Société de pêche, la Compagnie des pêches Saint-Malo produit filets de poisson surgelés, crevettes sauvages, surimi base et bâtonnets de surimi vendus par sa filiale Comapêche à tous les circuits de distribution, générant ainsi un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros. Afin de valoriser les coproduits issus de la transformation primaire des poissons, la société malouine a créé en 2005 sa filiale Compagnie des pêches Saint-Malo santé, dont l’objectif est de mettre au point des ingrédients (nouvelles molécules) pour le marché des compléments alimentaires et des aliments santé.
Le spectacle est plutôt étonnant : sur un bateau de pêche - usine de 90 mètres basé dans le port de Saint-Malo, des affiches sur la recherche d’ingrédients santé présentent les objectifs de développement de gélatine et d’hydrolysats de collagène d’une entreprise spécialisée dans la production de surimi. Mais quoi de plus naturel pour une société de pêche que de chercher à valoriser la partie du poisson qu’elle n’utilise pas dans la fabrication de ses produits. C’est en effet la démarche de la société malouine, qui a créé en 2005 sa filiale Compagnie des pêches Saint-Malo santé qui a en charge les activités de recherche du groupe sur la valorisation des produits et co-produits de la pêche.
Le seul navire usine de surimi de l’Union européenne
Pêcheurs de tradition, les hommes de la Compagnie des pêches Saint-Malo mettent toujours leur chalut à l’eau. Construit en 1985, le chalutier Grande Hermine est spécialisé dans la pêche au cabillaud, transformés en filets surgelés en mer. A l’ouest du Groenland, l’Ocean Tiger pêche la crevette boréale, tandis que les navires d’Unipêche, filiale de la Compagnie des pêches, capturent au large des côtes de la Guyane française 1600 tonnes par an de crevettes sauvages, surgelées en mer. Préparées et conditionnées crues, cuites, surgelées ou réfrigérées à Saint-Malo, elle sont ensuite orientées vers les différents circuits de distribution (essentiellement les freezer centers dont Picard Surgelés), par la filiale Comapêche, en charge de la commercialisation de tous les produits de l’entreprise.
Mais c’est l’activité surimi qui fait la spécificité de la société malouine. Le Joseph Roty II est le seul navire européen équipé pour la préparation de surimi base. En mer, le merlan bleu est pêché, fileté, transformé en surimi base, puis surgelé, avant d’être orienté vers une autre filiale du groupe Comaboko, dont l’usine de 250 personnes le transforme en une large gamme de produits finis frais, tels que les bâtonnets de surimi, les dés, les miettes… La production est vendue aux industriels français, comme Capitaine Cook, marque du distributeur Intermarché, mais aussi en Grande-Bretagne, qui l’utilise pour les fish’n chips et surtout au Japon, où s’effectue 70 % de la consommation mondiale de surimi base. C’est en effet dans ce pays qu’est apparu le surimi il y a 400 ans, mot dont on oublie trop souvent qu’il signifie en japonais « chair de poisson lavée ». L’export est un circuit de distribution important pour le groupe breton puisqu’il représente le quart de son chiffre d’affaires, vers les pays d’Europe (Espagne, Italie, Grande-Bretagne) mais aussi au Moyen-Orient via la présence de Carrefour (Liban, Arabie Saoudite, Dubaï…).
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Recherche et diversification dans les compléments alimentaires
Lorsqu’un merlan bleu est transformé en filet, le rendement est de 35 %, il s’abaisse à 25 % au stade du surimi base, ce qui signifie que 75 % du poisson sont rejetés comme déchet. Face à ce constat, la société a créé en 2005 une filiale, Compagnie des pêches Saint-Malo santé (CDPSS), chargée de valoriser les co-produits du filetage. Il s’agit d’une structure de recherche et développement d’ingrédients à base d’extraits naturels marins pour le domaine de la nutrition et de la santé. CDPSS a trois atouts majeurs : un accès important à la ressource grâce à ses quotas, la possibilité d’une traçabilité totale de la pêche jusqu’à l’ingrédient, avantage dont il est le seul groupe en Europe à disposer, et l’appui du pôle de compétitivité breton Valorial, composé notamment d’une branche nutrition santé. Déjà, la filiale a développé Cœur de sel, un sel hyposodé riche en oligo-éléments ainsi que des ingrédients tels que Nutripro, peptides marins solubles (utilisé dans Cœur de sel et le râpé surimi bio) et Nutripulp, protéines marines. Actuellement, CDPSS travaille, à partir d’une seule espèce de poisson, à la production d’hydrolysats de collagène (pour lutter contre l’arthrose) et de gélatine, employée en tant qu’ingrédient alimentaire et en nutraceutique (toutes les substances considérées comme des aliments ou faisant partie des aliments et qui possèdent des propriétés bénéfiques pour la santé) sous la forme d’agent texturant et hydratant. Au sein de CDPSS, elle sera utilisée pour la production de gélules molles constituant l’enveloppe naturelle des huiles de poisson riches en oméga 3.
La nutraceutique, l’avenir de la compagnie ?
Pour mettre en place les nombreux projets de sa nouvelle filiale, la Compagnie des pêches Saint-Malo a prévu un investissement pour 2005 et 2006 de 500 000 euros et Hubert Drieu La Rochelle, directeur industriel, confie qu’il passe 75 % de son temps à faire des demandes d’aide publique. Mais si le retour sur investissement n’est pas pour tout de suite, le jeu en vaut la chandelle. Selon le groupe, depuis 2000-2001, la nutraceutique serait en croissance en Europe de 8 à 12 % par an. « La nutraceutique demande de gros investissements commerciaux et marketing. Pour être intéressant, il nous faut développer une gamme, or nous ne pouvons tout faire à la fois. Nous comptons garder la R&D et la production avec des lignes pilotes dès 2007. Pour le reste, nous ferons appel à des intervenants extérieurs même si nous n’excluons pas la possibilité de vente en direct. Nous travaillons par exemple sur une gamme de compléments nutritionnels pour les termes marins de Saint-Malo ». Demain, la santé passera par la mer.