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Hors sol La crainte d’attirer d’autres exploitants

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Si les productions hors sol ne sont pas concernées par les droits à paiement unique, la réforme de la Pac pourrait indirectement les toucher en incitant certains agriculteurs à se reconvertir vers le hors sol, tout en profitant du DPU lié à leur ancienne production. Les plus concernés pourraient être les éleveurs laitiers, qui se trouvent souvent dans les zones de production hors sol et dont le revenu lié à la vente de lait devrait baisser. Cette réorientation profiterait moins à la volaille qu’au porc, dont le marché repart à la hausse grâce à l’ouverture à l’Est. Reste que les éleveurs de porcs bretons ne sont pas les mieux placés en Europe pour en profiter.

Les productions hors sol n’étant pas directement concernées par la réforme de la Pac, l’impact de la réforme de 2006 ne peut être qu’indirect. Ce qui ne veut pas dire qu’il sera faible. Dans ces marchés très réactifs, l’équilibre tient parfois à d’infimes variations de volumes. Les évolutions sont donc difficilement prévisibles, d’autant qu’aucune réelle étude n’a encore été menée. Les experts doivent donc se contenter d’hypothèses. Le véritable bouleversement qui pourrait découler du découplage des aides serait le développement par certains agriculteurs d’ateliers hors sol. Personne ne croit vraiment, comme par le passé, à un développement d’ateliers chez les céréaliers. La menace viendrait plutôt des éleveurs bovins, notamment laitiers, qui décideraient d’arrêter l’activité laitière devenue peu rentable. Comme l’explique Hervé Marouby, chercheur à l’Institut technique du porc, « le hors sol est rarement seul. Il est souvent associé à la production laitière ». Il prend exemple sur le Danemark, où « la production laitière a baissé ces dix dernières années au profit du porc».

« Les éleveurs laitiers ont les bâtiments, la fibre éleveur, et sont présents dans les zones de hors sol »

« Les éleveurs laitiers ont les bâtiments, la fibre éleveur, et sont présents en grand nombre dans les zones de production hors sol», renchérit Sylvain Gallot, de l’Institut technique de l’aviculture (Itavi). Une éventuelle reconversion des éleveurs laitiers profiterait sans doute davantage au porc qu’à la volaille. Depuis plusieurs semaines, les cours du porc se sont redressés et Jean Pierre Joly, directeur du Marché du porc breton, veut croire que cette évolution est durable. Selon lui, « l’élargissement à l’Est a provoqué un véritable appel d’air pour le porc européen. Depuis la chute du Mur, la production avait baissé dans ces pays. On avait cru que c’était à cause d’une baisse de la consommation. En réalité, la consommation a baissé parce que la production s’était effondrée. Il y a des besoins énormes ». Les perspectives sont d’autant plus favorables que l’ouverture à l’Est permet indirectement d’avoir accès au marché Russe. « D’importantes quantités de porcs vifs et de carcasses sont expédiées vers la Pologne, d’où elle sont transformées en charcuterie pour la Russie », explique Jean Pierre Joly. Il ne croit d’ailleurs pas à un rapide développement de la production porcine dans ces pays. « En Allemagne de l’Est, après la chute du Mur, la production s’est brutalement effondrée en quelques mois. Elle n’est plus remontée depuis. Les anciens pays communistes ne sont pas prêts à l’économie de marché. Selon les prévisions les moins optimistes, l’autosuffisance de ces pays va prendre au moins 10 ans », veut espérer le directeur du MPB. Pour autant, il ne croit pas à une reconversion massive des élevages laitiers en ateliers d’engraissement. « Il faudrait des porcelets. Or, on en manque partout.»

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Peu d’espoir pour l’aviculture

Ce qui paraît acquis, c’est que la reconversion des éleveurs ne profiterait pas à l’aviculture. « Les perspectives sont assez fermées. En 2003, 400 000 mètres carrés de bâtiments ont fermé et on s’attend à 250 000 mètres carrés supplémentaires en 2004 », constate Sylvain Gallot. Les œufs, difficiles à transporter sur de longues distances, pourraient s’en tirer mieux. Et encore. « Le développement des ovoproduits pourrait inverser la donne. D’autant que la directive poules pondeuses relative au bien-être pourrait renchérir le coût de l’œuf européen à partir de 2012 », craint Sylvain Gallot. Reste que les producteurs français de porc ne sont peut-être pas les mieux placés pour profiter de l’explosion de la consommation à l’Est. « Mieux vaut être producteur allemand en ce moment, estime Jean Pierre Joly. Le seul coût de transport leur donne un avantage concurrentiel de 5 centimes le kilo », qui ajoute qu’une « certaine partie de la production européenne pourrait se délocaliser en Allemagne ». Pour Harvé Marouby, « la production porcine, davantage soumise à la concurrence et privée des restitutions à l’export, pourrait subir le même sort que la production de volailles, peut-être de manière plus graduelle». Ce n’est, hélas, pas l’hypothèse la moins probable.