La filière viticole française cherche une solution au niveau européen pour éviter l’usurpation de noms de cépages français emblématiques par des obtenteurs étrangers qui choisissent des noms composés contenant « merlot », « sauvignon », « cabernet », notamment pour leurs cépages résistants au mildiou et à l’oïdium. Le conseil spécialisé viticole de FranceAgriMer souhaite une modification des règles de dénomination.
Produire du vin à partir de cépages résistants au mildiou ou à l’oïdium ne pose pas tant des problèmes de génétique des cépages que de dénomination. Il ne suffit pas que ces variétés de vigne soient techniquement efficaces, il faut aussi que leurs noms ne soient pas sources de confusion. Le conseil spécialisé viticole de FranceAgriMer du 19 décembre a consacré une partie de ses délibérations sur ce problème, à l’occasion d’un arrêt du Conseil d’État en décembre, qui a jugé injustifié d’interdire le nom d’un cépage « qui parle au consommateur » sur l’étiquette d’une bouteille de vin.
Sur sept variétés de vigne résistantes inscrites au catalogue des variétés en Italie, deux sont jugées par le Comité technique français permanent de la sélection (CTPS) comme étant d’une résistance contestable dans la durée. Mais quatre autres, bien qu’étant intéressantes en termes de résistance, posent des problèmes parce qu’elles portent des noms composés qui sont proches des noms de cépages français prestigieux : cabernet-volos, merlot-kanthus, merlot-khorus, sauvignon-kretos.
« Ces noms ne sortent pas de nulle part »
« La simplification de la dénomination des cépages n’est pas simple », a commenté Didier Josso, délégué de la filière viticole à FranceAgriMer, le 20 décembre lors d’une conférence de presse faisant suite au conseil spécialisé viticole.
Certes, ces cépages aux noms composés ont bien des parentés génétiques de cabernet, merlot et sauvignon, mais ces origines génétiques ont été diluées au cours des croisements. « Ces noms ne sortent pas de nulle part, ils ont été légitimés par le nom d’un parent », précise-t-on à l’Institut coopératif du vin (ICV), basé à Lattes dans l’Hérault. Malgré cette parenté génétique, la profession viticole est quasiment « unanime pour éviter de donner des noms proches des noms de cépages emblématiques », a relaté Didier Josso, au lendemain du conseil viticole.
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« L’Inra n’a pas donné de noms proches de cépages existants aux quatre variétés résistantes qu’il a obtenues » et qui sont classées en France, a-t-il fait remarquer. « Il va falloir faire évoluer les règles qui régissent les arrêtés de classement des cépages », a-t-il poursuivi, se faisant l’écho du conseil spécialisé, ajoutant que la question sera probablement tranchée au niveau de la Commission européenne.
« Il va falloir faire évoluer les règles qui régissent les arrêtés de classement des cépages »
Une procédure complexe
Pour implanter un nouveau cépage en France, le parcours de validation est complexe. Il se fait en deux épreuves : l’inscription au catalogue européen des variétés végétales et le classement. Toute variété de vigne qui a franchi l’examen technique dans un État membre est inscrite au catalogue européen et donc est inscrite au catalogue de chaque État membre. Après l’inscription, chaque État membre choisit les cépages qui lui semblent aptes à produire un profil de vins qu’il estime typique. Cette procédure est le classement.
Au niveau français, elle est gérée par trois autorités différentes : l’obtention des variétés relève de la DGAL (Direction générale de l’Alimentation du ministère de l’Agriculture), leur classement relève de la DGPE (Direction générale de la performance économique et environnementale des entreprises) du ministère, et l’étiquetage des vins par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et des fraudes), a évoqué Didier Josso.