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Grippe aviaire La vaccination, ultime recours

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La vaccination des volailles n’est pas une solution miracle pour lutter contre la grippe aviaire, selon l’Afssa et l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), dont les représentants étaient auditionnés le 8 mars par la mission d’information parlementaire. L’Agence française de sécurité sanitaire devrait publier un nouvel avis sur la vaccination prochainement.

« L’injection miracle, il faut l’oublier». Prononcée le 8 mars dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, l’affirmation est venue d’un professionnel qui peut difficilement être soupçonné d’être un opposant à la vaccination : Louis Egron est le chef vétérinaire du laboratoire Intervet SA, l’entreprise retenue pour la fourniture à la France de vaccins animaux contre la grippe avaire. S’il se félicite d’avoir vu son laboratoire retenu par l’appel d’offre français, le représentant d’Intervet a néanmoins souscrit aux discours extrêmement mesurés sur l’usage de la vaccination, tels qu’ils ont été tenus par Philippe Vannier, directeur de la santé animale à l’Afssa et par Bernard Vallat, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), lors de la table ronde organisée par la mission d’information parlementaire sur la grippe aviaire.

Difficultés de mise en oeuvre

La vaccination des volailles rencontre des problèmes de mise en œuvre pratique, résume Philippe Vannier. Premier frein : le nombre d’injections. Deux piqures sont nécessaires pour chaque animal à 3 ou 4 semaines d’intervalle, le caractère opérant du vaccin n’intervenant que 6 semaines après la première injection. Un délai qui, pour les volailles standard, correspond… à la durée de vie de l’animal, les poulets standard étant abattus après 45 jours d’élevage en moyenne. De plus, certaines techniques ne permettent pas actuellement de différencier, chez le canard notamment, les anticorps induits par le vaccin de ceux liés à la souche sauvage. Or, « il faut absolument pouvoir faire la distinction», explique le directeur de la santé animale de l’Afssa, faute de quoi le vaccin peut « masquer » l’apparition du virus chez un animal ou dans un élevage. Les nombreuses espèces avicoles ne simplifient pas la tâche. Philippe Vannier ajoute enfin qu’un élevage vacciné n’est jamais protégé à 100%, quelques animaux pouvant être sensibles au virus et l’excrêter à leur tour, malgré le vaccin.

La dernière touche au tableau a été apportée par Bernard Vallat, le directeur général de l’OIE : « La plupart des vaccins comportent un excipient huileux qui peut être toxique au point d’injection», explique-t-il. Cet excipient disparaît au bout de 4 semaines chez le volatile vacciné, ce qui « rend peu compatible l’usage de la vaccination et l’usage économique des poulets ».

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Méfiance des importateurs

Une vaccination massive des volailles pourrait en outre avoir des conséquences négatives pour les exportations françaises de poulet. « Une certaine méfiance risquerait de s’installer envers les exportations françaises », craint Bernard Vallat. Souvent, explique-t-il, l’image d’un pays qui vaccine, est celle d’« un pays qui n’a pas confiance dans ses services vétérinaires ». Pour l’OIE, la stratégie suivie par la France, de détection précoce et d’élimination des oiseaux malades, « est la plus efficace ». « Plus on vaccinera, plus on aliénera notre potentiel à l’export », conclut-il.

La vaccination est toutefois jugée utile « lorsque les lignes de défense sont enfoncées », précisant que 140 des 167 pays membres de l’OIE ne sont pas capables de mettre en oeuvre une politique sanitaire stricte capable de faire une détection précoce de la maladie en élevage. Mais la vaccination, lorsqu’elle intervient, ne doit être que temporaire, insiste le directeur de l’OIE, le temps que le pays concerné mette en place le dispositif sanitaire considéré comme le plus efficace : épidémiosurveillance et abattage ciblé.

Par ailleurs, la probabilité est « forte» que l’Australie, le Canada et les Etats-Unis soient rapidement atteints le virus, selon Bernard Vallat.