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Étude La hausse des prix du lait ne profite pas aux éleveurs

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Selon une étude de la Rabobank, la hausse des cours du lait n’aurait profité ni aux producteurs ni aux industriels. Les premiers verraient leur profits effacés par une hausse des coûts de production et du foncier, tandis que les seconds supporteraient la hausse des prix de la matière première, sans la répercuter suffisamment dans leur commercialisation. Seule la restauration rapide tirerait profit de cette hausse.

«Le prix du lait a quasiment doublé en 5 ans, mais où va l’argent ? », s’interroge une étude de Rabobank publiée le 2 février. Ce rapport intitulé Show me the money met en évidence le déséquilibre qu’il peut y avoir dans le partage des profits au sein de la filière. Selon la Rabobank, les producteurs ont vu leur chiffre d’affaires légèrement augmenter depuis 2006, mais la volatilité des prix étant de plus en plus importante l’insécurité des revenus a également pris plus d’ampleur. Les cours du lait sont en effet soumis aux fluctuations macroéconomiques mais aussi aux crises alimentaires, comme la crise de la mélamine en Chine en 2008/2009, ou climatiques, comme les inondations au Pakistan en 2010. Plus grave, le rapport explique que ces marges sont largement entamées par la hausse du prix des intrants et l’explosion des cours du pétrole. Quant aux rares zones de production où les éleveurs ont tout de même réalisé plus de profits, le foncier s’est indexé sur cette hausse, minimisant ainsi une nouvelle fois la progression des revenus. La Rabobank est néanmoins optimiste à moyen terme, estimant qu’en 2015, le prix mondial de la poudre de lait serait compris entre 3.300 et 3.800$/t. « Suffisant pour couvrir les coûts de production et donc pousser les éleveurs à investir », estime le rapport. L’industrie aurait pour sa part augmenté ses marges, mais dans des proportions encore une fois très modestes. Les entreprises chinoises ont d’ailleurs vu leur revenu s’effondrer depuis la crise de la mélamine en 2008.

La restauration rapide s’accapare les gains de la filière

C’est en réalité la restauration rapide qui a tiré profit de l’explosion de la demande à l’origine de la hausse des prix du lait, juge la Rabobank. Contrairement à l’industrie de transformation, les cours des matières premières ne représentent qu’une faible part des coûts de la restauration et n’ont donc pas plombé les revenus de ce secteur. Les enseignes de la restauration rapide étant souvent des multinationales, elles ont en outre des possibilités d’investissement qui dépassent celles des autres acteurs de la filière. Elles se sont ainsi mieux adaptées aux modifications du marché et ont d’ailleurs largement investi dans les marchés de l’Asie du Sud-est, région du monde dans laquelle Rabobank estime le taux de croissance annuel cumulé de la consommation jusqu’en 2015 de 3 à 5%, soit 82% de la croissance mondiale. La Chine et l’Inde en représentent 40% à elles seules, précise le rapport. Cependant, dans la plupart de ces régions, le climat inapproprié, la dépendance à l’importation, la vétusté des structures agricoles, rendent difficile l’autosuffisance en lait. Les exports néozélandais, argentin et australien ne devraient pas couvrir la hausse de la consommation non plus. Autant d’éléments qui pourraient permettre aux producteurs, coopératives et industries de trouver de nouveaux débouchés, ces pays étant de grands consommateurs de poudre de lait, de lait concentré, de yaourts et de laits infantiles.

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