Face à la multiplication des attaques de chrysomèles cet été, de nombreux producteurs de maïs vont devoir s’astreindre à la rotation de leurs cultures l’année prochaine pour empêcher les larves du parasite de se développer. Pour les maïsiculteurs, une solution existe pourtant : le maïs OGM résistant à la chrysomèle. Mais pour le ministère de l’Agriculture, la priorité reste d’empêcher le coléoptère de s’installer sur le territoire français.
Les captures de chrysomèles se sont multipliées pendant le mois d’août en Alsace et en Rhône-Alpes. En Alsace : ce sont près de 200 individus qui avaient été capturés dans la région le 19 août. Très loin des 14 prises de 2008 qui constituaient pourtant le record régional depuis 2003. En Rhône-Alpes aussi les attaques ont redoublé. Le 19 août, les services de surveillance avaient détecté 76 insectes. Les experts mettent en cause les conditions climatiques exceptionnelles pour expliquer un tel développement. La situation inquiète fortement les agriculteurs : pour lutter contre ce coléoptère, l’Union européenne impose l’application d’un insecticide dans un rayon d’un kilomètre autour de la zone infestée (zone focus) et la rotation des cultures l’année suivante dans un rayon de 6 km (zone de sécurité). En Alsace, ce sont ainsi 20 % des 150 000 ha de maïs de la région qui ne pourront donc pas être replantés l’année prochaine.
« Un engagement pour l’avenir »
« La rotation des cultures est le meilleur moyen de lutte contre les invasions de chrysomèles du maïs », a assuré mardi 18 août Pascale Briand, directrice générale de l’alimentation au ministère de l’Agriculture. « C’est une méthode contraignante mais indispensable, a-t-elle tenu à souligner, il faut agir le plus tôt possible pour éviter d’avoir à combattre une pullulation dans les années à venir ». Et de conclure : « C’est un engagement pour l’avenir ». Pour le service de la protection des végétaux au ministère de l’Agriculture, la stratégie a jusqu’à présent été efficace. « Il faut s’attendre à des réintroductions ponctuelles, c’est inévitable, explique Fabrice Marty, chef du service prévention des risques sanitaires de la production primaire, mais si la chrysomèle ne s’est pas encore définitivement installée sur notre territoire, c’est grâce à notre procédure ».
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
OGM et traitements de semences
La multiplication des attaques sur une vaste portion du territoire relance le débat sur l’homologation des OGM et des semences enrobées (Cruiser…) qui sont des moyens de lutte aux États-Unis. L’Association générale des producteurs de maïs (AGPM) s’interroge d’ailleurs, dans un communiqué du 20 août, sur l’efficacité de la méthode de lutte contre la chrysomèle telle qu’elle est mise en place en France et suggère de mettre à la disposition des agriculteurs tous les moyens de protection disponibles comme les OGM et les traitements de semences (Cruiser…). « Si la rotation culturale est un moyen de réduire l’impact de l’insecte, en “cassant” son cycle, il existe aussi d’autres moyens efficaces de lutte utilisés dans de nombreux pays d’outre-Atlantique et d’Europe centrale, les OGM, les traitements de semences…, mais dont la France a la singularité de se priver », regrette le syndicat des maïsiculteurs. Un sentiment partagé par le GNIS (Groupement national interprofessionnel des semences et des plants) qui ajoute dans un communiqué du 21 août : « Face à la menace qui pèse sur le maïs en France et aux conséquences économiques que cela pourrait entraîner, l’Europe se doit d’accélérer les procédures d’homologation des plantes résistantes à la chrysomèle »
« Incompatible avec le Grenelle »
« C’est un phénomène nouveau, il faut encore faire une communication importante auprès des professionnels, mais il est important qu’à terme la rotation devienne systématique », prévient Pascale Briand. « La présence de chrysomèles en permanence sur le territoire est de toute façon incompatible avec les engagements du Grenelle de l’environnement – le plan Ecophyto 2018 notamment », poursuit-elle. Pour lutter contre la larve, les agriculteurs qui refusent la rotation de culture sont obligés par les pouvoirs publics d’utiliser le larvicide Force 1,5 G (commercialisé par Syngenta), le Cruiser étant autorisé en complément. Mais les aides ont été mises en place par l’État de manière à inciter les maïsiculteurs à privilégier la rotation plutôt que les traitements de semences (Voir encadré). À la fin de la période d’activité de l’insecte (fin septembre), un bilan sera réalisé par le Laboratoire national de la protection des végétaux qui rendra ses travaux au début du mois d’octobre. Sur la base de ses conclusions, tous les acteurs (y compris associations écologistes et apiculteurs) seront associés à une discussion pour mettre en place la stratégie de l’année prochaine. Les débats s’annoncent d’ores et déjà houleux.