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Elections aux chambres La politique d’installation ne suffit plus, selon la Conf’ et la CR

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Pour la Confédération paysanne, comme pour la Coordination rurale, la politique d’installation est un échec depuis plus de 15 ans. Et pourtant, elle n’a quasiment pas évolué sur cette période. Pour enrayer la baisse constante des exploitants, les deux syndicats envisagent donc d’ouvrir de nouvelles voies de réflexion. La Confédération paysanne veut privilégier les jeunes lors de ventes de terres agricoles ; la Coordination rurale souhaite leur offrir des perspectives de rémunération plus attractives.

«Le schéma global de l’installation a 50 ans, il serait peut-être temps de le mettre à jour », critique Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne. Pour le syndicat, l’installation des jeunes est en effet un échec depuis plusieurs années, et ce pour une raison simple : la politique d’installation ne se penche pas sur les véritables freins à l’installation. Aujourd’hui, le seul sujet qui est discuté autour de la politique d’installation est « la problématique du budget. Mais qu’est-ce qu’on en fait, du budget ? », interroge Philippe Collin. Pour la Confédération paysanne, si le financement des aides est effectivement un point essentiel pour soutenir l’installation, lever les freins à l’accès au foncier est autrement plus important. Et cela ne peut que passer par une révision du règlement du contrôle des structures. Cette procédure administrative donne au Schéma directeur départemental des structures (SDDS) la responsabilité d’établir des priorités entre installation, agrandissement ou démembrement d’exploitations. Or, selon la Confédération paysanne, les SDDS tranchent trop souvent en faveur de projets d’agrandissement. Conséquence : « Il y a beaucoup moins de terres disponibles à l’installation ».

Des critères stricts et inadaptés

Pour la Confédération paysanne, l’échec des politiques d’installation est également dû au manque de cohérence entre les conditions d’accès aux aides à l’installation et l’agriculture pratiquée aujourd’hui. « Un installé sur trois seulement rentre dans le cadre de l’installation », chiffre Philippe Collin. Afin d’élargir ce cadre, la Confédération paysanne et la Coordination rurale, proposent, par exemple, de reculer l’âge limite d’éligibilité aux aides (actuellement fixé à 40 ans). La CR demande également que les critères de financement soient plus souples. « Il ne faut plus limiter les prêts bonifiés aux seuls achats de matériel neuf », défend François Lucas, vice-président du syndicat. Afin de sécuriser les prêts bancaires, la Coordination propose également d’affecter à un fond de cautionnement les ressources issues de la taxation sur la vente des terres agricoles.

Pas d’installation sans perspectives

Mais la priorité pour la CR n’est pas aux ajustements des aides à l’installation. Car même « les meilleures politiques d’installation se heurteront toujours à l’absence de rentabilité, de visibilité, et de durabilité », recadre François Lucas. Or, « ce triptyque n’est pas du ressort d’un syndicat d’installation mais d’une politique agricole globale ». D’ailleurs, lorsque l’ « on regarde la politique d’installation depuis 20 ans, on se rend compte qu’elle n’a marché que dans les secteurs rentables », poursuit le vice-président de la CR. « Il y a eu la période porc-maïs, puis celle où le lait attirait les jeunes. Aujourd’hui c’est les vignes qui sont attractives », raconte-t-il. Mais les bonnes terres viticoles sont difficilement accessibles « aux jeunes étudiants qui ne sont pas issus d’une famille agricole », rappelle François Lucas. « Les nouveaux installés sont donc ceux qui s’en sortiront toujours : les fils d’agriculteurs travaillant dans des régions et des secteurs porteurs ».

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