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La demande alimentaire chinoise continuera à bouleverser les enjeux alimentaires mondiaux

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Par la montée de la demande chinoise en matières premières agricoles, l’agriculture reviendra certainement au cœur des enjeux géopolitiques mondiaux à l’avenir. Avec 9 % de surfaces cultivées, la Chine doit déjà nourrir 20 % de la population mondiale.

L’agriculture sera de nouveau au cœur des enjeux géopolitiques mondiaux à l’avenir : telle pourrait être l’idée clef ressortant de la conférence sur la Chine et son agriculture, organisée par l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA) et l’Association française des journalistes agricoles (AFJA) le 27 septembre. « La Chine a un impact plus important que par le passé sur les échanges de matières premières agricoles, analyse Yves Trégaro, chef de l’unité produits animaux, pêche et aquaculture à FranceAgriMer. On constate une croissance exponentielle des importations et on le verra peut-être bientôt sur la viande bovine ». Ces dernières années, les marchés mondiaux du porc et du lait ont été fortement influencés par la demande chinoise. « En quelques mois, le prix peut grimper ou descendre », continue-t-il au point qu’il alerte les investisseurs : « La Chine offre pas mal d’opportunités, mais il faut être très prudent du fait de ces effets de stop and go », et ne pas mettre tous ses œufs dans le même… pays.

Nourrir 20 % de la population mondiale

De plus, la Chine devient de plus en plus dépendante des matières premières agricoles mondiales. « La Chine siphonne une bonne partie des produits de base agricoles », explique Thierry Pouch, économiste à l’APCA. Pour le gouvernement chinois, nourrir 20 % de la population mondiale avec seulement 9 % de terres cultivés reste un défi. Un défi qui subsiste d’ailleurs depuis la nuit des temps. « Les famines ont été un des facteurs à l’origine du renversement des dynasties », relève Jean-Marc Chaumet, rédacteur en chef de la lettre d’information Chine Abcis. La Chine semble avoir toujours voulu rester maître de ses approvisionnements, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. « Si la Chine ne peut produire chez elle, autant aller chercher ailleurs cette production », constate Jean-Marc Chaumet en évoquant l’achat de terre à l’étranger, l’investissement dans des entreprises privées ou des partenariats comme Synutra et Sodiaal.

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Un consommateur chinois qui ne privilégie pas l’origine nationale

À la suite de nombreux scandales alimentaires, le consommateur chinois reste très suspicieux par rapport à la production nationale et préfère acheter des produits d’importation, considérés comme plus sûrs. « La Chine a des ressources financières importantes. Elle va faire pression sur les marchés agricoles mondiaux et sur les prix », souligne Thierry Pouch. « Le gouvernement est parfaitement conscient de cela », affirme Jean-Marc Chaumet, d’où des investissements en Afrique permettant « d’augmenter la production mondiale pour diminuer les tensions sur les marchés ». Pour autant, comme le soulève Thierry Pouch, une question se pose : « Quelle gouvernance internationale va-t-on pouvoir inventer pour que ces déséquilibres sur les marchés, créés par la demande chinoise, ne se reproduisent pas ? ».