Les exploitants de machines à café anticipent une très forte baisse de leur chiffre d’affaires en 2020, suivies de difficultés en 2021. La distribution automatique subit les conséquences du télétravail, de la fermeture des machines dans les bureaux encore fréquentés et la désertion des gares et des aéroports.
Après la restauration et la vente à emporter, la distribution automatique est sans aucun doute l’une des victimes supplémentaires de la crise du Covid-19. Selon la Fédération nationale de vente et services automatiques (Navsa), le chiffre d’affaires des exploitants de distributeurs automatiques de boissons et de snacks, soit 2,9 milliards d’euros en 2019, devrait être amputé en moyenne de 40 % en 2020. « Les conséquences varient dans de grandes proportions en fonction des entreprises, dont certaines peuvent perdre 100 % de leur chiffre d’affaires, et des régions d’implantation : l’impact n’est pas le même dans les régions avec beaucoup de bureaux et les autres », explique Pierre Albrieux, président de la Navsa. Selon le syndicat, le secteur compte environ 1 000 entreprises, dont 240 sont adhérentes, représentant 90 % de l’activité. Ces entreprises emploient 55 000 salariés, dont environ 25 000 sont menacés par la crise actuelle.
En cause : le confinement, le télétravail et la baisse drastique de la fréquentation des transports qui a considérablement réduit le flux de passagers dans les gares de grandes lignes et de transport urbain, ainsi que dans les aéroports. Lors de la mise en place du confinement, le secteur n’était pas directement concerné, mais l’a été par ricochet. « Bien qu’autorisés à poursuivre leur activité, les professionnels du secteur – qui ont en gestion les machines à café, les distributeurs de boissons et en-cas et autres fontaines à eau installés dans les entreprises et dans les lieux publics – se retrouvent dans une situation d’inactivité subie en raison de la fermeture de la plupart de leurs clients, tandis que ceux restés ouverts condamnent l’accès aux machines », explique la Navsa. De nombreuses entreprises ont vu les machines à café comme des points de regroupement propices aux contaminations. 70 % du parc de machines en France sont installés dans les entreprises, le reste dans les lieux publics.
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Face à ce constat, la Navsa craint que les difficultés finissent par déboucher sur des plans sociaux et des dépôts de bilan, quand ce ne sont pas les clients qui font défaut. « Je crains que nous ayons beaucoup d’entreprises qui déposent le bilan en début d’année 2021, après avoir constaté les dégâts sur l’exercice 2020 », déclare Pierre Albrieux. « Nos entreprises, surtout des PME et TPE, n’ont pas forcément les capacités d’anticipation et risquent de prendre des décisions lourdes de conséquences une fois les comptes 2020 clôturés », poursuit-il. Le retour à la normale pourrait être long. Selon Pierre Albrieux, à l’issue du premier déconfinement, l’activité était repartie à 80 %, mais selon ses prévisions, le retour au niveau d’activité de 2019 pourrait se produire seulement en 2022, sauf en cas de nouvelles restrictions.
La distribution automatique a obtenu après cinq mois de « difficiles négociations » d’être inscrite sur la liste « S1 bis » des secteurs « connexes » particulièrement touchés par les conséquences économiques et financières liées à la crise sanitaire. Les entreprises peuvent ainsi bénéficier des aides au titre de l’activité partielle et de la perte de chiffre d’affaires. Mais il n’est pas sûr que toutes survivent une fois les aides stoppées. La Navsa demande aujourd’hui que les torréfacteurs, en amont de la filière, soient aussi bénéficiaires des aides au titre de la liste S1 bis. « L’exclusion des torréfacteurs du périmètre de l’aide publique apparaît donc incompréhensible, selon la Fédération, qui espère obtenir gain de cause auprès des autorités ». Un combat qui s’annonce « difficile », selon les professionnels.