La France est le leader mondial du lin textile de haute qualité, mais elle n’a quasiment plus qu’un seul client : la Chine. Redoutables en affaires, les filateurs chinois tirent les prix à la baisse. L’interprofession du lin a décidé de réagir, notamment en intervenant directement sur le marché.
Le lin se vend de mieux en mieux. Depuis une dizaine d’années, il est à la mode et se retrouve dans les collections de prêt à porter et de haute couture dans le monde entier. Et pourtant, le prix du lin teillé ne cesse de baisser depuis cinq campagnes. Comment expliquer ce paradoxe ? « Le cercle vertueux ne fonctionne pas et c’est dommage », résume Christophe Mallet, directeur de l’AGPL, Association générale des producteurs de lin.
De 60 000 à 140 000 tonnes
En matière commerciale, la France devrait être capable d’imposer ses tarifs. Mais ce n’est pas le cas. « Jusqu’aux années 90, le lin se retrouvait dans les collections une année sur cinq, raconte Christophe Mallet, ce qui engendrait des crises régulières. Depuis plus de dix ans, la collective du lin a engagé un travail de fond pour séduire les créateurs, ce qui a permis une vraie reconnaissance de cette fibre par les professionnels du textile ». Quant aux producteurs français, ils ont amélioré la qualité de la fibre. « Nous proposons les meilleurs lins du monde», se félicite-t-il. La demande en lin français a singulièrement augmenté, passant de 60 000 tonnes de lin teillé en 1996 à 140 000 tonnes en 2006. Il se retrouve dans les vêtements commercialisés aux Etats-Unis pour la moitié, mais aussi en Italie ou en France. Mais, entre-temps, il a voyagé : la fibre est passée par les filatures chinoises. « Depuis la disparition des filatures européennes, nous commercialisons 80 % de notre production en Chine», reconnaît Xavier Talpe, président de l’AGPL. Et les Chinois ont besoin du lin français puisqu’il représente 70 % de leur approvisionnement.
Les Chinois, redoutables négociateurs
A ce petit jeu du « je te tiens, tu me tiens par la barbichette », la France est loin d’être la plus résistante. « Les Chinois sont de redoutables négociateurs commerciaux, explique Christophe Mallet. Dès qu’une entreprise française accepte de baisser ses prix, toute la Chine est au courant, et les autres teilleurs français sont obligés de suivre». « C’est comme un rouleau compresseur », ajoute son président. En face, les 25 teilleurs français ne font pas le poids.
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A cela s’ajoute une hausse régulière des stocks de lin teillé en France. C’est la rançon du succès : le lin étant une culture rentable, les liniculteurs ont tendance à en implanter de plus en plus. Ainsi de 1994 à 2004, la surface moyenne par exploitation passe de 8 ha à 12 ha. Mais, depuis 4 campagnes, les stocks s’amoncellent, ce qui tire les prix à la baisse.
Les Français veulent se serrer les coudes
La filière lin voit bien qu’elle doit réagir vite si elle ne veut pas être entraînée dans les abîmes. « La première cause est l’inorganisation de notre marché», constate Xavier Talpe. Les 25 entreprises françaises négocient individuellement avec la trentaine de filateurs chinois. « Nous devons regrouper l’offre de sorte qu’il y ait seulement une dizaine d’interlocuteurs, considère le directeur de l’AGPL. Cela commence d’ailleurs à être le cas, avec la création de structures de ventes regroupant plusieurs entreprises ». Deuxième mesure : proposer une grille de classification du lin teillé selon la qualité, ce qui n’a jamais été fait jusqu’alors. Enfin, réduire l’offre. Et là, l’interprofession du lin (Cipalin) a pris une décision historique début mars en intervenant directement sur le marché du lin. « Le Cipalin va acheter 5 000 tonnes de lin aux entreprises de teillage qui se sont engagées à retirer du marché le double du volume acheté, soit 10 000 tonnes», explique Xavier Talpe. L’objectif est donc de faire de la rétention de 15 000 tonnes de lin teillé pour faire grimper les prix. Mettre en place une intervention privée en quelque sorte. « C’est un signal fort pour nos clients», ajoute-t-il. Dans le même temps, l’AGPL a appelé les liniculteurs à réduire de 7 à 8 % les surfaces de lin. Espérons que tout cela permettra de renverser la tendance des prix à la baisse.