Présentée comme une opposition entre les éleveurs et les céréaliers, la question de la réorientation des aides Pac oppose plutôt deux systèmes d’exploitation : la prairie face au labour. En témoigne la position des éleveurs bretons qui ont, si l’on en croit les FDSEA de Bretagne, rejoint, pour l’essentiel, la position des céréaliers face au problème de l’adaptation en France du bilan de santé de la Pac. C’est ce qu’expliquait un communiqué diffusé le 5 février, signé par des FDSEA du centre mais aussi des fédérations des quatre départements bretons. Quelques jours plus tard, un communiqué des fédérations régionales et JA du Massif Central, de Bourgogne, et de Midi-Pyrénées notamment, demandait un rééquilibrage des aides en faveur de l’élevage herbager.
Une opposition de régions plus que de productions. Une confrontation de systèmes agricoles, surtout, mettant aux prises le labour face à la prairie. C’est également de cette manière qu’il faut lire le débat très vif qui anime les agriculteurs si l’on en croit les positions que viennent d’exprimer les FDSEA et FRSEA. En témoigne la position des fédérations de Bretagne, région d’élevage si l’en est, qui rejoint une position proche des producteurs de grandes cultures. Dans un communiqué diffusé le 5 février, cosigné avec les fédérations de départements céréaliers Communiqué signé des départements de l’Aisne, des Ardennes, de l’Aube, du Cher, de la Côte-d’Or, des Côtes-d’Armor, de l’Eure, de l’Eure-et-Loir, du Finistère, de l’Ille-et-Vilaine, de l’Indre, de l’Indre-et-Loire, du Loir-et-Cher, du Loiret, de la Marne, de la Haute-Marne, du Morbihan, du Nord, de l’Oise, du Pas-de-Calais, du Haut-Rhin, de Seine-et-Marne, de l’Ile-de-France-Ouest, de la Somme, de l’Yonne. ces agriculteurs affirment des demandes proches de la position d’Orama.
Rapprochement des soutiens à l’hectare
Les signataires « font de la mise à plat totale de l’ensemble des soutiens actuels, 1 er et 2 nd pilier, un préalable à toute évolution, […] » ; « ils considèrent qu’une fois les handicaps naturels corrigés, les agriculteurs, quelles que soient leurs productions et leur région, doivent avoir le même accès aux soutiens du 1 er et du 2 nd pilier ». Surtout, ils « préconisent, dans le cadre du 1 er pilier, un rapprochement des niveaux de soutien à l’hectare par un mécanisme progressif partant des références historiques de chacun et aboutissant à une plage de soutiens resserrée ». Ils « rappellent que le préalable à cette convergence des soutiens est le découplage total des aides végétales et animales ». Enfin, ils s’opposent à toute activation de l’article 63 de la Pac (réorientation des aides nouvellement découplées). Au total, il s’agit de positions en opposition nette à celles exprimées par la FNB (Fédération nationale bovine) ainsi que celles des éleveurs herbagers de montagne.
Quelques jours plus tard, un communiqué signé « des présidents des FRSEA du Massif central (Jacques Chazalet), de Midi-Pyrénées (Dominique Barrau, également secrétaire général de la FNSEA), de Bourgogne, des JA du Massif central, de la FDSEA des Vosges, etc. », affirmait une position sensiblement différente. Rappelant la manifestation du 16 septembre qui avait réuni 20 000 éleveurs herbagers, ils insistent surtout sur le rééquilibrage des aides économiques de la PAC en faveur de l’élevage herbager, sur le maintien du couplage de la PMTVA et l’utilisation d’aides ciblées au titre de l’article 68 de la Pac (prélèvement sur le 1 er pilier).
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Un élevage fondé sur la culture
Pourquoi des éleveurs de l’Ouest se rangent-ils plutôt du côté des producteurs de grandes cultures ? Parce qu’il s’agit, majoritairement, d’un élevage moins herbager que fondé sur la culture et notamment le maïs ensilage. Du coup, en cas de réorientation, les Bretons ont le sentiment d’avoir plus à perdre qu’à gagner. Ainsi, le découplage des aides SCOP (surfaces céréalières et d’oléoprotéagineux) ne touchera pas moins de 73 millions d’euros, essentiellement perçus par des éleveurs laitiers au titre de leurs maïs ensilage, surtout.
La mise en œuvre de l’article 63 de la Pac leur ferait perdre une bonne part de cette aide. D’autre part, la Bretagne perçoit 441 millions d’euros de DPU (ancienne aide directe laitière, primes bovines, primes aux surfaces céréalières des éleveurs de porcs ou de volailles etc.).
Privilégier l’économique
Tout prélèvement (au titre de l’article 68) et réorienté vers les soutiens herbagers ferait sortir une bonne part de ces aides de l’économie agricole armoricaine. Le Bretons le refusent d’autant plus qu’ils y voient une aide supplémentaire à des producteurs qu’ils jugent moins organisés qu’eux et plus souvent responsables de problèmes de marché. En témoigne, explique un animateur de fédération, l’impact sur le marché français, des bovins maigres non vendus sur le marché italien en raison de la fièvre catarrhale et qui se sont retrouvés, engraissés, sur le marché national. De fait, dans ces FDSEA, on s’affirme sans ambages pour un découplage total de la PMTVA d’ici 2013. « On veut l’équité, dit un représentant syndical, dès lors qu’il y a découplage, il faut qu’il soit total pour tous ». La question est d’autant plus urgente que se profile l’après 2013 et que les primes Pac se rapprocheront plutôt de 150 euros/ha comme dans certains pays de l’UE aujourd’hui que de 300 euros/ha, moyenne actuelle en France. « On ne peut aller contre cette tendance mais il faut y aller intelligemment, en soutenant surtout l’organisation économique », dit un syndicaliste.