Il sera difficile pour la filière de la pomme de terre de faire descendre ses surfaces jusqu'à 105 000 hectares, alors que c'est l'objectif souhaité par l'Union nationale des producteurs (UNPT), a déclaré son président, Arnaud Delacour le 10 février à son congrès, qui s'est tenu à Saint-Quentin (Aisne). Les surfaces devraient se tasser, mais surtout se répartir autrement entre les différents segments (pommes de terre de fécule, de transformation en frites, pommes de terre de table).
Les superficies cultivées en pommes de terre auront du mal à descendre jusqu'à 105 000 hectares. Elles ont trop augmenté ces dernières années, atteignant 120 000 hectares en 2014 et entraînant une production inégalée de 6 millions de tonnes (7 Mt avec la pomme de terre de fécule), contre 3,5 à 4 Mt par an il y a vingt ans. Cette surproduction ne pourra pas être rééditée sans gros risque pour la filière, selon Arnaud Delacour. « Le secteur est victime de son succès », a commenté Gilles Fontaine, président de Fédépom, la fédération des négociants. « Si nous ne voulons pas nous planter, il faut moins planter ! », a résumé Patrick Trillon, président du Comité interprofessionnel de la pommes de terre du marché du frais (CNIPT) et président de l'UNPT jusqu'en 2014.
Les surfaces diminueront sans doute moins qu'espéré, parce que les producteurs ont peu de choix de diversification dans leur assolement : les prix des céréales de printemps ne sont pas incitatifs, ceux de la betterave sucrière non plus. Mais les surfaces devraient se répartir de façon plus adaptée : elles chuteront vraisemblablement de 15 à 20% pour les variétés à chair ferme, très excédentaires, et augmenteront un peu pour la transformation en frites et chips et un peu plus encore pour la fécule. La sole de pommes de terre de fécule est tombée à 18 000 hectares en 2013. Elle est remontée à 20 000 hectares l'an dernier. La reprise devrait se confirmer, a précisé Jean-Luc Pelletier, délégué général de l'Usipa, le syndicat des industries amidonnières et féculières.
Nombreuses dénonciations de contrats
En attendant, les prix de la pomme de terre sur le marché libre sont au plus bas. « Un euro pour 10 kilos, c'est mépriser le travail du producteur, c'est mépriser le consommateur car avec un tel lot il en laissera pourrir une bonne partie, et c'est scandaleux parce que cela tire l'ensemble de la concurrence à la baisse des prix », s'est indigné Arnaud Delacour. Jacques Rouchaussé, président de la fédération des maraîchers de France, a pris la parole pour dénoncer la dépréciation des prix. Il a exhibé un sachet de 750 grammes de pommes de terre prêtes à l'emploi, vendu un euro seulement. Une solution à cette déflation est, selon lui, une contractualisation à hauteur de 30% de la production de l'exploitant. « La contractualisation à 100%, ça ne marche pas ».
Le problème de la contractualisation dans une période comme celle-ci, c'est la dénonciation des contrats par les acheteurs, se voyant « piégés » par leur engagement signé avant l'effondrement des cours. Les dénonciations de contrats ont été nombreuses ces derniers mois, le prétexte de défauts de qualité étant le plus souvent invoqué.
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Pour parer à ce problème, les producteurs sont plus que jamais à la recherche d'outils leur permettant de prouver la qualité de leurs lots par des critères de preuve objectifs. Sébastien Couderc, le conseiller technique du ministre de l'Agriculture chargé des questions végétales et des biocarburants, a promis l'engagement de l'administration pour valider des protocoles de décontamination pour les parasites tels que les nématodes. L'UNPT et plusieurs producteurs ont ainsi mis au point une laveuse pour décontaminer les lots infestés. Ces procédures techniques sont des garanties importantes pour les producteurs, a insisté Arnaud Delacour.
Des segments porteurs : la primeur et la chips
Un des moyens d'alléger le marché de la pomme de terre et de lui redonner de la valeur est d'extraire la pomme de terre primeur du marché générique et travailler l'identité du produit, a par ailleurs indiqué André Mainguy, président de la fédération nationale des pommes de terre primeurs. « Sans la pomme de terre primeur, l'électroencéphalogramme du marché serait plat », a conclu ce dernier.
La pomme de terre transformée a des débouchés en croissance parce que la consommation de frites et de chips augmente, tant en France qu'à l'extérieur des frontières, du fait du snacking et de la commodité d'utilisation de ces produits. L'euro plus faible a ouvert en peu de temps des marchés outre-Atlantique.
La pomme de terre de table quant à elle peut percer davantage auprès des jeunes générations, à condition de la placer dans les rayons qui correspondent à son vrai domaine : « On aime manger des sucres lents complexes comme le riz et les pâtes et pas chers. Il faut que le consommateur puisse trouver les pommes de terre dans le même rayon », a souligné Pascal Hébel, directrice du Crédoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie). Enfin, la recherche du goût par les consommateurs revient en force, d'où le recul des magasins de hard discount, a-t-elle poursuivi, montrant que le travail du goût peut permettre de reconquérir des marchés.