Abonné

La Réunion : le cyclone Garance a dévasté des « milliers » de fermes

- - 6 min

Cinq morts, des centaines de milliers d’habitants sans eau ou électricité et des « milliers d’exploitations anéanties » : c’est le lourd bilan du cyclone Garance, qui a dévasté l’île de La Réunion le 28 février. La chambre d’agriculture veut revoir le dispositif d’indemnisations, alors que les producteurs réunionnais attendent les aides liées au cyclone Belal, passé il y a un an.

Quelques jours après le passage, fin février, du cyclone Garance, le ministre des Outre-mer Manuel Valls devait se rendre à La Réunion les 6 et 7 mars. Il doit y annoncer un « plan de reconstruction », qui vise à « répondre aux questions qui se posent en termes d’emplois, en termes d’agriculture et pour la reconstruction du bâti », a-t-il indiqué le 4 mars, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée. Pour M. Valls, « l’essentiel dans les heures qui viennent, c’est le rétablissement de l’électricité », ainsi que de l’eau potable et des télécommunications. Selon lui, au 4 mars, 200 000 personnes n’avaient pas accès à l’eau potable, sur les quelque 900 000 habitants de l’île.

Selon le dernier bilan au 4 mars, cinq personnes sont décédées à La Réunion lors du passage du cyclone Garance, « brutal et violent » selon les mots du préfet de l’île de l’océan Indien, frappée par de violentes pluies. Avec des vents relevés à plus de 200 km/h, le cyclone Garance « a été plus violent que Belal » (qui avait frappé La Réunion en janvier 2024) et a laissé l’île « défigurée », selon le préfet.

« Indemniser au plus vite »

Sur le plan agricole, Olivier Fontaine, président de la chambre d’agriculture de La Réunion, a fait état de « destructions et dégâts sans précédent » dans un communiqué du 28 février. Selon lui, « à ce stade, ce sont plusieurs milliers d’exploitations qui ont été anéanties ». Présent au Salon de l’agriculture, il annonçait qu’il allait, dès l’après-midi du 28 février, rencontrer « en urgence la ministre de l’Agriculture à Paris et l’interpeller sur plusieurs dispositifs prioritaires en soutien au monde agricole ». Son objectif ? « Indemniser au plus vite, dans les prochaines semaines. » L’élu réunionnais demande aussi « le gel des échéances bancaires, la mise en place de prêts et d’aides à la trésorerie, ainsi que l’exonération des charges fiscales et sociales ».

De son côté, dans un communiqué du 5 mars, la FNSEA demande « un fonds d’urgence pour les agriculteurs réunionnais », soulignant « l’ampleur des dégâts particulièrement sur la production de canne ». « Il va être compliqué de replanter de la canne » pour la récolter en fin d’année, car le cycle de cette culture « dure un an », note Olivier Fontaine dans un entretien sur la radio La Réunion la 1re, le 5 mars. Le cyclone a frappé « de vastes pans de l’agriculture réunionnaise », selon la FNSEA, qui cite aussi les bananes, les litchis, le maraîchage et l’élevage.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

électricité
Suivi
Suivre

Toutes les productions touchées

Cannes à sucre couchées au sol, plantations de bananes « littéralement pliées », serres « détruites », toitures d’élevage « arrachées par le vent » : c’est bien l’ensemble des productions réunionnaises qui ont souffert, selon Chambres d’agriculture France. Son président Sébastien Windsor s’est rendu sur place dès le 2 mars. Dans son communiqué, le réseau consulaire relève notamment que les dégâts sur les litchis laisseront les producteurs « sans revenus pour au moins cinq années ».

Lors des questions au gouvernement le 4 mars, la députée Émeline K/Bidi (groupe GDR) a fait état de « dégâts matériels considérables, particulièrement dans le nord et l’est de l’île ». Même s’ils subissent moins de dégâts directs, le Sud et l’Ouest « restent néanmoins très [affectés] par les conséquences post-cycloniques », selon l’élue. À l’image de nombreux élevages qui ne peuvent pas être livrés en aliment en raison des routes impraticables.

« Le dispositif des calamités n’est plus adapté »

L’ensemble des organisations agricoles insistent sur la nécessité d’un accompagnement rapide. Devant les députés, Manuel Valls a indiqué le 4 mars que « le travail de la Daaf et du préfet a déjà commencé en vue de la reconnaissance de calamités agricoles ». Idem pour la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle, qui « devrait aboutir en urgence dès cette semaine » (du lundi 3 mars).

Le président Olivier Fontaine appelle, lui, à « revoir » le régime des aides d’urgence. « Le dispositif des calamités n’est plus adapté à notre situation », a-t-il estimé sur la radio La Réunion la 1re. Les planteurs réunionnais attendent encore les indemnisations liées au cyclone Belal, passé en janvier 2024, car « on a dû attendre la fin de la campagne sucrière, en fin d’année 2024, pour estimer les pertes ». « J’appuierai pour le paiement immédiat » de ces aides, affirmait M. Fontaine dans son communiqué du 28 février. Il y demande aussi une « modification rapide des conditions d’éligibilité aux aides, notamment à travers les taux de pertes qui excluent beaucoup trop de nos exploitants ».

La FNSEA demande « un fonds d’urgence »

« Compliqué » de replanter de la canne à sucre, dont le cycle dure un an