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Lait La mise en place de la contractualisation divise les éleveurs

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Difficile pour un éleveur laitier de s’y retrouver au milieu des différents types d’organisation de producteurs qui lui sont proposés sur le terrain. L’ambition de ces regroupements est de peser face à des industriels qui dès le 1er avril ont dicté leurs conditions dans des propositions contractuelles jugées « inacceptables » par les syndicats. Entre la vision verticale et pyramidale défendue par le syndicalisme majoritaire et celle transversale des syndicats minoritaires dont l’Apli, la « dynamique », constatée par le ministre, est confuse. La mise en place de la contractualisation dans la filière laitière sera, sans conteste, l’un des sujets forts des élections aux chambres d’agriculture. Chacun accusant l’autre de diviser les éleveurs.

Si le 25e Space s’est déroulé sans manifestation d’envergure et sans casse, il a été néanmoins été le révélateur de l’opposition syndicale entourant la mise en place de la contractualisation. L’enjeu de l’organisation des producteurs de lait divise le syndicalisme agricole. Si tout le monde s’accorde sur la nécessité de faire le poids face aux transformateurs, reste à définir comment regrouper l’amont agricole alors que le décret OP (organisation de producteurs) ne sortira pas avant le vote du « paquet lait » à Bruxelles, c’est-à-dire à la fin de l’année. Le ministre l’a confirmé le 13 septembre au Space. Benoît Champalaune, président des Jeunes Agriculteurs d’Ille-et-Vilaine (35) est l’un des membres fondateurs de l’Association des producteurs de lait bretons livrant à Lactalis (APLBL). Cette association, qui regroupe pour l’instant 1 000 adhérents, se veut « asyndicale ». En clair, à la fin de l’année, il y aura un vote pour élire les responsables de l’association. « La légitimité, explique-t-il, on ne l’aura que si on passe par les urnes », a-t-il expliqué lors d’un voyage de presse organisé par l’AFJA, le 12 septembre. D’ailleurs, si « on y va avec les drapeaux (des syndicats : NDLR), cette démarche est vouée à l’échec d’office », ajoute-t-il. La crise laitière de 2009 a laissé des traces dans les campagnes. Surtout dans cette grande région laitière. « 1 000 adhérents, ce n’est pas assez pour peser. Il faudrait atteindre les 2 000 pour être plus fort au regard des 4 000 producteurs de lait livrant à Lactalis », calcule-t-il.

« Tous démunis face au contrat »
« On est tous assez démunis face à cette logique de contrat. Nous avons fait des études agricoles », avoue Benoit Champalaune. L’aspect juridique de la contractualisation est une difficulté supplémentaire. Pourtant, il a fallu entrer en négociation avec Lactalis. Et c’est là que les choses se compliquent. Ce n’est pas l’APLBL qui négocie en direct mais les 8 responsables des groupements de producteurs estampillés Lactalis et un membre de l’association de Benoît Champalaune. Ces groupements forment une entité dénommée OP de bassin par le syndicaliste. Les groupements Lactalis qui « reçoivent des fonds financiers émanant de l’entreprise », précise Benoît Champalaune existent depuis longtemps. Pourtant ces OP non commerciales n’ont pas été consultées par Lactalis lors de la rédaction du contrat proposé par le groupe, explique le président des JA d’Ille-et-Vilaine. Cinq rencontres ont déjà eu lieu avec Lactalis. Le groupe laitier maintient le 30 septembre comme date butoir pour la signature des contrats. En face, les producteurs veulent aboutir à une signature tripartite des contrats laitiers. A savoir, le producteur, l’entreprise et l’OP. Le bras de fer est engagé. Autant dire que le temps presse pour les producteurs afin de parvenir à une évolution positive de la proposition contractuelle de leur entreprise. Si elle accepte une signature entre les trois parties, une question juridique se pose. Ce modèle d’organisation est pyramidale avec comme socle, l’APLBL puis les OP de bassin, à savoir les groupement de producteurs Lactalis puis une OP dite « nationale ». Dans ces conditions, quelle structure regroupant les producteurs de lait sera agréée comme le permettra le décret OP ? La réponse est encore floue, admet Benoit Champalone.

Laiterie privée ou coopérative : même combat
Face à cette logique d’organisation verticale par laiterie, les producteurs de lait de l’OPL, de l’Apli et de la Confédération paysanne ont présenté au Space, le 13 septembre l’organisation de producteur France Milk Board (FMB) et son contrat (Cf. encadré). FMB est une association de loi 1901 comme l’APLBL, qui a « vocation à devenir, le jour où les textes le permettront, une organisation de producteurs non commerciale ». Elle est aussi « asyndicale » et revêt « un caractère ouvert et pluraliste dans la composition de son bureau ». Ce qui l’oppose aux initiatives menées par le syndicalisme majoritaire, est sa « transversalité ». Son objectif est d’être l’interlocuteur des laiteries, « qu’elles soient privées ou coopératives ». Constatant « une déviance du système de gouvernance des coopératives, celles-ci agissant plus dans l’intérêt de la structure elle-même que des producteurs, il faut une OP indépendante des acheteurs », argumente l’OPL. Le syndicalisme majoritaire, même s’il peut se montrer critique à l’encontre des coopératives dans la mise à jour de leur règlement intérieur pour la contractualisation laitière, ne plaide pas pour la constitution d’OP indépendantes face aux transformateurs coopératifs.
France Milk Board aura comme mandat de négocier pour les producteurs et de s’occuper de la facturation. Au Space, Gérard Durand, de la Confédération paysanne, et Daniel Condat de l’OPL ont appelé la FNSEA à rejoindre leur mouvement, « au lieu d’atomiser les producteurs » dans de « trop nombreuses » organisations verticales par entreprises. Xavier Beulin, le président de la FNSEA, a répondu qu’il « n’était pas sur une bataille de position syndicale ». « Il y a un an, ces organisations ne voulaient pas de contrat », a-t-il rappelé.

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