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La pénurie d’eau menace la sécurité alimentaire

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L’eau se fait rare dans certaines régions du monde, menaçant la sécurité alimentaire des populations. Lors d’un colloque organisé par l’Afdi et Agricord à Paris, le 17 novembre, les experts ont rappelé que le dérèglement climatique n’est pas seul responsable. Le manque de financement coupe aussi l’eau des robinets sur le continent africain et asiatique.

« En Afrique de l’Ouest, la rareté de l’eau est liée à un blocage financier », a déclaré Sébastien Treyer, directeur des programmes de l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales), lors d’un colloque organisé par l’Afdi (Agriculteurs français et développement agricole) et Agricord (réseau d’ONG) à Paris, le 17 novembre. Le spécialiste projetait une carte du monde localisant les pénuries physiques et économiques de l’eau. Le constat est clair : la pénurie économique de l’eau concerne aussi une grande partie de l’Afrique centrale et orientale. L’Asie du Sud-Est, le bassin du Gange et l’Amérique centrale sont également dans cette situation.

70% de l'ensemble des prélèvements d'eau douce dans le monde sont destinés à l'irrigation agricole (Afdi)

L’auteur de la carte, l’atelier de cartographique de Sciences Po, explique la pénurie économique de l’eau : « Le capital humain, institutionnel et financier réduit l’accès à l’eau, bien que l’eau dans la nature soit disponible localement pour satisfaire les besoins humains. » Ces besoins portent sur l’accès à l’eau potable, mais aussi sur l’irrigation. De fait, irriguer pour cultiver a un coût et ce n’est pas seulement lié à l’achat d’une pompe. Sébastien Treyer rappelle qu’il faut compter le matériel, mais aussi l’énergie suffisante pour pomper l’eau.

Un cédez-le-passage inquiétant pour l’agriculture

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Par ailleurs, le dérèglement climatique s’acharne aussi sur certaines régions du monde. La pénurie physique de l’eau touche ainsi l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, mais aussi le sud de l’Inde, l’Australie, le sud des États-Unis et le nord du Mexique. Dans ces régions, malgré les investissements, l’eau manque. L’Iddri commente : « Ces régions sont ou seront prochainement soumises à une situation de rareté physique, caractérisée par le fait que plus de 60 % des écoulements d’eau sont déjà mobilisés pour approvisionner l’agriculture, l’industrie et les usages domestiques. » Les experts poursuivent : « Il est courant d’estimer que les usages urbains, domestiques et industriels auront la priorité sur l’usage agricole qui paraît moins solvable ou moins rentable. » Autrement dit : le peu d’eau disponible sera prioritairement distribué à d’autres usages que ceux de l’agriculture.

L’adaptation, une issue de secours pour l’agriculture

Face à ces pénuries, le monde agricole bouge. En Algérie, les arboriculteurs ont accès à l’eau, mais cela coûte de plus en plus cher. « Nous sommes en train de travailler sur de l’énergie solaire (pour pomper l’eau, ndlr), renouvelable. Cela va permettre de limiter le coût énergétique », témoigne Hillel Bentifour, arboriculteur en Algérie. Les arboriculteurs peuvent ainsi espérer poursuivre leur travail. Hillel Bentifour explique qu’avant d’en arriver à la solution de l’énergie solaire, il est passé au goutte-à-goutte. Mais ses pommiers n’ont pas supporté la restriction d’eau. « Nous avons décidé de changer d’arbres. Nous cultivons maintenant des pêchers avec des variétés précoces. » Les besoins en eau ne couvrent pas toute l’année et sont moins lourds. Ainsi, l’adaptation de l’agriculture au manque d’eau s’est faite pas à pas pour Hillel Bentifour. Et cela semble fonctionner.