Les agriculteurs tchèques se sentent prêts à entrer dans l’Union européenne et ont fait beaucoup d’effort pour réformer leurs structures. Mais la bureaucratie bruxelloise leur fait peur et ils ressentent une certaine discrimination à ne pas pouvoir bénéficier des mêmes aides que le reste de l’Europe. En fait, les agriculteurs tchèques voudraient à la fois bénéficier des avantages de la Pac (aides, stabilité des prix et protection aux frontières) sans en supporter les contraintes, notamment les quotas de production ! Reportage.
« Bureaucratie ». La réputation de l’administration bruxelloise est déjà toute faite pour les agriculteurs tchèques, même s’ils n’entreront dans l’Union européenne qu’en mai 2004. « L’Union européenne n’est pas démocratique, mais très directive », lance Vaclav Hlavacek, président des chambres d’agriculture de ce pays à un groupe français de journalistes de l’AFJA (association française des journalistes agricoles, de l’alimentation, de l’environnement et de la ruralité) en voyage de presse en octobre. « La démocratie se traduit par un manque totale de liberté. J’ai déjà vécu cela deux fois dans ma vie ! » Même réaction de la part de Stanistlav Nemec, agriculteur privé à Nymburk, non loin de Prague, et président de l’association des exploitants privés : « quelquefois, les revendications de Bruxelles me rappellent celles des coopératives sous le bolchévisme ! », lance-t-il. Ainsi, la majorité des responsables professionnels agricoles tchèques rencontrés souhaitent que la Pac soit réformée plus en profondeur pour laisser davantage de place au libéralisme. En dix ans, le pays est passé d’une économie totalement encadrée au libéralisme sauvage et doit réintégrer un certain cadre, ce qui n’est pas si simple.
En cours de mise en conformité sur les nomes sanitaires
Il est vrai que les agriculteurs et les industries agroalimentaires tchèques ont déjà eu beaucoup à faire à l’administration bruxelloise afin de se mettre en conformité avec la règlementation européenne. « Après 1990, nous pensions entrer dans l’Union européenne plus rapidement que cela. A la veille d’y entrer, nous réalisons combien c’est difficile et combien il nous reste à faire » commente Miroslav Jirovsky, président du syndicat Union agricole qui représente surtout les grandes exploitations en République tchèque. Pour le ministre de l’Agriculture, la première étape de préparation est achevée. «Nous accélérons les procédures pour nous mettre à jour au niveau des systèmes de contrôle, ajoute-t-il. Et nous n’aurons pas honte en ce qui concerne les normes sanitaires». Il considère tout de même que sur les 2 555 entreprises d’agroalimentaire, 400 devront arrêter leur activité car elles ne seront pas aux normes pour les contrôles vétérinaires.
Déception sur le niveau des aides
En fait, les agriculteurs tchèques sont extrêmement déçus de n’avoir obtenu des aides qu’à hauteur de 25 % de celles que bénéficient les agriculteurs de l’Union européenne à 15, la première année. Le gouvernement avait annoncé qu’il complèterait les aides à hauteur de 55 % de l’équivalent dans l’UE actuelle. « Mais notre budget public ne peut pas suivre, regrette Jaroslav Palas, le ministre de l’Agriculture, nous serons plutôt à 47%».
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Autre déception : le potentiel de l’agriculture tchèque est supérieur à celui qui a été négocié lors des accords de Copenhague. Après la chute du communisme et la « r évolution de velours » en 1989, la république tchèque est entrée dans une phase de libéralisme excessif et de privatisation des grandes fermes coopératives et fermes d’Etat ainsi que des industries agroalimentaires. Cela a engendré un grand nombre de faillites, dont certaines étaient frauduleuses, y compris dans le secteur bancaire. Par manque d’argent, la production agricole tchèque s’est écroulée avec une perte de moitié du cheptel bovin, une baisse de 85 % de la production ovine ou encore une chute des deux tiers de la production sucrière. Mais, contrairement à d’autre pays de l’ancien bloc communiste, les grandes structures agricoles n’ont pas été démantelées car l’économie tchèque était davantage tournée vers l’industrie.
Protection aux frontières et stabilité des prix
Sans aucun doute, ces grandes structures d’exploitation sont un atout en terme de compétitivité. de même que le faible coût de la main d’œuvre. Le représentant du syndicat majoritaire Miroslav Jirovsky considère que la situation des agriculteurs tchèques va s’améliorer : « l’entrée dans l’Union européenne est une possiblité de s’en sortir. Notre mauvaise protection aux frontières sera remplacée par celle de l’UE, qui est 2,5 fois supérieure». Evzen Moc, président d’une SARL de 1900 ha, espère que l’entrée dans l’UE va éviter les grandes flluctuations que prix que subissent les agriculteurs actuellement. Le président des chambres d’agriculture est beaucoup plus pessimiste et regrette d'« être toujours obligé de quémander des aides parce que les consommateurs refusent de payer l’alimentaire au juste prix».