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Coopération La FNCuma mise sur le collectif pour « Produire autrement »

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Le congrès 2013 de la FNCuma (Fédération nationale des coopératives d’utilisation du matériel agricole) se tenait à Arras du 28 au 30 mai. La coopération agricole de production, modèle promu par la fédération, se rapproche sensiblement des Groupements d’intérêt économique et écologique (GIEE) de la future Loi d’avenir agricole.

Les Cuma (coopératives d’utilisation du matériel agricole) sont « un complément central » des futurs GIEE (groupements d’intérêt économique et écologique), a déclaré Bertrand Hervieu, vice-président du CGAAER (Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux) au congrès de la FNCuma, à Arras le 30 mai. Les contours de ces groupements qui seront définis dans Loi d’avenir agricole se précisent : les groupes d’agriculteurs volontaires devront porter un projet commun avec une dimension expérimentale et interagiront avec des partenaires agricoles et/ou extérieurs (collectivité territoriale, Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural, Groupement d’agriculteurs biologiques…). Les pouvoirs publics ne souhaitent pas « normaliser » ces groupes qui ne seront pas des structures figées. « Les GIEE devront être en mouvement », appuie Bertrand Hervieu. Si les frontières et la définition restent floues, c’est donc en partie voulu pour offrir plus de flexibilité à ces futurs groupements.

Au cœur des territoires

Autre point fondamental : l’ancrage territorial. Les agriculteurs devront être attachés à un territoire commun. En l’état, la définition des GIEE se rapproche sensiblement du modèle de coopération agricole soutenu par la FNCuma, qui est pour sa part défini de cette façon : « mutualisation par des agriculteurs d’un même territoire de tout ou partie de leurs activités de production (au travers du matériel, du travail, du foncier, des intrants, des bâtiment, etc.) ». Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, présent à Arras le 29 mai, a réaffirmé sa volonté de remettre du collectif dans le développement agricole du pays. « Et si nos Cuma devenaient les interlocuteurs privilégiés sur de nouvelles thématiques telles que l’agroécologie ? », s’interroge Stéphane Gérard, président de la FNCuma. François Léger, enseignant chercheur à AgroParisTech/Inra, analyse : « C’est au niveau de ces groupes locaux que peut s’organiser le développement de manière concrète ». Il ne s’agit pas simplement de mettre en commun des machines. Il peut s’agir de mise en commun d’assolement ou d’atelier de transformation, par exemple. La FNCuma a cité des cas de projets déjà existants. « Cinq agriculteurs en Cuma ont décidé de se convertir à l’agriculture biologique. Cela se traduit par un changement de pratiques, fruit d’une réflexion commune entre les agriculteurs. Dans cinq ou six ans, la reconversion sera totale », rapporte Luc Vermeulin, secrétaire général adjoint de la FNCuma. Cette Cuma se situe dans une région où le bio est marginal. Concrètement, les agriculteurs ont dû tout « repenser » : il ne s’agit pas que de penser désherbage mécanique au lieu de désherbage chimique. « La commercialisation et les recherches de débouchés sont tout aussi importantes », ajoute-t-il. Une priorité que François Thabuis, président des Jeunes agriculteurs, met aussi sous la bannière de son syndicat. « La commercialisation, c’est un véritable défi. Ne voir que les filières longues ou les filières courtes, c’est trop simpliste ».

Financement européen

Si le projet de réinjecter du collectif dans le développement agricole du pays est une volonté forte du ministère de Stéphane Le Foll, les financements sont encore et toujours les derniers obstacles à franchir. Pour ce projet, l’ancrage territorial est de facto une source potentielle de financements. « La dynamique des GIEE renforce considérablement l’échelon régional des projets de développement», ajoute Bertrand Hervieu. D’autant qu’elle s’inscrit aussi dans la politique de décentralisation: les Régions seront les autorités de gestion du second pilier de la Pac (Politique agricole commune). La question du financement reste à éclaircir, mais le Feader (fonds européen agricole pour le développement rural) est largement évoqué par les pouvoirs publics. Autre point de la politique européenne : la stratégie européenne d’innovation qui, selon les termes de Bertrand Hervieu, « entre en résonance avec les GIEE ».

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