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Inra de Colmar La concertation ne suffit pas forcément à faire accepter les OGM à tous

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A l’occasion d’un colloque organisé dans le cadre du Salon de l’agriculture, Jean Masson, président de l’Inra de Colmar, est revenu sur l’essai vigne transgénique que mène son centre depuis 1996. Un vrai dispositif de concertation a permis de mettre fin à bon nombre d’oppositions… Sans parvenir à tout aplanir, puisque l’essai a été détruit en septembre dernier.

La semaine du 8 mars, le HCB (Haut conseil des biotechnologies) devrait se prononcer sur la poursuite de l’essai OGM sur vigne de l’Inra de Colmar. La partie n’est pas gagnée. Compte tenu du retour de polémique soulevé par l’autorisation de mise en culture de la pomme de terre transgénique Amflora, « je suis un peu inquiète » de la décision qui pourrait être prise, a souligné le 4 mars Jeanne Grosclaude, membre du comité économique et social du HCB, lors d’un colloque sur les biotechnologies vertes organisé par l’Inra au Salon de l’agriculture. Et pourtant. Démarré en 1996, cet essai cherche à déterminer comment immuniser la vigne contre la maladie du court-noué, en travaillant sur des porte-greffes OGM placés dans une parcelle atteinte. Fort rares sont les expérimentations au champ qui comme celle-ci ont fait l’objet d’autant de concertations. Il faut dire que, suite à la publication d’un article dans le Canard enchaîné intitulé « Des bulles OGM dans le champagne », « nous avons rencontré une opposition majeure aux OGM », a signalé Jean Masson, président du centre Inra de Colmar, le 4 mars.

Enclencher un « changement de posture »
Plutôt que de continuer l’essai en environnement confiné, les chercheurs ont misé sur la création d’un comité local de suivi, composé d’une dizaine de personnes membres de la Confédération paysanne, d’associations environnementales ou de la profession viticole. Quelques scientifiques, minoritaires, s’y sont ajoutés. « Nous avons décidé d’enclencher un changement de posture : toutes les inquiétudes amenées par les gens étaient intégrées au projet », a expliqué Jean Masson. L’idée : co-construire les conditions d’essais de telle sorte qu’elles apportent des réponses. Ce qui s’est par exemple traduit par l’embauche d’une personne à mi-temps pour détruire les inflorescences de la vigne et éviter la production de raisin, alors même que le cépage n’était pas OGM. « Oui, nous avons perdu des informations, a reconnu Jean Masson sans regret. Mais c’était le fruit du consensus ! ». Les scientifiques ont bien sûr dû se remettre en cause. Mais « les membres du comité de suivi ont vraiment souffert, estime le responsable. Ils se sont constamment posés la question de savoir s’ils devaient ou non participer ». Ces conflits permanents les ont amenés à projeter leur travail à l’extérieur, suscitant de nouvelles questions. « Finalement, ils sont devenus porteurs du projet, recouvrant leur légitimité dans leur organisation et peut-être même plus », estime Jean Masson.

Rechercher l’intérêt collectif
Le débat s’est élargi au-delà de la sphère du laboratoire. Plus de 200 conférences ont été organisées, ainsi qu’un colloque international. « Cette expérience humaine à l’Inra de Colmar a également permis à des labos qui se voient peut-être moins d’explorer des sujets de recherche qu’ils n’auraient jamais abordé sans cela », explique Anne Moneyron, spécialiste en sciences de l’éducation qui a suivi le projet de près. Pour l’experte, si le comité de suivi a si bien su s’approprier le débat, ce n’est toutefois pas tout à fait par hasard. Le projet s’est donné du temps et il « a pris en compte le savoir-faire des participants ainsi que la spécificité de la région Alsace, détaille-t-elle. La maladie du court-noué est un vrai problème pour ses parcelles de vigne qui sont à touche-touche ». Selon la spécialiste, la recherche de l’intérêt collectif est un moyen essentiel pour faire accepter les OGM… Peut-être le seul. Même s’il a toutes ses limites : en septembre dernier, un homme a détruit l’ensemble des 70 porte-greffes OGM. Sous une forme ou sous une autre, le projet va probablement continuer. Il n’empêche : s’il n’a pas perdu la flamme, Jean Masson doute. Mais « je me sens responsable vis-à-vis du comité de suivi », explique-t-il aussi. Les membres du comité veulent que le projet se poursuive et ils soutiennent l’équipe de chercheurs.

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