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François Lucas (Coordination rurale) « La Pac doit être un ciment, elle est devenue un solvant »

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François Lucas, le vice-président de la Coordination rurale estime que « le G 20 n’a pas avancé d’un iota sur nos problématiques agricoles ». Pire, en annonçant un développement mondial de la production agricole, il cristallise des oppositions contre une agriculture dite productive, analyse le leader syndical. Quant au verdissement de la Pac, « cette politique n’a pas à être grise ou rouge ! », s’insurge-t-il. « La Pac doit être un ciment, elle est devenu un solvant », constate-t-il. Concernant la rigueur budgétaire à la française, le syndicaliste prédit une « note finale salée » pour les agriculteurs.

Est-ce que la déclaration d’intention du G20 agricole s’est concrétisée lors du G20 de Cannes ?
François Lucas : Le G 20 n’a pas avancé d’un iota sur nos problématiques agricoles. La seule avancée concrète est le dispositif AMIS. J’ai pris le temps de lire la première communication sur ce qui est censé donner des informations sur le niveau des productions dans le monde. Je n’y ai rien trouvé de plus que sur les sites de Madame Soleil ! Pire, avec les déclarations du G20, on continue de mobiliser les gens contre nous. Par exemple, on cristallise les réactions négatives en laissant entendre que la production agricole mondiale va augmenter alors qu’au final on ne fait rien pour. On n’est plus dans une logique d’économie productive. Sauf peut-être en Allemagne. Dans beaucoup de pays, l’agriculture ne représente plus un moteur économique. Si ce secteur était correctement géré, il pourrait même donner des gages aux agences de notations ! Même si ce n’est pas le but. Parmi les pépites dont dispose l’Union européenne, il y a l’agriculture. Il est urgent de maintenir et à fortifier ce secteur stratégique majeur qui détermine notre sécurité alimentaire.

La réforme de la Pac du commissaire Ciolos peut-elle révéler cette « pépite » que constitue l’agriculture ?
La Pac est dans un coma profond. Même si je sais que l’exercice qui consiste à plaire à 27 pays est impossible, cette réforme est pire que je ne le pensais. On a même l’impression que la Pac n’existe plus. Il y a un an, lors de la première communication du commissaire Ciolos, j’étais moins critique. La Pac doit être un ciment, elle est devenu un solvant. Depuis quelques années, on a l’impression que l’agriculture est un boulet qui coûte des milliards d’euros. La Pac est un coût pour la Commission européenne. Quant au verdissement de cette politique, il ne fait que renforcer les organisations écologistes contre nous. La Pac n’a pas à être grise ou rouge ! La réflexion sur la Pac doit se détacher de l’obsession budgétaire et retrouver du bon sens : un budget ne fait pas une politique, mais une politique bien pensée doit engendrer un budget adapté.

Au niveau français, un nouveau tour de vis budgétaire est annoncé. Quel risque pour les niches fiscales agricoles ?
La baisse d’un euro du coût horaire d’un salarié permanent agricole au niveau du Smic coûtera finalement 34 millions d’euro aux agriculteurs eux-mêmes. On va finir par les payer tout seul, ces « un euro » ! En effet, par suite d’un amendement approuvé par la ministre du Budget qui y voit le rétrécissement d’une niche fiscale sur le carburant professionnel, l’Assemblée nationale a voté la diminution, à hauteur de 1,54 euro, de la réduction de la taxe intérieure de consommation applicable au fioul domestique utilisé comme carburant à usage professionnel. C’est une insulte pour les gens. Plus ils travaillent, plus ils consomment de carburant et plus ils payent ! C’est tout de même une hérésie quand l’objectif poursuivi est de venir alléger les charges pesant sur l’emploi en agriculture… A cela s’ajoute le fait que, depuis le 1er novembre, les agriculteurs ont l’obligation d’utiliser, pour leurs véhicules de traction, un gazole dit non routier (GNR), ce qui renchérit le prix de  2 € par hectolitre. J’entends dire aussi que serait décidé le non renouvellement de l’exonération restante de 5 € par hectolitre pour 2011 et pour 2012. En clair, les agriculteurs seront mis à contribution dans le cadre de la loi de finances 2012. La note finale va être salée.

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