Abonné

Etats-Unis La politique agricole américaine davantage ouverte sur l’extérieur

- - 5 min

Si elle reste toujours destinée à assurer la sécurité alimentaire du pays, la politique agricole américaine est en train de changer. Que ce soit concernant l’aide alimentaire, les gaz à effet de serre ou le dossier américano-européen du boeuf aux hormones, l’administration Obama apparaît plus prête au dialogue et à la défense de l’intérêt commun que l’administration Bush.

Changement d’administration, changement de ton. En matière d’agriculture, les Etats-Unis semblent vouloir inaugurer avec l’ère Obama une nouvelle forme de dialogue avec le reste du monde. Dernier exemple en date avec la rencontre du G8 à L’Aquila en Italie. Après trois jours de discussions, les dirigeants des huit pays les plus riches de la planète se sont mis d’accord sur le déblocage d’une enveloppe de 20 milliards de dollars pour améliorer la sécurité alimentaire dans les pays en développement. « Nous ne voyons pas l’assistance comme une fin en soi, a souligné Barack Obama, en conférence de presse à l’issue de la rencontre le 10 juillet à L’Alquila, en parlant au nom de son pays. Nous croyons que l’aide a pour objectif de créer les conditions qui feront qu’elle deviendra inutile ». Autrement dit, il s’agit pour le président des Etats-Unis « d’aider les gens à devenir auto-suffisants, afin qu’ils puissent alimenter leurs familles et accroître leur niveau de vie ». Le pays ne veut plus se limiter à donner de l’argent et de la nourriture aux pays pauvres.

Fournir de l’assistance technique
« Il est temps que l’Amérique montre un nouveau visage au reste du monde », indiquait ainsi Tom Vilsack, secrétaire américain à l’Agriculture, le 7 avril, lors de la conférence internationale sur l’aide alimentaire organisée chaque année par l’USDA (département américain de l’agriculture) et l’USAID (Agence américaine pour le développement international). Ce qui signifie qu’« il est aussi question de fournir de l’assistance technique, de partager notre savoir et notre sagesse », ajoutait-il. Ce n’est pas un hasard si un projet de loi relatif à la sécurité alimentaire mondiale, le « Global food security act 2009 », est actuellement sur la table de travail du Congrès. Pour l’IATP (Institute for agricultural and trade policy), ardent défenseur d’une agriculture familiale et durable, ce projet de loi « comprend des éléments positifs », allant dans le sens du développement local. Il préconise notamment une hausse des ressources allouées à l’amélioration de la productivité et du développement rural dans les pays pauvres. Un poste « qui s’est réduit de 70 % depuis les années 80 », selon le sénateur Richard G Lugar, promoteur du texte. Pas d’illusion toutefois : le changement se fera à petites touches. Les Etats-Unis continueront très probablement à utiliser les programmes internationaux d’aide alimentaire comme débouché pour leurs excédents.

Une loi qui programme la réduction des émissions de gaz à effet de serre
L’aide alimentaire n’est pas le seul domaine dans lequel le pays s’ouvre au dialogue. C’est également le cas en ce qui concerne la lutte contre le changement climatique. George W Bush a refusé plusieurs fois de ratifier le protocole de Kyoto qui engage les pays signataires à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre. Si Barack Obama n’a pas davantage indiqué qu’il signerait ce texte, son administration travaille de pied ferme sur le projet de loi sur le changement climatique (American clean energy Act). Approuvé le 26 juin par la chambre des Représentants, il devrait être examiné à la rentrée par le Sénat. En l’état, il impose une réduction des émissions de CO2 de 17 % d’ici 2020 et de 83 % d’ici 2050. En échange de soutiens financiers, les agriculteurs pourraient avoir la possibilité de mettre en place des projets visant la rétention du carbone dans les sols. Pas sûr que le congrès ratifie le texte tel quel. Mais le gouvernement américain aura toujours la possibilité d’agir par voie réglementaire. Car en avril dernier, l’EPA (Agence de protection de l’environnement) a classé les gaz à effet de serre dans les polluants. L’administration Obama semble aussi prête à résoudre certains vieux conflits bilatéraux. Pour preuve, les avancées enregistrées sur le dossier du bœuf aux hormones, qui oppose depuis vingt ans l’Union européenne et les Etats-Unis. Le 13 juillet, Bruxelles a ouvert un contingent annuel d’importation à droit zéro concernant 20 000 tonnes de viande de bœuf américaine sans hormone. En échange, les Etats-Unis devraient lever une partie des sanctions commerciales qu’ils ont imposées sur les produits européens. Même si le dossier comporte encore quelques zones d’ombre, c’est indéniablement une avancée. Une de plus.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.