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Agriculture et l’alimentation La mondialisation agricole vue par le Forum social mondial

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Dans le cadre du Forum social mondial, qui est cette année décentralisé pour la première fois, une conférence a traité le 21 janvier à Paris le thème « Quelle agriculture pour quelle alimentation ? ». A cette occasion, des ONG et la Confédération paysanne ont expliqué pourquoi, selon eux, la mondialisation de la production agricole n’était pas durable et ne résolvait pas le problème de l’accès à la nourriture.

La conférence a commencé par la projection du film We feed the world, d’Erwin Wagenhofer, qui a mis en image sa vision de l’agriculture : prix bas à la production qui pénaliserait l’agriculteur sans remédier à la famine, achats de protéines végétales par l’Europe à l’Amérique du Sud qui déforeste l’Amazonie pour planter du soja tout en laissant, souligne le film, un grand nombre de petits paysans locaux dans la misère. Le film insiste aussi sur le remplacement en Roumanie des semences paysannes par des hybrides plus coûteuses et moins goûteuses, selon le directeur local de Pioneer, entraînant les paysans vers la standardisation et ses conséquences…

Des représentants d’ONG (Amis de la Terre, Attac, Action Conso, CADTM, Crid, Greenpeace), aux côtés de la Confédération paysanne et de Via Campesina, ont ensuite expliqué à une salle comble, comment, selon eux, la mondialisation a déstabilisé les agricultures vivrières des pays du Sud, accroissant les problèmes alimentaires.

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« Dans les années 70, les banques des pays du Nord, qui avaient beaucoup de pétro-dollars, ont prêté à des taux très bas aux pays pauvres du Sud. Puis, en 1979, Paul Volker alors président de la Réserve fédérale américaine, a multiplié par trois les taux d’intérêt. Les dettes des emprunteurs ont augmenté en proportion, ce qui a provoqué la faillite du Mexique en 1982 », a expliqué une représentante d’Attac. « Le FMI a alors proposé des prêts à ces pays pour rembourser les banques (afin d’en éviter la faillite), avec un plan d’ajustement structurel qui interdisait notamment d’emprunter », a poursuivi la représentante d’Attac.

Un système qui n’est pas durable, selon les ONG

D’après les ONG, ces pays sont alors devenus des marchés de dégagement ponctuel pour les produits agricoles subventionnés des pays du Nord, à des prix souvent inférieurs à ceux des productions locales, « provoquant la faillite des paysans et la disparition de filières de production ». Les paysans ruinés ont quitté leur terre pour les bidonvilles des grandes villes, rejoignant le lot des mal-nourris. Même là où l’agriculture prospère (Brésil…), l’enrichissement profite surtout aux grosses entreprises au détriment des paysanneries locales, précisent les ONG. Conclusion : globalement, l’agriculture mondialisée crée plus de problèmes alimentaires que les agricultures traditionnelles et rend les pays pauvres plus dépendants sur le plan alimentaire, selon ces organisations. Elles ajoutent que ces agricultures intensives mondialisées ne sont pas favorables à l’environnement (appauvrissement des sols et de la ressource en eau, pollution par les pesticides, intensification des échanges et augmentant des émissions de CO2). En cela, elles ne sont pas durables.