Alexis Gourvennec est décédé le 19 février à l’âge de 71 ans. Sa disparition est celle d’un syndicaliste et coopérateur d’exception. Tout en menant des actions syndicales dures – la prise d’assaut de la sous-préfecture de Morlaix est restée mémorable –, il a réorganisé l’agriculture bretonne et participé au décollage économique de la région.
C’est un peu l’histoire d’un trublion syndical devenu organisateur d’agriculture puis notable breton. Alexis Gourvennec reprend à 21 ans l’exploitation maraîchère de ses beaux-parents qu’il transformera progressivement en l’une des plus grosses exploitations de Bretagne, employant plusieurs dizaines de salariés. Parallèlement, il prend ses premières responsabilités syndicales. 1961 est une date clé dans sa vie et sans doute pour l’agriculture bretonne. Il fonde la Sica de Saint Pol-de-Léon et, en pleine dépression des prix du maraîchage, prend d’assaut la sous-préfecture de Morlaix. Objectif : obtenir un soutien aux maraîchers en perdition et une législation permettant de confier aux coopératives une part de l’organisation des marchés.
S’organiser et faire pression
En somme, il s’agit de permettre aux producteurs de s’organiser et de faire pression sur l’aval tout en acceptant certaines disciplines de mise en marché. Un sujet sans doute toujours d’actualité en 2006. Philippe Mangin le rappelait le 20 février au conseil d’administration de Coop de France, qu’il préside : « Puisse sa vie, son combat, continuer à résonner dans nos esprits », expliquait-il.
En tout cas, la stratégie d’Alexis Gourvennec aura deux conséquences durables : d’une part les manifestations aux portes des préfectures et sous-préfectures resteront longtemps une pratique agricole en temps difficiles. Signe des temps, les manifestations d’aujourd’hui visent plutôt les grandes surfaces. Deuxième conséquence, le sentiment toujours actuel qu’il n’y a d’avenir pour les agriculteurs qu’en se regroupant, ce qui tranche avec des tentations d’individualisme souvent présentes.
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Desenclaver la Bretagne
Le message d’Alexis Gourvennec, qui va de pair avec une agriculture bretonne qui fait le pari de l’intensif, se diffusera dans bon nombre de productions, avec plus ou moins de succès.
Cependant, son ambition dépasse les frontières de l’agriculture : il participe à la pression des forces économiques locales pour la mise en place du plan routier breton ; il créé Britanny Ferries en 1972, société de transports de passagers à destination de la Grande-Bretagne depuis Roscoff notamment. L’entreprise connaît des hauts et des bas, tente des expériences parfois peu concluantes, mais c’est aujourd’hui une société avec 2500 personnes, active sur les liaisons allant jusqu’à l’Espagne. Profondément Breton, n’étant apparemment pas intéressé par des mandats nationaux, Alexis Gourvennec aura passé sa vie à vouloir désenclaver, avec succès, la Bretagne.