Stabilité : tel est le mot qui pourrait résumer les intentions de vote des agriculteurs aux élections pour les chambres d’agriculture. C’est en tout cas ce qui apparaît dans les résultats d’un sondage exclusif Agra Presse-Ouest France. La FNSEA et les Jeunes agriculteurs recueilleraient 55 % des suffrages, la Confédération paysanne 26 %, la Coordination rurale 15 % et le Modef 4 %. S’ils étaient confirmés en janvier prochain, ces chiffres ne seraient pas très éloignés de ceux des élections de 2001. La FNSEA progresserait d’un point et garderait la majorité absolue, la Coordination rurale gagnerait de deux points, la Confédération serait stable et le Modef s’effriterait légèrement. Rien n’est joué pour autant : la campagne électorale est à peine commencée.
La FNSEA et les Jeunes agriculteurs garderont-ils la majorité absolue des suffrages lors des prochaines élections aux chambres d’agriculture ? Telle est la principale question posée, tant par les acteurs que par les observateurs de cette élection qui se tient tous les six ans. Réponse, selon le sondage Agra Presse-Ouest France réalisé par l’Ifop : non seulement le syndicalisme FNSEA-JA garderait la majorité, mais encore regagnerait-il une partie du terrain perdu en 2001. La percée de la Coordination rurale, tant redoutée par les uns ou espérée par les autres, n’aurait pas lieu. Le syndicat dirigé par François Lucas progresserait légèrement mais sans atteindre le score qu’il espère et ceci en dépit d’un nombre bien plus grand qu’en 2001 des listes présentées. La Confédération paysanne n’atteindrait pas non plus son score espéré de 30 % puisqu’elle culminerait à 26 %.
Qu’est-ce qui explique le bon score de la FNSEA ? D’abord une conjoncture plutôt favorable, sauf pour la production de volailles et, depuis quelques années, pour la production laitière. Ce n’est sans doute pas par hasard si la Coordination rurale réussit ses meilleurs scores électoraux dans la production de volailles et la Confédération paysanne est la plus performante chez les laitiers. Mais le phénomène du vote de mécontentement à l’égard du syndicat majoritaire pourrait être limiité.
La campagne démarre à peine
En deuxième lieu, la mise en place de la réforme de la Pac, avec les DPU, ne s’est pas trop mal déroulée, alors qu’un des chevaux de bataille de la Coordination était d’en souligner l’échec éventuel et d’en rendre le syndicat majoritaire responsable. L’argument n’a donc pas opéré. Autre argument des syndicats minoritaires, la remise en cause des espoirs nés des filières industrielles de biocarburants. Or, la question des nouveaux débouchés est un thème sensible pour le monde agricole. Il est placé en deuxième position derrière la problématique des prix payés à la production et devant la question des aides Pac.
Enfin, la campagne pour les élections est actuellement à peine lancée. Seules les organisations qui ont un réseau permanent de militants sur le terrain ont la possibilité de faire une campagne véritable. C’est d’abord le cas du syndicalisme majoritaire. Pour la Coordination rurale, par exemple, toutes les listes ne sont pas encore présentées. Le résultat final pourrait cependant évoluer en fonction de la présentation des listes et du vrai démarrage de la campagne électoral.
Pour l’instant, il faut être prudent dans les prévisions : il ne s’agit que d’intentions de vote, susceptibles d’évoluer d’ici le scrutin lui-même (il aura lieu par correspondance avec le 31 janvier comme date limite). Mais les exploitants agricoles paraissent déjà assez déterminés. 62 % des personnes interrogées sont tout à fait ou plutôt certaines d’aller voter. Une proportion d’autant plus forte que l’âge est élevé : seuls 40 % des moins de 40 ans étaient certains, fin novembre, d’aller voter, tandis que 80 % des plus de 50 ans étaient sûrs de le faire.
Au-delà des résultats bruts recueillis par l’Ifop, leur analyse par âge, type d’exploitation ou de production ou encore de proximité politique donne une bonne description des affinités politiques et syndicales du monde agricole. Dix constatations peuvent être faites :
1. Les femmes plus « majoritaires » que les hommes
61 % des femmes s’apprêtent à voter FNSEA-JA contre 53 % pour les hommes. C’est donc chez les premières que le syndicalisme majoritaire trouve ses plus ardentes militantes, mais c’est également vrai de la Coordination rurale. Celle-ci réalise chez les femmes (22 %) une meilleure performance que son score moyen (15 %). La Confédération paysanne, qui vise un score moyen de 30 %, l’atteint chez les hommes mais elle est très loin d’y parvenir chez les femmes (16 %).
2. Les contestataires se recrutent chez les 40 à 54 ans
Les âges moyens, entre 40 et 54 ans, comptent le plus grand nombre de partisans des syndicats minoritaires : 36 % d’entre eux privilégient la Confédération paysanne, 17 % des 50-54 ans optent pour la Coordination rurale. À l’inverse, la FNSEA et les JA réalisent leurs meilleures performances chez les moins de 40 ans (59 %) et les plus de 55 ans (61 %).
