La Confédération paysanne a profité de son procès pour dégradation de la « Ferme des 1000 vaches » pour contester « l'agriculture industrielle ».
«N OUS étions dans l'obligation d'agir : deux modèles d'agricultures ne peuvent pas cohabiter. La ferme des 1 000 vaches, ce sont des petites fermes qui vont disparaître », lance Laurent Pinatel, devant le tribunal d'Amiens, mardi 28 octobre. Le porte-parole de la Confédération paysanne a reçu la peine la plus lourde, cinq mois de prison avec sursis et 300 euros d'amende. Il était poursuivi pour dégradation et recel suite à des actions syndicales sur l'exploitation laitière géante située à Drucat (Somme). Quatre autres militants accusés de dégradations ont reçu de deux à quatre mois avec sursis et une amende pour deux d'entre eux. Un sixième militant a pris quatre mois avec sursis et une amende pour vol. Enfin, trois autres militants ont été condamnés à une amende de 300 euros pour refus de prélèvement ADN. « C'est un simulacre de justice, une heure de délibéré pour un dossier important, comme on a eu un simulacre en instruction », a regretté Laurent Pinatel à la sortie de l'audience, parlant d'un « déni de l'action syndicale ». « Ces faits ne font pas des militants des “délinquants ordinaires”, mais ils doivent être sanctionnés », a affirmé le procureur adjoint de la République d'Amiens, Françoise Dale.
Convergence des luttesA l'extérieur, entre 1 500 et 4 000 sympathisants étaient venus soutenir les prévenus, et faire le « procès de l'agriculture industrielle ». Une militante a raconté la « farce » de l'audience, pendant laquelle les prévenus s'obstinaient à ridiculiser les motifs d'accusation, et à répéter leur refus d'une agriculture industrielle. « La ferme des 1 000 vaches, ce n'est pas la demande des Français en termes d'alimentation », constate Laurent Pinatel. Pour lui, quel que soit le verdict, « c'est déjà une victoire que d'avoir posé le débat de l'industrialisation de l'agriculture sur la place publique ».
Des délégations d'opposants à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire Atlantique) et au barrage de Sivens (Tarn) étaient présentes. Une minute de silence a été observée en l'honneur de Rémi Fraisse, jeune manifestant décédé le 26 octobre lors de heurts avec les gendarmes. « La justice voulait faire d'Amiens la fin de la lutte de la Conf', nous allons en faire le départ de la convergence des luttes », prévient Laurent Pinatel.
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La Confédération paysanne dénonce aussi le « deux poids deux mesures » entre elle et la FNSEA : « Des gens ont incendié la MSA de Morlaix, l'organe de la solidarité des agriculteurs, sont ensuite allés mettre le feu au centre d'impôts, et ont pu rentrer chez eux en tracteur sans être inquiétés», affirme Thierry Bonnamour, prévenu et maraîcher en Savoie.
En septembre 2013, les manifestants avaient réalisé un tag géant de 250 mètres sur l'exploitation. En mai 2014, ils avaient « démonté » la salle de traite, ou « saccagé », selon l'exploitant, une action que son avocat chiffre à près de 150 000 euros. 450 bovins occupent pour l'instant la ferme, selon Michel Welter, gérant de l'exploitation qui appartient à Michel Ramery, entrepreneur du BTP.