La demande africaine de produits alimentaires importés est majoritairement composée encore de produits de base tels la farine, le sucre et le riz, mais elle évolue plus vite qu’on ne le croit vers les produits élaborés. C’est ce qu’a exposé Hassan Sefrioui, directeur de Sopexa Afrique, lors du dernier Sial.
« On a cette image de l’Afrique traditionnelle, vivant beaucoup de l’aide internationale et avec de gros écarts entre les riches et les pauvres. Or, on assiste à l’émergence d’une classe moyenne et des capitaux privés qui investissent. Les modes alimentaires aussi évoluent ». Tel est un aspect positif qu’Hassan Sefrioui a voulu montrer de l’Afrique, au Sial, sur le stand de Coop de France, le 19 octobre. Hassan Sefrioui est directeur de Sopexa Maroc, qui est le pôle de Sopexa pour toutes ses activités sur le continent. Sur un milliard d’habitants en Afrique, 300 millions d’habitants sont considérés comme faisant partie de la classe moyenne, a-t-il rapporté.
Les produits français émergents : biscuiterie, épicerie fine, vins et spiritueux
En termes de demande aux filières agricoles, « les produits importés par l’Afrique sont des produits basiques comme la farine, le sucre et le riz, mais la demande de produits laitiers s’accroît ». Au Maroc, et dans d’autres pays marqués par la culture française, « on ne dit pas un yaourt, mais un Danone. Quand une publicité passe à la télévision en France, elle est vue aussi par les Africains francophones ». Les pays francophones qui sont au cœur de l’activité de Sopexa pour la promotion des produits français sont le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Cameroun. Ajoutons le Nigéria, qui est un pays anglophone mais perméable à l’influence alimentaire française.
Outre les produits laitiers, les produits français qui rencontrent les nouvelles attentes des Africains sont les produits de la biscuiterie et de l’épicerie fine. Mais aussi les vins et spiritueux. Le Maroc, bien que musulman à 99%, importe 115 millions de litres par an d’alcools, liqueurs, vins. « Ce ne sont pas les 10 millions de touristes qui en boivent la plus grande part… », a précisé Hassan Sefrioui. Les Marocains eux-mêmes en sont les principaux consommateurs, car la loi religieuse n’est pas suivie à la lettre. « N’importe qui peut entrer dans un bar à toute heure, comme à Paris ». En dehors du Maroc, un marché important pour les boissons françaises est le Nigéria, pour le cognac, et la Côte d’Ivoire pour le vin. « Le segment des vins et spiritueux est celui qui monte en Afrique », a-t-il résumé.
Vin sans alcool, petit pois pour tagines : l’adaptation aux cultures africaines
Cela n’empêche pas des entreprises françaises d’investir dans le vin sans alcool. L’enseigne marocaine Marjane s’apprête à tester un vin sans alcool fabriqué en France. Un producteur français, Alain Milliat, produit et commercialise ce produit au Maroc et aux États-Unis. Il s’agit en fait de jus de raisin, vendus avec la mention du cépage : jus de merlot, de cabernet, de sauvignon, etc. « Des producteurs français commencent à faire du vin hallal », a-t-il poursuivi. Il s’agit de jus de raisin non fermenté, mais ayant le sceau « hallal ».
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Les produits français passent mieux en Afrique quand ils s’adaptent aux cultures des pays. Ainsi, l’industriel français des légumes transformés Daucy a mis en marché une gamme de petits pois à incorporer au tagine de viande. « C’est ce que les jeunes recherchent. Ils veulent rester dans le cadre de leur culture, mais en passant moins de temps à cuisiner ».
MN
Le prix bas n’est pas un impératif catégorique, même en Afrique
L’économie de l’Afrique étant prise dans le concert de la mondialisation, faut-il en déduire que le prix bas est le sésame qui ouvre les marchés plus qu’ailleurs ? Pas forcément, loin de là. Hassan Sefrioui a cité quelques exemples de la réalité du marché. Ainsi, certes le marché marocain « est un marché de prix », le consommateur aimant comparer les prix des produits, mais cela n’empêche pas les produits français de percer, comme les spiritueux et produits laitiers, d’autant plus que la notoriété des marques françaises y est forte. Le consommateur ivoirien quant à lui « part à la recherche de produits nouveaux ».
En clair, à la question « les produits français peuvent-ils percer malgré leur réputation de produits chers ? », Hassan Sefrioui répond que le prix ne fait pas tout. Un produit pratique peut l’emporter sur le prix bas d’un produit concurrent. Ainsi, Bongrain a eu l’idée de mettre en marché un type de fromage qu’il n’est pas nécessaire de conserver au froid. Un pari gagnant sur un continent où le problème des transports alimentaires est en grande partie lié aux difficultés de garantir la chaîne du froid.