3. La Coordination rurale recrute plutôt dans les grandes exploitations
Avec un score moyen de 15 %, la Coordination rurale réalise son score maximum chez les exploitants de plus de 200 hectares (29 %). C’est au contraire chez les moins de 20 hectares que la Confédération paysanne obtient ses meilleurs résultats (30 %). Quant à la FNSEA-JA, son score est assez bien réparti en selon la taille des exploitations, depuis les moins de 20 hectares (55 %) jusqu’au plus de 200 ha (65 %).
4. Égalité FNSEA-Confédération chez les laitiers
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Les performances des syndicats selon les types de production sont très variables. Ainsi la Confédération réaliserait un score important chez les producteurs de lait (44 %), supérieur d’un point à celui de la FNSEA (43 %). En revanche, elle tombe à 14 % chez les producteurs de viande alors que la FNSEA-JA y atteint 65 %. Le syndicalisme majoritaire l’est, sans appel, dans les cultures de céréales (69 %) et même dans la viticulture (74 %). Quant à la Coordination, elle réalise sa meilleure performance dans les productions hors sol (porcs, volailles). Il faut noter aussi que le Modef réalise son meilleur score chez les céréaliers (12 %).
5. Plus de « déçus des minoritaires » que de la FNSEA
Un des éléments qui peuvent expliquer le maintien voire le renforcement du vote FNSEA-JA réside dans les changements par rapport au scrutin de 2001. Il existe en effet plus de « déçus des minoritaires » que de la FNSEA : 18 % de ceux qui ont voté Coordination rurale en 2001 semblent décidés à voter FNSEA-JA en 2007 ; 11 % de ceux qui avaient opté pour la Confédération affirment voter « majoritaire » en 2007. Les transferts dans l’autre sens sont beaucoup plus faibles (4 % des électeurs de la FNSEA-JA en 2001 s’apprêtent à voter Coordination ou Confédération).
6. L’axe gauche-droite clairement identifié
Les affinités politiques sont sans surprise : la FNSEA-JA réalise ses meilleurs scores au sein de la droite (70 %) mais elle n’est pas inexistante, loin de là, chez les sympathisants socialistes (26 %). Symétriquement, la Confédération est majoritaire chez les sympathisants PS et Verts et elle est presque inexistante chez les sympathisants de droite. Quant à la Coordination rurale, elle réalise un score de 10 points supérieurs chez les adeptes des partis de droite (18 %) que chez ceux de gauche (8 %). Elle semble atteindre un résultat maximum chez les sympathisants du MPF de Philippe de Villiers.
7. La FNSEA dans le Nord et les Midi Pyrénées, la Confédération dans le Sud-Ouest et la Coordination en Île de France
Si tout le Nord de la France semble plutôt acquis à la FNSEA et aux JA (77 % dans le Nord, Picardie, Haute Normandie ; 69 % en Alsace, Lorraine, Champagne), les meilleurs scores de la Confédération se situent en Aquitaine et Poitou-Charentes (37 %) et ceux de la Coordination en Île de France et Centre (47 %). La FNSEA et les JA réalisent un score également important en Midi Pyrénées (73 %) tandis que les deux syndicats majoritaires semblent, étonnamment, minoritaires en Basse Normandie, Bretagne et Pays de Loire, (48 %) là où le Modef atteindrait 10 %.
8. Les biocarburants, deuxième priorité
La grande priorité affichée par les sondés porte sur la défense des prix payés à la production. Elle est placée en tête pour 39 % des personnes interrogées. Plus étonnant, la deuxième priorité affichée concerne les biocarburants, pour 18 % des sondés, devant la distribution des aides de la Pac (15 %). À noter que 17 % des votants pour la Coordination en 2001 placent les biocarburants en tête de leurs préoccupations. Un taux qui atteint 26 % pour les sympathisants de la FNSEA.
9. Tous favorables à un rôle accru donné aux régions
À la question : souhaitez-vous que votre région prenne plus d’importance dans la définition et l’application de la politique agricole ? pas moins de 89 % des sondés répondent oui. Une quasi-unanimité qui se retrouve quelles que soient les tailles d’exploitation, les types de culture et les régions. Cependant, les scores du oui à cette question sont les moins élevés au sein des sympathisants socialistes (63 %) et... en région Aquitaine-Poitou Charente (73 %).
10. La droite parlementaire ultra-majoritaire
Le monde agricole est à 67 % sympathisant de droite contre 20,9 % d’affinités pour la gauche. Mais il s’agit pour l’essentiel d’une droite libérale et parlementaire, le Front National ne recueillant que 4,9 % de sympathies et le MPF de Philippe de Viliers n’en rassemblant que 2,4 %. À noter que près de 9 % des agriculteurs se disent proches des verts.