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La filière alimentaire, unie, défend ses intérêts

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Les États généraux de l’alimentation auraient-ils atteint l’un de leurs objectifs – réconcilier les acteurs de l’alimentaire – avant même d’avoir commencé ? C’est ce que pourrait laisser croire un rapport cosigné par la FNSEA, les transformateurs et la distribution, faisant le diagnostic de la filière alimentaire. Parlant d’une seule voix, ils dénoncent la concurrence exacerbée sur les prix et le culte du pouvoir d’achat qui a surtout favorisé le consommateur.

Alors que les conflits sont légion entre les maillons de la filière alimentaire, l’Ania (industrie agroalimentaire), Coop de France, la FCD (commerce et distribution), la Feef (entreprises), la FNSEA et l’Ilec (Institut de liaisons et d’études des industries de consommation) ont publié le 20 juillet un « diagnostic » commun de la filière alimentaire. Et le constat dressé est limpide : tous les acteurs de l’alimentation, de l’agriculteur à l’enseigne de grande distribution en passant par l’industriel, sont en difficulté. Tandis que le grand gagnant est le consommateur.

Une filière stratégique pour la France

Premier constat commun : la filière alimentaire représente un atout certain pour l’économie française, affirment les organisations cosignataires du rapport. Elle représente 835 000 entreprises, 650 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 10,4 milliards d’euros d’excédent commercial et 3,4 millions d’emplois. L’agriculture et l’agroalimentaire contribuent « à la vitalité des territoires », à travers leurs exploitations agricoles (460 000), coopératives (2 600), entreprises agroalimentaires (17 650) et commerces alimentaires (41 000) répartis sur le territoire. Pourtant, la filière alimentaire est malmenée, notent les organisations. « Les signaux d’alerte sont d’ordre économique », affirment-elles, déplorant une dégradation de la balance commerciale et une santé financière des entreprises défaillante.

Des difficultés économiques pour tous

« Au niveau de l’amont agricole, la quasi-totalité des secteurs agricoles est concernée par l’impossibilité, pour les producteurs, de couvrir leurs coûts de production par les prix de marché », indique le rapport qui renchérit : « La Banque de France comptabilise 1 493 défaillances dans le secteur agricole en avril 2017, en progression de 11 % sur un an ». Mais, selon le rapport, l’industrie alimentaire n’y est pour rien. Car elle aussi « connaît une diminution importante de ses marges depuis 2008 ». Et là aussi, les défaillances d’entreprises se multiplient. Elles « ont grimpé de 16 % entre 2012 et 2015 par rapport aux 4 années précédentes ». Qu’en est-il de la grande distribution ? « Les marges de la grande distribution sont également structurellement faibles », affirme le rapport. Ainsi, la filière alimentaire souffre : « Aucun maillon n’y échappe », écrivent les acteurs de concert.

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Le consommateur gagnant

Qui est responsable ? La filière alimentaire pointe du doigt les pouvoirs publics qui ont choisi le camp des consommateurs. « Durant les années 2000, plusieurs réformes successives […] ont eu en ligne de mire le pouvoir d’achat du consommateur. De ce point de vue, ces réformes ont pleinement réussi », soulignent les organisations. Ainsi, les produits de grande consommation dans la grande distribution ont enregistré une déflation de 2,5 % entre 2014 et 2016, indique le rapport. Cette déflation est « destructrice de valeur à court terme pour tous les acteurs à l’exception du consommateur final ». Pourtant, « l’alimentation a un prix ».

Alors que les États généraux de l’alimentation ont pour ambition d’ouvrir le dialogue entre des acteurs historiquement en conflit – agriculteurs, industriels, distributeurs –, ces derniers s’affichent dès l’ouverture unis. Cette position commune permet à la filière alimentaire de rappeler aux consommateurs, aux associations et ONG qu’elle est en souffrance alors qu’elle répond, de plus en plus, aux attentes sociétales. Elle propose des produits sous signes officiels de qualité, bio, issus du commerce équitable, locaux et régionaux, distribués via des circuits de commercialisation différents… « Les progrès des acteurs de la filière alimentaire pour adapter l’offre à la demande des consommateurs sur les différents marchés sont déjà largement à l’œuvre », affirme le rapport.

La filière alimentaire souffre : « Aucun maillon n’y échappe », affirment agriculteurs, industriels et distributeurs