Si la Californie souffre autant de la sécheresse qui la frappe, ce n'est pas seulement par manque de pluie. L'eau n'a pas été suffisamment bien gérée et cela doit changer : le constat est unanime et l'administration veut réviser sa politique de l'eau. Les solutions, comme les propositions sont multiples, et elles divisent.
Pour la Californie, il ne s'agit plus uniquement de lutter au jour le jour contre la sécheresse la plus sévère qu'elle ait connue en un siècle. Les acteurs de terrain et l'administration le savent : la politique de l'eau n'est plus appropriée. Il va falloir la modifier. L'agriculture, déjà touchée par les conditions climatiques, est largement concernée : elle pèse pour 80% de la consommation d'eau de la région... et représente avec l'aval 44,7 milliards de dollars de recettes (32 Mrd d'euros).
Ses intérêts ne sont pourtant pas les seuls en jeu. Il faut trouver des « solutions équilibrées » entre les besoins des citoyens, de l'environnement et la « stabilité des activités économiques », pose le Water Action Plan, publié en janvier, alors que le gouverneur de Californie déclarait l'état d'urgence. Ce document-cadre fixe les priorités d'action pour les cinq ans à venir. Parmi elles, « l'extension des capacités de stockage et l'amélioration de la gestion de l'eau souterraine ».
Pour y parvenir, les idées ne manquent pas. Les prises de parole non plus. Un rapport publié début juin par deux instituts de recherche et d'action environnementaux (le Pacific Institute et le Natural Resources Defense Council) estime que la Californie pourrait dégager l'équivalent d'un tiers de sa consommation moyenne actuelle grâce à quatre type d'actions : économies et efficience de l'usage de l'eau, réutilisation des « eaux grises » (eaux urbaines usées) et des eaux de pluie. Pour ses auteurs, 17 à 22 % de l'eau d'irrigation agricole pourraient être économisés grâce à des systèmes plus économes, comme le goutte-à-goutte, tout en maintenant les surfaces irriguées et les cultures actuelles.
10 milliards de subventions
La veille de la publication de ce rapport, un groupe d'élus, et de représentants agricoles et environnementaux, l'Alliance nord-californienne pour l'eau, appelait les législateurs à allouer des subventions, entre autres, à de nouvelles infrastructures de stockage de l'eau de surface et souterraine. En effet, le débat est aussi financier, et c'est une enveloppe de 10 milliards de dollars de subventions qui est en jeu. Le gouverneur de Californie a jusqu'au 26 juin pour valider un schéma fixant les types de projets pouvant recevoir des deniers publics. S'il choisit un autre schéma que le principal proposé, il devra rassembler deux tiers des voix. Les démocrates, qui voudraient privilégier la conservation de la ressource et les économies d'eau, devront alors trouver des alliés chez les républicains, plutôt favorables aux outils de stockage de l'eau. Dans tous les cas, le schéma de subventions devra doit ensuite être voté, en novembre.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Un cadre pour l'eau du sous-sol
À plus long terme, c'est également la gestion de l'eau souterraine qui est en jeu. Le sous-sol fournit en moyenne 40% de l'eau consommée par la Californie, 60 % lors des années de sécheresse. En effet, l'eau de surface peut être régulée par les pouvoirs publics ; les propriétaires qui voient restreints leurs quotas en cas de sécheresse peuvent se tourner vers leur ressource souterraine. Hormis dans certains bassins qui en ont décidé ainsi, il n'existe actuellement pas de système étatique de gestion de l'eau souterraine. Son usage est même inhérent au droit de propriété. Et c'est là que cela coince pour les agriculteurs. Ceux-ci peuvent craindre que les pouvoirs publics se mettent à réguler l'usage de cette ressource.
« L'eau souterraine est absolument primordiale pour l'agriculture », c'est un « filet de sécurité », insiste la California Farm Federation Bureau. Globalement, les représentants des agriculteurs voudraient temporiser, et rappellent que la Californie produit la moitié des fruits, des légumes et des fruits secs qui poussent aux Etats-Unis. Les agences de protection de l'environnement, au contraire, voudraient que ce cadre de gestion se mette en place le plus vite possible.
Seul point d'accord : la gravité de la situation. La ressource du sous-sol ne se reconstitue pas aussi vite qu'elle est utilisée, de nombreuses nappes souterraines affichent les niveaux les plus bas jamais connus et en baisse chronique depuis 10 ans. Cette troisième année consécutive de sécheresse pourrait, selon une étude récente de l'Université de Davis, pousser les agriculteurs à mettre en jachère 166 000 hectares normalement irrigués, leur coûter 1,2 milliard de dollars (en perte de revenus et en coûts supplémentaires de pompage de l'eau) et peser pour 1,7 milliard de dollars sur l'économie régionale. 6 400 emplois directs, 14 500 en comptant les emplois indirects, seraient menacés.