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La filière « vin » présente son plan contre le dépérissement du vignoble

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Face au dépérissement du vignoble, aux causes encore troubles, et qui se caractérise par une chute du rendement et une mortalité brutale du cep, le Cniv (Comité national des interprofessions viticoles), avec le soutien de FranceAgriMer, a présenté ses quatre axes de lutte, le 7 avril : formation, reconquête de la production de plants, coordination des connaissances et collaboration serrée professionnels-scientifiques.

Après avoir décidé le principe d’un plan contre le dépérissement du vignoble, le 22 juillet dernier, la profession viticole, à travers ses interprofessions (Cniv) et avec le soutien de FranceAgriMer, a défini ses actions, et les a présentées le 7 avril lors d’un séminaire qui s’est tenu à l’Agro de Paris. Après la recherche d'un consensus obtenu en juillet, quatre axes émergent.

Formation : l’art de la taille de la vigne

Pour le premier axe, la formation, le plan national propose la création d’un réseau national d’expérimentation. Dans une vidéo, Michel Chapoutier, président d’Inter Rhône, a déclaré que « tout le monde doit être formé », notamment dans « l’art de la taille de la vigne » : viticulteurs, salariés, entreprises de travaux agricoles. À ce propos, il a pointé une dérive qui fait que les prestations sont de plus en plus souvent conduites par des entreprises de travaux agricoles. Or, « elles ne sont pas dans le cœur du métier ». La taille de la vigne est une phase au cours de laquelle les champignons et virus peuvent entrer par les plaies, si la taille est mal conduite. « Nous ne prenons pas de tâcherons, mais des salariés qui sont les mêmes chaque année », a témoigné Michel Chapoutier.

Reconquérir la production de plants

Le deuxième axe vise la reconquête de la production de plants avec le concours des pépiniéristes, la concurrence italienne et allemande risquant de détrôner la suprématie française mondiale dans le domaine des cépages, a alerté Jean-Marie Barillère, président du Cniv. En effet, les surfaces de vignes-mères, ces plants qui donnent naissance aux porte-greffes et aux greffons (ces derniers sont les plants de cépages vendus par les pépiniéristes aux viticulteurs) ont diminué de 23% en dix ans. « La production française est passée de 300 millions de plants en 2000 à 150 en 2010 », en raison de l’inventaire sanitaire de 2000 et de la crise viticole de 2005, a expliqué David Amblevert, président de la Fédération française des pépinières viticoles.
Or, depuis ces années d’effondrement, la demande est repartie à la hausse en raison de la restructuration du vignoble.
Les pépiniéristes sont en train de relever la production à 220 millions de plants par an. Pour cela, a détaillé David Amblevert, il faut continuer à augmenter les surfaces de vignes-mères (de 1 500 hectares à 1 800-1 900 d’ici quatre à cinq ans). De plus, le président de la Fédération française des pépiniéristes propose de développer des domaines viticoles dédiés aux vignes-mères (sans production de raisin), isolées du reste du vignoble et protégées contre les contaminations. Pour cela, un financement collectif de cette production « potentiellement non rentable, mais d’intérêt crucial pour tous les acteurs de la filière » est nécessaire. À l’issue du séminaire, David Amblevert s’est rendu au ministère de l’Agriculture pour exposer son plan au conseiller technique du ministre, Sébastien Couderc.

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Un troisième axe propose de rassembler toutes les connaissances dans un « réseau de réseaux ». Qu’il s’agisse du simple constat de dysfonctionnement d’un pied de vigne (symptômes visuels, parasite) ou du suivi des températures et du stress hydrique de la vigne, la collecte pourrait s’appuyer sur les relais classiques tels les réseaux de parcelles et aussi « sur des moyens plus innovants (relevés et déclarations de viticulteurs sur smartphone, réseau de viticulteurs formés)», a souligné Muriel Barthe, directrice technique du CIVB (Centre interprofessionnel du vin de Bordeaux). De plus, « puisque les mathématiciens et physiciens travaillent à la constitution de réseaux de réseaux, saisissons cette occasion », a-t-elle lancé, insistant sur les performances d’échanges et de calculs permis par l’explosion du numérique.

Professionnels et scientifiques ensemble pour répondre à des milliers de questions

Un dernier axe appelle à une collaboration plus imbriquée entre professionnels et scientifiques. Les thèmes sont nombreux et denses en connaissances : la relation entre rendement et longévité, les interactions entre la vigne et le sol, les stratégies de défense de la vigne dans un contexte de réduction des molécules disponibles. À plus long terme s’ouvre un champ encore inexploré et qui est tout un domaine scientifique à lui seul : les interactions entre la vigne et les micro-organismes. Plusieurs questions se posent : quelles relations, au niveau cellulaire, entre le pathogène et la plante ? Quelles sont les conséquences de ces interactions sur les différents tissus de la vigne et leurs fonctions physiologiques ? Et aussi, une question importante pour réduire les pesticides : quels sont les mécanismes permettant d’expliquer la mise en place de systèmes de défense ? Enfin, quel est l’impact potentiel de la sélection sanitaire des plants et de l’usage de phytosanitaires sur les équilibres plante-micro-organismes ?
Les questions sont nombreuses. Lors des débats de la salle, Gérard-Pierre Aussendou, responsable des achats de raisin à la maison Bouchard (Bourgogne), s'est étonné de ces vignes de 15-20 ans qui sont atteintes par le dépérissement, alors que des vignes de 60 ans « se portent bien et ont de bons rendements ».

Ces vignes de 15-20 ans qui sont atteintes par le dépérissement, alors que des vignes de 60 ans se portent bien et ont de bons rendements

Les maladies passées au crible, les pratiques culturales aussi

Point important de la mission conduite par le Cniv et FranceAgriMer en 2015, pour mieux lutter contre l’érosion durable des rendements viticoles et la forte mortalité des ceps de vigne, il fallait raisonner « dépérissements » et non pas seulement « maladies du bois ». Cela signifie qu’il faut non seulement prendre en compte les agressions biologiques qui frappent le vignoble (virus, champignons, bactéries, phytoplasmes, etc), mais aussi les pratiques culturales, les stratégies d’exploitation et les contraintes technico-économiques.