Fraîchement réélu à la tête de la Coordination rurale, Bernard Lannes compte rester fidèle aux revendications historiques du syndicat : régulation de la production et prix rémunérateurs. Une feuille de route qui le guidera jusqu’aux prochaines élections aux chambres d’agriculture en passant d'abord par l'élection présidentielle.
« Nos propositions sont fondées. C’est ce qui fait notre force et doit nous pousser à continuer le combat », a martelé Bernard Lannes devant 600 agriculteurs réunis à Tours le 8 décembre pour le 23e congrès national de la Coordination rurale. C’est en habitué qu’il clôturait son 7e congrès en tant que président du syndicat. Bernard Lannes avait été réélu la veille à la tête de la Coordination rurale. Il entame ainsi son troisième mandat – « le dernier », promet-il – qui se terminera en décembre 2018, à quelques jours des élections aux chambres d’agriculture. Pour les trois années à venir, il sera accompagné d’un comité directeur « féminisé et rajeuni » et toujours secondé par François Lucas, qui devrait désormais être « président d’honneur ». Si le grand rendez-vous de la Coordination rurale est sans conteste celui de janvier 2019, l’échéance de l’élection présidentielle de mai 2017 mobilisera également le syndicat.
Première échéance : mai 2017
« Nous allons inviter tous les candidats à l’élection présidentielle sur nos exploitations, afin de leur montrer la réalité du terrain et les convaincre de changer radicalement de vision », explique Bernard Lannes. La première attente du syndicat vis-à-vis du prochain gouvernement : « Remettre de la stabilité dans l’Europe ». Une nécessité, selon Bernard Lannes, pour l’agriculture, mais pas seulement. « Sans stabilité, on va avoir une montée des extrémismes », observe-t-il, inquiet. Il espère voir nommé à la tête du ministère de l’Agriculture « quelqu’un qui ait une voix assez forte pour peser sur les décisions européennes » afin de tendre vers une Europe qui fasse « du protectionnisme éclairé » : une Europe qui institue « une exception agriculturelle », « protège le marché agricole européen » à l’aide de barrières douanières, et « instaure de réels outils de régulation ».
Discours anti-consensuels
Fidèle à ses traditions, la Coordination rurale avait invité des intervenants acquis à la cause de ses adhérents. Sylvie Brunel, écrivain et géographe, a dénoncé l’empilement des normes et rappelé que dans les pays du Sud, touchés par la famine, à défaut de produits phytos, « un tiers des récoltes est perdu à cause des ravageurs ». Jean-Pierre Digard, membre de l’Académie d’agriculture de France, a modéré les arguments des défenseurs les plus extrêmes du bien-être animal et défendu les éleveurs. Enfin, Xavier Hollandts, enseignant en entrepreneuriat et stratégie à Kedge Business School (Bordeaux) et cosignataire d’un « référentiel pour une gouvernance stratégique des coopératives agricoles », a fustigé les « dérives des coopératives » qui ne protègeraient plus les intérêts des agriculteurs face aux industriels et à la grande distribution.
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Remettre de l’ordre dans les coop
Le problème au sein des coopératives réside, selon Xavier Hollandts, dans leur gouvernance. Dans l’idéal, la gouvernance se répartit en trois pouvoirs équilibrés. Le pouvoir souverain, c’est-à-dire les coopérateurs, le pouvoir de surveillance (les administrateurs) et enfin le pouvoir exécutif (les dirigeants). « Nous avons observé les coopératives pendant quatre ans, et nous n’avons quasiment jamais trouvé de gouvernance équilibrée », a témoigné Xavier Hollandts qui suggère aux agriculteurs de prendre le problème en main et d’aller vers « un code de bonne conduite » pour les coopératives. Message reçu par la CR. Bernard Lannes a critiqué l’action de Stéphane Le Foll, qui « a supprimé la place réservée aux syndicats dans le Haut conseil de la coopération agricole. Nous devons y retourner pour retrouver de la démocratie dans certaines coopératives qui ne sont plus gérées par les adhérents ! ».
Au terme de son troisième et dernier mandat, Bernard Lannes espère parvenir à son objectif principal : faire tomber la FNSEA sous la barre des 50 % aux prochaines élections aux chambres d’agriculture et « rééquilibrer enfin le paysage syndical ». Il reste trois ans au syndicaliste gersois pour convaincre.
« Sans stabilité, on va avoir une montée des extrémismes en Europe », s’inquiète Bernard Lannes