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Opinion La mission était difficile

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La tâche d’Hervé Gaymard n’aura pas été facile. Nommé en mai 2002 à la suite de la victoire de l’UMP aux élections législatives, ce jeune ministre de 41 ans avait suscité de grands espoirs de la part du monde agricole. D’autant qu’il succédait à un ministre de gauche, Jean Glavany, une personnalité forte dont la politique sans concession avait souvent été contestée.

Poulain de Jacques Chirac, Hervé Gaymard semblait également pouvoir bénéficier de l’appui d’un président qui s’est toujours voulu le champion du monde paysan. Il a dû rapidement trouver la tâche plus harassante et compliquée que prévu.

D’une part, les problèmes européens se sont vite imposés. Jusqu’à la réforme de juin 2003, Hervé Gaymard aura dû batailler contre une réforme de la Pac non voulue par la France, ni dans son principe ni dans son détail. Résistant jusqu’au bout, il devait céder in extremis, répondant aux consignes de Jacques Chirac, pour éviter l’isolement total de la France. Un scénario similaire allait se représenter lors de la réforme de l’OMC.

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De fait, même si le ministre de l’agriculture pouvait se targuer d’un accord financier franco-allemand prévoyant le maintient du budget européen consacré à l’agriculture, la pilule était dure à avaler, tant pour lui que, surtout, pour les agriculteurs.

Autre pilule à avaler, celle de la contrainte budgétaire, le ministre de l’Agriculture s’efforçant d’être un bon élève sur ce plan, s’ingéniant à proposer des budgets sages, étoffés, en cas de besoin seulement, par des collectifs budgétaires en cours d’année. Il n’empêche, Hervé Gaymard – était-ce pour montrer l’exemple de la part d’un futur ministre des Finances ? – se montrait très chiche des deniers publics, et peut-être pas assez pugnace pour en obtenir, ce qui motivait pas mal de déceptions du monde agricole qui allait pourtant d’une crise sectorielle à l’autre.

La déception était d’autant plus forte qu’elle était motivée par la politique d’un ministre très chiraquien. Là aussi, Hervé Gaymard aura sans doute vécu difficilement une époque durant laquelle Jacques Chirac, le champion des agriculteurs, s’est assez vite aperçu que le vote des écologistes pesait dorénavant plus lourd que celui des paysans. Le discours présidentiel au Space du 11 septembre 2001, passé un peu inaperçu pour les raisons qu’on devine, donnait le ton de cette nouvelle partition. Mais c’était bel et bien à Hervé Gaymard de mettre cette partition en musique. Dans la foulée, non sans courage, il entreprenait quelques réformes complexes, comme celle du développement agricole qui ne lui a pas valu beaucoup de reconnaissances, mais aussi celle de la simplification administrative qui lui en a valu bien plus. Un travail durant lequel le ministre de l’agriculture se défendait de faire de la cogestion avec les syndicats majoritaires tout en faisant le minimum en matière de pluralisme syndical. Pragmatique avant tout, gestionnaire plutôt que visionnaire, Hervé Gaymard ne s’est pas adonné à brosser le portrait de sa conception de l’agriculture pour les générations futures. Il l’aurait peut-être fait à l’occasion de la loi d’orientation agricole qu’il a mise en chantier. Sa réticence à se livrer à un tel exercice l’a peut-être desservi. C’est dans les circonstances difficiles que, plus que jamais, le cap doit être donné. C’était entre autres choses, ce qu’attendaient les agriculteurs.