires plus sains.
Le 2 juillet 2013, la Commission eu-ropéenne a publié les résultats d'u-ne étude qu'elle a financée sur « l'impact de la consommation de l'UE sur la déforestation ». Celle-ci a révélé que non seulement les produits importés par l'UE, liés à la dé-forestation, sont en forte augmenta-tion, mais aussi que l'Europe ne respecterait pas ses engagements de réduction des importations illéga-les. L'UE est aujourd'hui responsable de plus du tiers (36 %) de la déforestation liée au commerce international, loin devant les Etats-Unis, le Japon ou la Chine. Ainsi entre 1990 et 2008, les Etats membres de l'UE ont importé des produits issus de la déforestation d'environ 9 millions d'hectares de terres, contre 1,9 million d'ha pour l'Amérique du Nord et 4,5 millions d'ha pour l'Asie de l'Est, y compris le Japon et la Chine. La déforestation dans les zones tropicales est principalement liée à l'augmentation de la consommation de viande et de produits oléagineux (notamment le soja et l'huile de palme). La France par exemple est le troisième importateur mondial de soja brésilien pour l'alimentation animale, soit une surface de plus de 1 million d'ha.