Un colloque d'Arvalis, organisé le 13 mai, a souligné la mobilisation de la filière blé tendre concernant le taux de protéines, alors que l'administration s'est montrée impatiente de voir les résultats des pratiques de fertilisation sur l'environnement. Deux enjeux compatibles, notamment grâce aux outils de pilotage de la nutrition azotée.
«TOUS les maillons de la filière blé sont très mobilisés » sur la teneur en protéines, a insisté Rémi Haquin, président du conseil spécialisé céréales de FranceAgriMer. Des exemples via plusieurs coopératives l'ont illustré lors du colloque d'Arvalis intitulé « Produire des protéines pour tous les débouchés ». Mais le temps presse, à la fois pour satisfaire les acheteurs, inquiets d'une baisse de qualité du blé français, et rassurer l'administration, face à un contentieux avec Bruxelles sur la directive nitrates. « Des résultats sont attendus rapidement sur l'évolution des pratiques (de fertilisation azotée) et leur impact vis-à-vis de l'eau et des fuites de nitrates », a déclaré la responsable du bureau des sols et de l'eau au ministère de l'Agriculture Valérie Maquère.
Grille de bonifications/réfactionsLes deux enjeux concernant l'augmentation de la teneur en protéine du blé tendre et la maîtrise des apports d'azote paraissent compatibles. Illustration chez Terre Atlantique. « Notre action a plus d'impact cette année », a noté Christian Cordonnier, DG de la coopérative. Or, la partie n'était pas gagnée d'avance : « La pression environnementale est supérieure en Poitou-Charentes », a-t-il glissé, allusion à Ségolène Royal provoquant les rires jaunes de la salle, avec « des agriculteurs moins prêts à gérer au mieux » la fertilisation azotée. Terre Alliance a renforcé le côté « stressant » de sa grille de bonifications/réfactions sur le taux de protéines du blé tendre, avec un repère à 11,5 %. Un message commun sur les bonnes pratiques de fertilisation a été conçu avec Arvalis et différents collecteurs de grains. Cela s'est traduit par une communication technique dans la presse, les réseaux d'information. La coopérative a mené une enquête sur les pratiques de fertilisation, avec à la clé des référentiels permettant de nouvelles préconisations. « On a remis en service les pinces N-Tester », a-t-il ajouté.
Relance des outils de pilotageUne même relance des outils de pilotage de l'azote a été menée chez Dijon Céréales. « L'intérêt des agriculteurs pour la fertilisation azotée a repris », s'est félicité le responsable du service agronomique Michaël Mimeau. La coopérative a diffusé, auprès de 1 600 adhérents, une plaquette commune avec Arvalis sur la problématique du rendement et de la protéine. Un taux de 12,5 % est fixé comme objectif pour le blé tendre. Pour inciter les agriculteurs, Dijon Céréales rémunère la qualité via des primes allant jusqu'à 8 euros le point de protéine. Un projet de recherche local est par ailleurs conduit avec la chambre d'agriculture, différents instituts, les organismes stockeurs.
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Cette mobilisation du secteur agricole sur l'amélioration de la teneur en protéines du blé tendre trouve un faible écho de la part de l'administration. « On ne comprend pas que l'accord interprofessionnel, signé le 3 décembre dernier, n'ait pas encore été étendu, s'est plaint Rémi Haquin. Il est urgent d'aller vite pour rassurer les acheteurs étrangers. » Seule l'extension par le ministère de l'Agriculture peut rendre l'accord Intercéréales obligatoire. Rami Haquin a précisé que les 11,5 % de protéines visés constituent un « taux repère ». « L'accord prévoit de fixer librement avec les acheteurs » la qualité voulue, a-t-il rappelé. Il ne s'agit pas d'aligner tout le monde sur 11,5 %. »
«La meilleure recommandation consiste à utiliser des outils de pilotage (logiciels, outils d'aide à la décision…) qui permettent d'ajuster vraiment l'apport en azote des plantes et de le fractionner en tenant compte du milieu (climat, type de sol,…), de l'année et de l'état de la culture sans avoir d'impact négatif sur l'environnement, défend Arvalis dans un communiqué de presse le 13 mai. Le raisonnement et le pilotage précis permettent d'optimiser la quantité d'engrais à apporter que la culture pourra valoriser en fabricant notamment de la protéine, sans risque pour l'environnement. » Les enquêtes d'Arvalis indiquent que 15 à 20 % des parcelles de blé tendre sont conduites de la sorte. Autre piste évoquée, la recherche. « Certains travaux explorent la possibilité d'obtenir un blé symbiotique, celui qui, comme les légumineuses, capterait l'azote de l'air pour assurer la synthèse de protéines dans le grain. »