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Intempéries La grêle fait sentir ses effets sur une bande allant du Sud-Ouest au Nord-Est

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Les dégâts dus aux orages de grêle qui ont ravagé des vignobles, des serres, des vergers et des cultures le 8 juin au soir, s'étendent sur une bande allant du Sud-Ouest au Nord-Est, indique-t-on de sources officielles et professionnelles. L'évaluation des dégâts est en cours.

LA grêle qui s'est abattue en France le 8 juin a haché des vignobles de Gironde, des serres et des vergers franciliens, des grandes cultures en Picardie et en région Nord-Pas-de-Calais. Plus d'un millier d'hectares de vigne, 1 500 à 1 700 hectares selon une moyenne des informations recueillies auprès des professionnels, a été touché par un orage de grêle survenu dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 juin dans le vignoble de Bordeaux, au nord-est de la pointe du Médoc. Les communes concernées sont celles de Blaignan, Lesparre, Prignac, Ordonnac et Saint-Yzans. « Blaignan est l'épicentre de l'orage », a commenté le 10 juin la Fédération des grands vins de Bordeaux, avec quelque 680 hectares frappés. Les vignes les plus touchées auraient été ravagées à 80%, d'après la fédération.

La grêle a sévi au moment de la floraison des vignes

La vigne étant en fleurs, la vendange dépendra du degré de destruction des fleurs. Les grêlons, de 1,5 à 2 centimètres de diamètre, ont touché essentiellement des exploitations de crus de bordeaux non classés, qui majoritairement n'étaient pas assurées contre les intempéries. « Nous incitons les vignerons à s'assurer contre les aléas. L'an dernier, déjà 5 000 hectares de vignes ont été touchés dans le Bordelais », a précisé la fédération.

Le bassin de production viticole du cognac a été atteint lui aussi. L'orage de grêle est parti de l'estuaire de la Gironde pour remonter vers Courbillac, Cognac et Rouillac. L'orage, « accompagné de vent, a fait plus de dégâts que l'an dernier dans la région », a indiqué pour sa part l'union générale des viticulteurs de Cognac le 10 juin.

Dans l'Indre, un orage localisé s'est abattu sur les communes de Sauzelles, Pouligny St Pierre, Lureuil, Douadic, avec parfois des dégâts de boue dus aux fortes précipitations. Les dégâts sont principalement constatés sur cultures de printemps (maïs et tournesol) et sur cultures hiver (blé, orge, colza). Quelque 500 hectares sont touchés.

Ile-de-France : le potentiel maraîcher et arboricole touché

En région Ile-de-France, la grêle a frappé deux fois : le nord des Yvelines jusqu'à la Plaine de Versailles ainsi que le Val d'Oise le dimanche 8 au soir, puis le nord et le sud de l'Essonne le 9 au soir.

En maraîchage, la zone concernée par les dégâts est malheureusement celle où sont concentrées le plus de productions spécialisées (maraîchers et arboriculteurs), ont indiqué conjointement la FRSEA, la chambre d'agriculture interdépartementale et les JA de la région. « Plusieurs maraîchers ont perdu 100 % de leur récolte et les exploitations les plus importantes ont jusqu'à 500 000 euros de dégâts ».

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En arboriculture, le secteur le plus touché est la Plaine de France avec « entre 50 % et 100 % de destruction » dans les vergers. Et « entre 0 et 40 % pour le reste du département », selon les trois organisations professionnelles régionales. Dans les Yvelines, l'ouest de la Plaine de Versailles compte entre 50 et 80% de dégâts, et 30 à 40 % pour le nord du département.

En Seine et Marne, productions maraîchères, cultures de betteraves et de pommes de terre (et céréales dans une moindre mesure) ont été sinistrées sur un millier d'hectares. On déplore de gros dégâts sur les serres verres et tunnels (200 bâtiments touchés), selon la FNSEA.

Alors que les évaluations sont en cours, Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA chargé des risques agricoles, a appelé le 10 juin les agriculteurs à se rapprocher de leurs réseaux de FDSEA pour « enclencher le dispositif assurantiel ».

Stéphane Le Foll annonce mobiliser les services de l'État

Dans un communiqué du 11 juin, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll « demande aux services de l'État de tout mettre en place » pour que les exploitants sinistrés par la grêle puissent solliciter des prises en charge de taxes et de cotisations sociales. Selon ce communiqué, les agriculteurs doivent pouvoir solliciter un dégrèvement de la taxe sur le foncier non bâti pour les parcelles touchées par la grêle, solliciter aussi auprès des caisses MSA une prise en charge de cotisations sociales. Le ministre évoque également des autorisations d'achat de vendanges en ce qui concerne le cas particulier des viticulteurs. Cependant, il rappelle que « les pertes de récolte résultant de la grêle sont assurables et, de ce fait, ne relèvent pas du régime des calamités agricoles ».

Zoom : 80 hectares de cultures sinistrés chez un maraîcher francilien

FRANCIS Tremblay, exploitant en Ile de France à Epiais-Rhus a vu 80 hectares de son exploitation dévastés par la grêle sur les 250 hectares qu'il cultive principalement en maraîchage (il fait aussi des céréales et des betteraves). Les épinards, les blettes, les céleris branches et les oignons blancs frais sont les principales cultures touchées. « Les feuilles ont été cassées, pulvérisées. Quand une plante est blessée, c'est la porte ouverte à toutes les maladies «, commente-t-il. Il estime sa perte entre 300 000 et 500 000 euros selon « comment les cultures repousseront dans les jours à venir ». Seuls les céréales et les oignons blancs étaient assurés. « Ça me faisait mal au coeur de voir tout mes épinards couchés dans la boue dimanche matin », continue Francis Tremblay qui s'inquiète aussi pour l'emploi de ses 48 saisonniers qui travaillent actuellement sur l'exploitation.