Parce que le monde agricole n’est pas uniquement composé de chefs d’exploitation, la FGA-CFDT compte bien rappeler aux candidats à l’élection présidentielle qu’ils ont tout intérêt à s’emparer de la question du salariat. Si toutefois ils souhaitent convaincre 2 millions d’électeurs potentiels que sont les salariés de l’agriculture, de l’agroalimentaire et des services qui y sont rattachés.
La FGA-CFDT (Fédération générale agroalimentaire de la CFDT) a des choses à dire aux candidats à l’élection présidentielle. Des revendications qu’elle souhaite porter pour les 2 millions de salariés (saisonniers compris) qui travaillent dans la production et les services agricoles et agroalimentaires (1,2 million, dont 800 000 saisonniers pour la production agricole seule). Elle a décidé de saisir l’occasion du Salon de l’agriculture pour présenter une « plateforme revendicative » aux différents candidats, a-t-elle annoncé le 6 février. Tous, à l’exception de Marine Le Pen – car « le Front national porte des valeurs » incompatibles avec celle de la CFDT, explique le syndicat – sont invités sur le stand de la FGA-CFDT, afin de venir prendre connaissance des revendications du syndicat et échanger à ce sujet. « Nous n’allons pas leur courir après », prévient Patrick Massard, président de la Fédération. À eux d’honorer l’invitation et de prouver leur intérêt pour ce secteur créateur d’emploi.
La « plateforme » mentionne onze axes revendicatifs qui visent, en résumé, à défendre les services publics et institutions, mais surtout les salariés de ces organismes et la main-d’œuvre agricole.
Maintenir les moyens dans les services
Dans les services publics, à la MSA ou dans les chambres d’agriculture, la FGA-CFDT dénonce les coupes budgétaires qui conduisent à des réductions d’effectifs (-19 % dans les services vétérinaires en 10 ans, -1 300 emplois prévus dans la convention d’objectifs et de gestion de la MSA par exemple) quand les missions confiées au personnel continuent d’augmenter. « Les risques psychosociaux se développent de manière dramatique », constate la FGA-CFDT qui demande que les salariés de ces institutions puissent avoir les moyens des tâches qui leur sont attribuées.
La FGA-CFDT rappelle par ailleurs que les chambres d’agriculture ont un devoir de neutralité : il leur appartient de défendre toutes les agricultures et tous les agriculteurs. Pour le syndicat, les chambres ne remplissent plus ce rôle. Il est de fait nécessaire de « repenser leur gouvernance » et de légiférer sur leur fonctionnement. Par exemple, les collectivités, citoyens, commerçants ou ONG pourraient faire partie du conseil d’administration.
Le minimum légal et du dialogue social
La FGA-CFDT milite également pour la bonne application du droit et particulièrement des dispositions relatives au dialogue social. Elle soutient la démarche de restructuration des branches mais estime que l’idée défendue par le gouvernement, qui consiste en un regroupement des conventions collectives qui concernent moins de 5 000 salariés n’est pas opportune. Ce qui compte, c’est « la vitalité » de la convention. Si le dialogue social est efficace dans une branche, même si elle concerne moins de 5 000 salariés, il n’y a pas de raison de la supprimer. La FGA-CFDT demande également que soit trouvée une solution pour les services à l’agriculture (Cuma, chambres, associations…) – ils emploient 30 000 salariés – qui ne sont couverts par aucune convention collective. Pour les chambres notamment, elle demande que le Code du travail soit « le socle minimum légal applicable ».
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La FGA-CFDT souhaite par ailleurs que l’obligation de représentation des salariés dans les conseils d’administration des grandes entreprises s’applique désormais aux banques mutualistes (Crédit Agricole, Crédit mutuel…) qui n’y sont actuellement pas soumises.
Application du compte pénibilité
Le syndicat demande que la mise en place du compte pénibilité se poursuive. Elle salue les accords de branche conclus pour les branches distribution de boissons et lin, ainsi que les référentiels déposés par la coopération, la filière sucre et la filière paysage. Elle rappelle à la FNSEA que même si elle est en désaccord avec la mise en place du compte pénibilité, les chefs d’exploitation employeurs de main-d’œuvre doivent se soumettre à la loi. La FGA-CFDT demande que les aides Pac soient retirées aux employeurs de main-d’œuvre qui ne se plieraient pas à la réglementation du compte pénibilité.
Des critères sociaux conditionnant les aides
La FGA-CFDT souhaite en effet utiliser la carotte et le bâton pour inciter les employeurs à respecter les droits des salariés. Elle suggère que les signes officiels de qualité intègrent des critères sociaux dans leurs cahiers des charges. Dans le cadre de la révision de la Pac, elle propose là aussi une conditionnalité sociale des aides.
Convaincus ou non par les suggestions de la FGA-CFDT, les candidats à l’élection présidentielle devront dans tous les cas bien comprendre que les secteurs agricoles et agroalimentaires, très pourvoyeurs d’emplois, restent un monde à part en matière de droit du travail. À eux de dire ce qu’ils comptent faire.
La FGA-CFDT demande que les aides Pac soient retirées aux employeurs de main-d’œuvre qui ne se plieraient pas à la réglementation du compte pénibilité.