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La Côte d’Ivoire recherche des investisseurs pour relocaliser et reboiser

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En écho au conflit ukrainien comme au Green deal, la Côte d’Ivoire ambitionne de relocaliser production et transformation agricoles, tout en restaurant sa forêt. Un défi nécessitant des financements publics comme privés, que le pays espérait trouver au Salon de l’agriculture de Paris. Tout en alertant, au passage, sur les conséquences des politiques européennes en cours d’élaboration.

Fin février, Salon de l’agriculture. Au détour du hall 5, une fontaine de chocolat fait dévier les curieux d’un itinéraire chargé. Sur le comptoir, juste à côté, on découvre aussi le cacao en tablettes, en bonbons, alors que s’étalent sur la table suivante des confitures d’ananas, des bananes séchées, du café. Avec 165 m2 de stand, en 2022, la Côte d’Ivoire a fait les choses en grand.

Objectif affiché sur le site du gouvernement : « Faire la promotion de l’offre agroalimentaire du pays et présenter les opportunités d’investissement. » Une mission remplie par les comptoirs colorés, mais aussi par une discrète salle de réception de 20 m2 dédiée aux rencontres du ministre de l’Agriculture et du développement rural, Kobenan Kouassi Adjoumani, avec les représentants français et européen.

Aux entreprises, élus et journalistes, le ministre propose une noix de cajou grillée, avant de défendre le bilan du Programme national d’investissement agricole de première génération (PNIA1) lancé en 2012. L’autosuffisance, rappelle-t-il, est désormais atteinte en volaille de chair, en manioc, en igname, et même à 66 % pour la filière riz. Et avec la seconde mouture du plan dévoilée en 2018, le PNIA2, le gouvernement espère ajouter à cette liste le poisson, ou le riz blanc.

« Nous devons transformer tout ce que nous produisons, et procéder nous-mêmes à la commercialisation », poursuit Kobenan Kouassi Adjoumani. Premier producteur de noix de cajou avec 1 Mt, souligne-t-il, le pays n’en traite que 7 % sur place, le reste partant en Inde. Mais la Côte d’Ivoire fournit aussi près de 40 % du cacao mondial, dont les deux tiers quittent le territoire sous forme brute. Autant d’objectifs de reconquête de valeur dans lesquels Abidjan n’oublie pas l’environnement. Avec l’agroforesterie, et la gestion durable des forêts, l’État espère reboiser près de 120 000 ha par an d’ici 2045, et passer de 10 à 20 % de couverture forestière.

1,8 milliard d’euros par an à trouver

L’agriculture ivoirienne présente une équation délicate à résoudre. Le secteur emploie 56 % de la population, et pèse 23 % du PIB (FMI), mais 1,7 million de ruraux sont toujours affectés par l’extrême pauvreté et la faim. Et à l’heure où tous s’effraient de leurs dépendances, le pays importe encore 71 % de ses besoins en riz blanchi, 85 % de son porc, ou 83 % de son lait (Source : rapport PNIA2). Quant à la production de cacao, qui emploie à elle seule aux alentours de 800 000 personnes, elle demeure aussi la première cause de destruction de la forêt primaire, qui recule de 26 000 ha par an (Source : Mighty Earth).

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Pour alimenter sa population tout en protégeant ses forêts, la Côte d’Ivoire mise aujourd’hui sur deux politiques principales : le PNIA2 et la Stratégie nationale de préservation, de réhabilitation et d’extension des forêts (SPREF). Les rapports de présentation de ces stratégies chiffrent les besoins d’investissement : 1,7 milliard d’euros par an entre 2018 et 2025 pour le développement et la modernisation de l’agriculture, et 100 millions d’euros par an sur dix ans pour la politique forestière.

Mais dans un cas comme dans l’autre, l’État à lui seul ne pourra assurer plus de 30 % des enveloppes. « Nous avons besoin d’investisseurs », résume Kobenan Kouassi Adjoumani. Pour acquérir du matériel, ces tracteurs ou équipements d’irrigation qui font défaut pour développer le riz notamment. Mais aussi pour faciliter la création d’usines de transformation de noix de cajou et du cacao, qui permettront de garder la valeur sur le sol ivoirien.

Un œil sur la réglementation européenne

De même en matière de forêt, Abidjan veut encourager Français et Européens à acquérir des concessions ou à s’impliquer dans des partenariats public-privés. « Nous faisons en sorte que la forêt soit un investissement, aussi bien pour la biodiversité et la reconstitution du couvert, que pour l’agroforesterie », promet Alain-Richard Donwahi, ministre des Eaux et forêts, et initiateur de la SPREF. L’attribution des concessions d’hévéa ou de cacao, détaille-t-il, est ainsi conditionnée à la rédaction d’un « plan d’aménagement durable », dans lequel les entreprises sont tenues d’associer les cultures de rente à la replantation de végétation native.

Au salon, le ministre des eaux et forêts était par ailleurs venu rappeler que les projets européens issus du Green deal ne seront pas sans conséquences sur l’agriculture ivoirienne. « Nous sommes tout à fait favorables au projet de règlement sur la déforestation importée, pour que le cacao ou d’autres cultures ne soient plus destructrices de forêts. Mais il faut que la mise en place soit graduée, pour éviter de mettre en difficulté les planteurs », prévient Alain-Richard Donwahi, estimant « raisonnable » de fixer la date de référence en 2020.

« Nous devons transformer tout ce que nous produisons »

« Nous sommes tout à fait favorables au projet de règlement sur la déforestation importée »