La proposition de budget de la Commission européenne pour 2015 ne laisse que très peu de marge de manœuvre au secteur agricole pour faire face à l'embargo russe sur les produits agroalimentaires de l'UE. Le plan prévu par Bruxelles pour venir en aide aux producteurs laitiers des pays baltes et de Finlande est au point mort. Alors que Moscou a étendu ses mesures de restriction aux abats, graisses et farines animales.
C ONTRAIREMENT à ce qu'elle avait annoncé la Commission européenne n'a pas apporté de nouveaux détails concernant le plan d'aide aux producteurs laitiers des pays baltes et de Finlande (1). La faute aux incertitudes sur le budget européen (2). Avec une réserve de crise fortement réduite (il ne reste plus que 88 millions € sur les 430 millions de départ), les États membres se montrent beaucoup plus réticents à faire preuve de solidarité. Bruxelles a seulement confirmé aux experts des États membres, lors du Comité spécial agricole le 22 octobre, que deux critères seront retenus pour accorder les aides : le degré d'exposition des pays (plus de 15% des exportations de produits laitiers destinées à la Russie avant l'embargo ce qui concerne la Lituanie, la Lettone, l'Estonie et la Finlande) ; et une chute importante des prix payés aux producteurs (ce qui n'est pas pour le moment le cas de la Finlande où la principale coopérative qui regroupe 85% des producteurs a absorbé dans un premier temps la baisse des prix sans la reporter sur les producteurs).
Des fonds supplémentairesSans surprise, la Finlande et les pays baltes ont souligné l'importance de la mise en œuvre rapide de ces mesures ciblées. Mais certains ont demandé un temps de réflexion (France, Espagne, Danemark), surtout que les mesures mises en œuvre à ce jour n'ont pas prouvé leur efficacité. La France, notamment, a répété qu'elle préfèrerait des mesures de marché impliquant des instruments plus efficaces mis en œuvre pour un coût plus raisonnable. Par ailleurs, l'Irlande et la France ont demandé un renforcement de la surveillance du marché du lait actuellement sous pression. Le dossier attendra donc la prise de fonction du nouveau commissaire européen, Phil Hogan (3). D'ici là, des fonds supplémentaires pourraient laisser un peu plus de marge de manœuvre à la Commission européenne pour mettre en place un plan d'aide d'urgence aux producteurs laitiers des pays baltes.
En effet, selon des premières estimations non officielles, sur les 175 millions € d'aides d'urgence pour le secteur des fruits et légumes périssables (dont 146 millions en provenance de la seule Pologne) qui avaient été notifiées à Bruxelles (pour un budget de 125 millions) seuls 55 à 65 millions pourraient être réellement confirmés. Après vérifications de la part des États membres (qui avaient jusqu'au 22 octobre minuit pour transmettre leurs données définitives à la Commission), de nombreuses demandes ne seraient finalement pas recevables. Pour les producteurs qui ne sont pas membres d'organisations de producteurs, Bruxelles avait en effet demandé aux États membres de mener des contrôles dans chaque exploitation ayant fait une demande d'aide. De même, pour le plan d'aides aux pèches et nectarines, un budget de 33 millions € a été débloqué, et là encore l'intégralité de l'enveloppe ne sera pas consommée.
L'embargo élargiLa Russie a annoncé, le 20 octobre, qu'elle étendait son embargo sur les produits agroalimentaires européens aux abats, farines et graisses issus des bovins et porcins et aux graisses de volaille. Dans une lettre adressée à la Commission européenne, l'agence vétérinaire russe, Rosselkhoznadzor, justifie cette décision par le fait que des bactéries ont été retrouvées dans ces produits issus de six États membres de l'UE (Italie, Hongrie, Allemagne, Autriche, Danemark et Pologne). Les exportations de produits porcins étaient de toute façon déjà bloquées par la Russie suite à la découverte de cas de peste porcine africaine dans l'UE (4). Par contre les produits bovins continuaient à y être exportés. Entre le mois de janvier et le mois d'août de cette année ce sont 31 000 t d'abats (pour 47 millions € soit 56,8% des exportations totales de l'UE pour ces produits) et 9 629 t de graisses (pour 9,9 millions € soit 76,7% des exportations européennes) qui avaient été exportées. Ces volumes représentent environ 6% des exportations totales de graisses et d'abats de bovins de l'UE. Les principaux États membres exportateurs de ces produits étant l'Irlande, l'Autriche, la Lituanie, l'Allemagne et la France.
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Pour les graisses de volailles, les volumes concernés sont négligeables. Ces nouvelles mesures qui s'ajoutent à la décision de Moscou d'interdire les importations de fruits et légumes d'Ukraine (où transiteraient des produits européens) viennent peser encore un peu plus sur le marché européen. Mais sans budget, il sera désormais difficile d'agir pour l'UE (5).
(1) et (4) Voir n° 3467 du 20/10/2014
(2) et (3) et (5) Voir même numéro