L’office Viniflhor s’attend à des difficultés d’arbitrage lors de la commercialisation de la cuvée 2008 qui devrait être, selon elle, inférieure à 43,7 millions d’hl. Les disponibilités en début de campagne 2008-2009 sont parmi les plus basses de ces 10 dernières années, et la hausse des prix observée sur le marché français en 2007-2008 devrait se poursuivre, alors que la consommation a connu un léger fléchissement. Au 1er semestre 2008, la France a consolidé le solde positif du commerce extérieur de ses vins grâce à l’augmentation nette de leur valeur à l’export. Mais les vins français continuent de céder des parts de marché à leurs concurrents en volume.
La vendange 2008 pourrait être encore plus faible que les dernières prévisions de l’Office national interprofessionnel des fruits, des légumes, des vins et de l’horticulture (Viniflhor). C’est ce qu’a révélé l’Office au lendemain de son Conseil de direction spécialisé « Filière viticole » du 8 octobre 2008. Le 2 septembre, elle annonçait une petite récolte (43,7 millions d’hl, 6% de moins qu’en 2007) pour la deuxième année consécutive, sous l’effet cumulé des conditions météorologiques particulières en 2008 et des importants arrachages de 2007. A elle seule, la campagne d’arrachages en France, environ 15 000 ha/an, provoque une baisse de récolte moyenne de 900 000 hl/an, a indiqué Viniflhor.
La situation globale en Europe est similaire. Alors que dans l’hémisphère sud la production reprendrait de 5% par rapport à 2007 (51 millions d’hl, selon les données de l’OIV au mois de juin), précise Vinifhlor, la récolte européenne (166 millions d’hl en prévision) perdrait 2% par rapport à 2007 (-3,7 millions d’hl), et 10% par rapport à la moyenne quinquennale (-17,7 millions d’hl).
Moins de 79 millions d’hl en disponibilités
Avec 8 millions d’hl en moins par rapport à la moyenne quinquennale 2003-2007 (-16%), les stocks français continuent de baisser. Comme la récolte, en 2008, ils devraient être inférieurs de 6%. Au final, les disponibilités (hors importations), évaluées à moins de 79 millions d’hl en début de campagne 2008-2009, seraient en baisse de 5 millions d’hl par rapport à l’an dernier, selon Viniflhor. Ce qui représenterait 10 millions d’hl en moins par rapport à la moyenne des 5 dernières années, plaçant ces disponibilités au niveau de celles de 2003. En conséquence, « la chute des cours amorcée s’est arrêtée, et la filière est en situation d’attente ! », indique Viniflhor. L’Office s’attend même à des « difficultés d’arbitrage » au moment de la commercialisation de la cuvée 2008, consécutivement à l’augmentation des matières premières et des coûts de production, qui viennent s’ajouter à ces disponibilités d’un niveau historiquement bas. Jérôme Despey, président du Conseil de direction spécialisé vins, en appelle à « la responsabilisation des metteurs en marché ».
Poussée des vins de pays à la consommation
Sur le marché français pour la campagne 2007-2008 (panel IRI à P-08 2008, septembre 2007 - août 2008), il s’est vendu plus de 9,4 millions d’hl de vins tranquilles en grande distribution, soit une baisse de 0,6% en volume par rapport à la campagne précédente. Viniflhor avance que cette « reprise de la baisse du volume vendu en grande distribution » s’explique par « une météo défavorable à la consommation de vins rosés ». Seuls les vins de pays ont augmenté à 2,3 millions d’hl (+5,7%). Les vins AOC et de qualité supérieure (-1,5%) baissent à 5,1 millions d’hl, et les vins de table chutent à 1,7 million d’hl (-4,8%).
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Par contre les ventes en valeur (3,2 milliards d’euros), avec « la hausse des prix unitaires », ont augmenté de 3,2%. Les rosés sont les vins qui ont le plus augmenté (+8%) devant les blancs (+4,6%) et les rouges (+1,5%). Les vins de pays ont fait une poussée de plus de 9% à 507,3 millions d’euros. Les vins AOC et de qualité supérieure compensent leur baisse en volume par une hausse de près de 3% à 2,5 milliards d’euros. Les vins de table (266,3 millions d’euros) perdent 1,5%, restant « dans la tendance baissière antérieure », souligne Viniflhor.
Export : sans les bordeaux 2005, ça aurait été pire
Selon les chiffres d’Ubifrance pour le marché externe, les importations sur le 1er semestre 2008 ont augmenté de l’ordre de 10% en valeur (279 millions d’euros) et en volume (2,9 millions d’hl), essentiellement en provenance d’Europe. Si l’Italie recule de 24% à 0,5 millions d’hl, les imports en provenance d’Espagne (1,67 millions d’hl) ont progressé de 43% sur la même période. Malgré ça, le solde positif du commerce extérieur des vins français hors spiritueux Voir Agra Presse Hebdo n°3171 du 6/10/2008, p25. gagne près de 8% à 2,9 milliards d’euros. Car les valeurs à l’export ont augmenté nettement (3,2 milliards d’euros, +8,2%). Mais la France continue de perdre des parts de marché en volume (6,7 millions d’hl, -8,7% par rapport à la même période de 2007). Les vins mousseux, dont les crémants de Loire, d’Alsace et saumur, ont été les plus dynamiques (+7,2% en volume, +9,6% en valeur). « Le champagne est à l’étale avec un essoufflement de sa croissance (-1,3% en valeur et -4,2% en volumes), et l’effet monétaire en particulier, avec la baisse du dollar, a provoqué une hausse importante des prix en vins de cépages », analysent Georges-Pierre Malpel (directeur de Vinifhlor) et Jérôme Despey. « Alors que l’Italie et surtout l’Espagne ont augmenté leurs exports sur le marché américain. Sans les grands crus de bordeaux rouges 2005 qui ont progressé de 35% en valeur, la situation aurait été pire ! », tempèrent-ils.
Une année 2009 difficile
En effet, les bordeaux rouges assurent près du tiers des exportations VQPRD VQPRD : vins de qualité produits dans une région donnée, majoritairement représentés par les vins AOC et vins de qualité supérieure. en volume, et plus de la moitié de leur valeur, orientant favorablement la catégorie (-1% en volume, mais +18% en valeur). Les autres vins tranquilles (vins de table et vins de pays) perdent 3,5% en valeur, la hausse des prix ne compensant plus le recul en volume (-15,5%).
La Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS) s’attend à « une année 2008 étale par rapport au chiffre d’affaires record » de 2007, et une année 2009 « difficile » en raison de la crise financière, selon les déclarations de son délégué général, Louis Régis Affre, le 13 octobre. Ce dernier précise que « la Chine, l’Inde et la Russie ne vont pas compenser les pertes attendues sur les marchés américain ou britannique, principaux débouchés des vins et spiritueux français ». Pour le 1 er semestre 2008, si la Chine a augmenté ses importations de vins français (+49,1% en volume et +44% en valeur), en revanche les exportations vers la Russie ont connu un sérieux coup d’arrêt (-75,9% en volume, -41,9% en valeur). En 2007, les vins de table français notamment avaient profité d’un déficit d’approvisionnement en vins moldaves sur le marché russe. Ubifrance précise dans sa note conjoncturelle du 1 er semestre 2008 que « cette perte explique 40% de la diminution de nos exportations totales de vin ».