La mesure d'investissement supplémentaire applicable spécifiquement à la viticulture n'est pas justifiée car un tel dispositif existe déjà dans le cadre de la politique de développement rural, estime la Cour des comptes européenne, qui remet aussi en cause les subventions accordées à Bruxelles pour la promotion des vins.
«LE soutien de l'Union européenne à l'investissement et à la promotion dans le secteur vitivinicole est-il bien géré et ses effets sur la compétitivité des vins sont-ils démontrés ? » : la Cour des comptes européenne a publié sous ce titre, le 1er juillet, un rapport spécial qui critique sévèrement les modalités de ces deux régimes d'aide sur lesquels a porté son audit.
Coexistence de mesures similairesLa Cour des comptes affirme que la nécessité d'une mesure d'investissement supplémentaire spécifique à ce secteur n'est pas justifiée dès lors qu'un tel dispositif existe déjà dans le cadre de la politique de développement rural. « La coexistence de mesures d'aide à l'investissement similaires dans le cadre de deux régimes différents est source de complications et, dans certains États membres, cela a entraîné des retards dans la mise en œuvre ou une limitation excessive des investissements éligibles », a expliqué M. Jan Kinst, membre de la Cour responsable du rapport. Sur la période 2009-2013, neuf États membres (République tchèque, Allemagne, Espagne, France, Italie, Chypre, Hongrie, Autriche et Slovaquie) ont intégré la mesure d'investissement dans leurs programmes nationaux d'aide à la viticulture, contrairement à neuf autres (Bulgarie, Grèce, Lituanie, Luxembourg, Malte, Portugal, Roumanie, Slovénie et le Royaume-Uni), précise le rapport. Par exemple, le Portugal a décidé de ne pas inclure la mesure d'investissement dans son programme national, estimant que l'aide déjà disponible dans le cadre du programme de développement rural était suffisante.
Le cas du champagneÀ propos du soutien à la promotion des vins, Jan Kinst a expliqué que, « lorsque la contribution de l'UE incite les entreprises à réduire en proportion leur propre financement en faveur des actions (dans ce domaine), elle devient essentiellement une subvention partielle des coûts opérationnels de ces entreprises ». « Le cas échéant, les fonds publics ne sont donc pas utilisés de manière efficiente », a-t-il ajouté.
« Malgré le souhait du législateur de favoriser les PME, dans tous les États membres visités (1), à l'exception de l'Autriche, l'aide à la promotion a été octroyée à de grandes entreprises productrices de vin qui exportent de longue date », constate le rapport de la Cour des comptes. Celle-ci-ci note que, par exemple, « entre 2009 et 2012, 2,4 millions € de subventions de l'UE ont été dépensés pour financer des actions de promotion en faveur des producteurs de champagne. Or la réputation de l'appellation d'origine protégée (AOP) « “champagne” » n'est plus à faire ».
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
En réponse aux critiques formulées par la Cour des comptes dans son rapport spécial, la Commission européenne rappelle que le soutien à l'investissement spécifique au secteur viticole et celui apporté au titre du développement rural n'ont pas les mêmes « motivations stratégiques », le premier visant à « accroître la compétitivité », le second à assurer le développement durable des régions rurales. Elle note aussi que, pour le premier, les États membres ne doivent pas apporter une contribution financière nationale ou régionale.
Pour le soutien à la promotion des vins, la Commission souligne que, « si un premier pied est mis sur un nouveau marché, il a besoin d'être consolidé ». De plus, ajoute-t-elle, « bien que la préférence soit donnée aux PME, les grandes entreprises peuvent aussi bénéficier de cette assistance ».
(1) Autriche, France (Aquitaine et Languedoc-Roussillon), Italie (Latium et Vénétie), Portugal et Espagne (Catalogne)
LE ministre français de l'agriculture, Stéphane Le Foll, a annoncé le 26 juin, dans un communiqué, qu'il « porterait auprès de la Commission européenne des propositions d'évolution de la réglementation européenne, tant sur le rétablissement de l'aide au moût concentré que, le cas échéant, sur une évolution de l'encadrement réglementaire des techniques d'enrichissement des vins, qui touchent à la question sensible de la définition du produit et de l'étiquetage ». « Conscient des difficultés rencontrées par la filière viticole suite à la suppression de l'aide européenne aux moûts concentrés et moûts concentrés rectifiés programmée depuis 2008 et effective depuis le 1er janvier 2012 », le ministre français a ajouté qu'il ferait de ce dossier « un des enjeux de la présidence italienne » de l'UE. Il a précisé toutefois qu'une « issue favorable nécessiterait de trouver un consensus et ne serait de toutes façons pas possible avant 2015 ».