Après une année 2003 difficile, la profession de la volaille peine à sortir de l’ornière. Bien que les épidémies de peste aviaire en Asie et au Canada se soient calmées, la consommation française continue de baisser, à un rythme certes ralenti par rapport au plus fort de la crise, en février, mais préoccupant pour les entreprises. La filière s’apprête à faire un premier pas concret vers la création d’une interprofession, avec la constitution dans les prochains jours d’un Comité de liaison de la volaille de chair.
En difficulté depuis le milieu de l’année 2001, le secteur de la volaille n’enregistre toujours pas d’amélioration de son marché intérieur, ni de ses exportations. De même que dans l’industrie de la viande bovine, certains observateurs craignent désormais des dépôts de bilan d’entreprises, car à l’exception de quelques-unes – LDC, Arrivé ou encore la filiale de Coopagri Bretagne, Ronsard – la profession souffre. Or, peu d’opérateurs, fait-on remarquer, disposent aujourd’hui des capacités financières nécessaires à conclure des acquisitions, et ceux qui dégagent des ressources ciblent leurs acquisitions.
Après une année 2003 qui avait vu la consommation de volailles calculée par bilan (y compris la restauration) reculer de 2 % et les achats des ménages constatés par Secodip s’abaisser de 5 %, les évolutions des premiers mois de 2004 s’inscrivent sur les mêmes tendances. Selon le panel consommateur, la diminution en volume oscille entre 5 et 7 % selon la période (-7,2 % pour la première période, -5,1 % pour la quatrième). Seuls les produits élaborés arborent des clignotants au vert, avec des hausses échelonnées entre 2,7 et 3,5 %
Désaffection
A l’inverse, ceci contribuant pour bonne partie à expliquer cela, les prix de vente aux consommateurs ont bondi en moyenne de 10 %, en raison de la hausse des prix des aliments après la canicule de l’été 2003. Un phénomène auquel vient s’ajouter désormais un bond de 30 % du prix du soja qui entre pour près du quart dans la ration des animaux. Cette augmentation trouve son origine dans une progression de la demande chinoise, explique André Lepeule, délégué général de la Fédération des industries avicoles (FIA).
Si la distribution a pris en compte la hausse des aliments dans ses prix de vente, elle n’a, en revanche, pas répercuté à la baisse la suppression de la taxe d’équarrissage qu’elle acquittait avant la réforme du début de l’année. Cela étant, le facteur du prix n’explique pas à lui seul la baisse du marché. A voir la chute que subit la viande de porc en dépit des opérations de promotions importantes dont elle fait l’objet, il s’agit bien d’une désaffection générale pour les produits carnés, qui se traduit par un effritement du nombre des consommateurs et des quantités achetées de produits de base.
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Un marché européen lourd
Sur le front du marché européen, rien de bien nouveau non plus. Les marchés sont lourds dans l’ensemble de l’Union, constate André Lepeule, rendant difficiles les exportations. Mais le délégué général de la FIA dit aussi sa préoccupation face aux pratiques qui pourraient être adoptées dans les dix nouveaux Etats membres. Prévoyant la constitution dans ces pays, avant l’adhésion, de stocks de poulets congelés en provenance des Etats-Unis, de Thaïlande ou du Brésil, les professionnels européens avaient demandé que Bruxelles prenne des mesures qui ont abouti à un règlement sur la gestion des stocks anormaux.
Ce texte prévoit que soient limités les échanges en provenance des nouveaux Etats membres, de sorte qu’ils n’excédent pas de plus de 10 % les flux habituels. Toutefois questionne le délégué général, de quels moyens dispose-t-on pour appliquer ce règlement ? Et d’ajouter que dès début mai, une quantité de viandes de volaille supérieure aux prévisions a été expédiée de Pologne et de Slovaquie vers les Pays-Bas et l’Allemagne, à destination du marché industriel.
Un virage
Les pays tiers, où la grippe aviaire a entraîné une baisse sensible de la consommation, sont eux aussi peu demandeurs. Quant au marché russe, il se montre chaotique dans l’attente de la fin des négociations avec l’Union européenne qui a souhaité la mise en place d’un certificat sanitaire unique pour l’ensemble des viandes et des 25 pays européens. Les négociations se révèlent « très compliquées » mais devrait aboutir à un accord définitif le 1er juillet, avec deux mois de retard sur le calendrier initialement prévu.
Toutes destinations confondues, les exportations des entreprises françaises au premier trimestre 2004 se sont repliées de 15 à 20 %, estime André Lepeule. Et l’avenir s’annonce rien moins que rose : le délégué général redoute que dans les négociations en cours entre l’Union européenne et le Mercosur, des concessions se fassent sur le terrain de la volaille, ce qui ne ferait qu’accélérer, selon lui, les conséquences attendues de l’accord du Gatt et de l’arrêt des subventions.