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Reportage en Ukraine (2) La guerre du foncier n’est pas terminée

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Le démantèlement des kolkhozes a radicalement changé la physionomie de l’agriculture ukrainienne. Notamment parce qu’elle a conduit des millions de paysans à devenir propriétaires de quelques hectares, qu’ils ne pouvaient ni vendre ni exploiter, faute de moyens, et qu’ils ont choisi de louer. Avoir une prise sur le foncier apparaît aujourd’hui comme un atout de taille pour les entreprises agricoles, qui peuvent ainsi se garantir une production… en quantité et en qualité.

Non, les tchernoziums ukrainiens ne sont pas à vendre. La question est souvent posée. Par les investisseurs étrangers qui souhaiteraient limiter leur prise de risque, par le FMI, qui y verrait un moyen de stabiliser l’économie nationale, mais aussi par le parlement ukrainien, désireux de clarifier la législation actuelle. Au moment de la redistribution des terres utilisées par les kolkhozes, chacun des anciens membres s’est vu attribuer un certain nombre de parts foncières de 1 à 3 ha. Ces parts confèrent à leur détenteur un droit immatériel sur les terres, qui leur donne la possibilité de louer leurs parcelles mais pas de les vendre. « Le passage à la propriété foncière n’est pas encore techniquement achevé », a précisé Yuri Melnik, ministre ukrainien de la Politique agraire, lors d’une réunion avec des journalistes agricoles français à Kiev, le 12 mai. Mais « je suis profondément convaincu que les capitaux étrangers ont tout intérêt à venir travailler en Ukraine dans le cadre législatif actuel, via la location de terres détenues en propriété privée », a affirmé le ministre.

Une multitude de contrats de location
Il n’en reste pas moins que le système est complexe : 24 millions d’hectares sont aujourd’hui détenus par 6 millions de propriétaires, qui n’ont souvent pas les moyens de les exploiter. Ceux qui cherchent à louer sont nombreux. Ils poursuivent des objectifs différents : créer, agrandir une ferme ou encore s’assurer un accès à la production pour les entreprises de l’aval. « Pour produire nos semences, nous louons des terres, explique ainsi Paul Gautier, directeur de la production agricole de l’usine Cherlis, reprise en 2007 à un groupe ukrainien par Euralis semences. Nous travaillons actuellement sur 2 000 hectares ». Ce qui représente une multitude de contrats de location à gérer, chaque propriétaire définissant la durée du bail, parfois un an renouvelable seulement, et le mode de rémunération qu’il souhaite. Mais le groupe s’assure ainsi un contrôle sur les quantités et sur la qualité technique de la production. « Nous faisons tout, du début des semis au process en usine car nous n’avons pas un réseau suffisamment technique », décrit Paul Gautier, à la recherche d’agriculteurs multiplicateurs.
Louer les terres pour s’assurer des volumes
Euralis semences Ukraine souhaite multiplier par deux sa production d’ici 2010 et passer à 600 000 doses de semences de maïs produites contre 300 000 en 2008. « Il faut que nous augmentions notre outil de production, qui est déjà saturé, et cela, d’autant plus que dans le même temps, il y a saturation à l’Ouest », expose Vincent Rocheteau, directeur général d’Euralis semences Ukraine. Ce qui passe impérativement par une extension des surfaces de production. Le groupe est donc à la recherche de 1 000 hectares supplémentaires en location…
Dans certains cas, louer les terres est aussi un moyen de s’assurer la livraison de la récolte. Implantées dans le pays depuis 2002, les malteries Soufflet ont choisi d’investir dans l’outil industriel mais pas directement dans la production de l’orge de brasserie. « Le problème, c’est la relation de contractualisation », estime Dominique Dupont, directeur CEI de la société, signalant que sa société commence « avoir un portefeuille de vendeurs sérieux ». Car un contrat d’achat ne suffit pas toujours à retenir l’intérêt du producteur.
Des prix en baisse avec la crise
La crise financière devrait en tout cas redonner de l’espoir à ceux qui cherchent des terres en Ukraine : « Aujourd’hui, il n’y a plus de concurrence quant à l’obtention de surfaces supplémentaires, juge Viktor Ivantchouk, p.-d.g. d’Astarta, premier groupe sucrier ukrainien (voir encadré). La situation financière ne permet pas à la majorité des entreprises ukrainiennes d’augmenter leurs actifs ». Astarta va justement profiter de cette situation pour prendre en bail des surfaces supplémentaires. Car les prix de location ont considérablement baissé.

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