Abonné

Protéines végétales La recherche, clef de la compétitivité des protéagineux

- - 4 min

Les protéines végétales, comme les pois protéagineux, les fèveroles ou le soja, ont du mal à s’implanter dans les assolements en France. Un constat réalisé le 21 novembre lors d’un colloque organisé, entre autres, par l’interprofession des protéagineux (Unip). D’après les intervenants, la recherche et l’organisation des filières pourraient améliorer la situation de ces cultures.

«En 2010, les incitations données à la production de protéagineux en France, via la déclinaison de l’article 68 de la Pac, ont permis un pic de production », a indiqué Antoine Henrion, président de l’Unip. Il s’exprimait lors d’un colloque le 21 novembre à Paris sur le thème « Comment relancer la production et l’utilisation de protéines végétales françaises à partir de protéagineux et de soja ? ».

Une part toujours faible des protéagineux dans les assolements

Malgré les incitations en 2010, les surfaces de protéagineux sur la sole française de grandes cultures ont atteint les 3,7%, et sont retombées à 1,9% en 2012. Ceci s’explique, selon Antoine Henrion, par des contreperformances culturales et un manque de compétitivité prix vis-à-vis d’autres cultures comme le blé. En effet, une forte sensibilité des cultures de protéagineux aux conditions climatiques, notamment lors de la floraison, rend incertains les résultats en culture, et donc les niveaux de disponibilité chaque année. La compétitivité des sojas d’importation est aussi un frein au développement de ces cultures. Mais, selon Bruno Géhin, chef de gamme de produits protéines chez Roquette, si l’on facturait le coût environnemental de certains produits d’importation, comme le soja, les protéagineux pourraient redevenir compétitifs. Au niveau de la concurrence envers les autres cultures dans les assolements, les protéagineux pourraient tirer leur épingle du jeu si la baisse des impacts environnementaux de ces cultures était valorisée. C’est ce que propose, pour le moment au stade expérimental, la coopérative Vivescia. Ainsi, Sylvain Hauchard, président région Nord de Vivescia, a expliqué que sa coopérative tentait désormais de valoriser la baisse des émissions de gaz à effet de serre des cultures de protéagineux sur le marché du carbone. Ceci afin de constituer un fonds dédié à la diffusion de ces productions sur le périmètre de la coopérative. Cependant, les marges brutes à l’hectare des cultures de protéagineux sont souvent plus faibles que celles réalisées sur des cultures de céréales. Un frein supplémentaire au développement de ces cultures dans les assolements.

La recherche peut soutenir le développement des protéagineux

Des efforts de recherche sur les protéagineux sont nécessaires pour améliorer les rendements, les stabiliser, et améliorer la compétitivité de ces cultures dans les assolements. C’est l’avis de nombreux acteurs de cette filière, pour qui la recherche facilitera le travail des collecteurs en augmentant de façon régulière l’offre française de protéagineux. Cette recherche devrait porter sur la sélection variétale, ainsi que sur les techniques de cultures. Au niveau des itinéraires techniques, Christian Huyghe, directeur scientifique adjoint à l’agriculture de l’Inra, a souligné que la recherche travaillait sur des associations entre légumineuses et céréales au champ. Cependant, il a indiqué que des freins à ces pratiques existaient, notamment au niveau des collecteurs qui refusent de réceptionner des mélanges. Pour remédier à cela, Christian Huyghe a estimé qu’il fallait repenser l’ensemble de la chaîne, et indiqué qu’un temps d’apprentissage de ces pratiques était obligatoire. Pour y arriver, la recherche doit, selon lui, définir des règles d’assemblage d’espèces et de variétés, développer des variétés dédiées aux mélanges, organiser les filières pour gérer des lots hétérogènes et trouver des moyens de valorisation économique de ces productions et des services environnementaux qu’elles produisent. Enfin, si pour le moment la compétitivité des légumineuses péche vis-à-vis des céréales, les coûts de l’azote agricole, liés à ceux de l’énergie, pourraient remettre en cause cet état de fait. En effet, les protéagineux, autonomes en azote et permettant d’en faire bénéficier la culture suivante, pourraient voir leur compétitivité renforcée dans les assolements si les prix de l’énergie, et donc de l’azote, atteignaient un certain seuil, et que l’intérêt environnemental de ces cultures était valorisé.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.