Le Missouri est près d’interdire aux substituts de viandes de s’appeler “viande”. Les éleveurs locaux se réjouissent, mais la guerre des labels pourrait vite devenir nationale.
Pour la plus grande satisfaction des éleveurs locaux, le Missouri n’est plus qu’à une signature de promulguer une loi qui interdirait dès la fin août, dans cet État du Midwest, d’appeler “viande” un produit qui n’est pas issu d’un animal d’élevage. Sont visées, sans être citées, les alternatives végétales (steak de soja, saucisses véganes…) mais aussi - et bien qu’aucun produit ne soit encore sur le marché - les “viandes” de synthèse issues de cellules animales cultivées in vitro. Des “Fake meat” (fausse viande), résument leurs détracteurs. Si elle est validée par le bureau du gouverneur du Missouri, cette loi sera la première du genre aux États-Unis.
Pour les éleveurs, le mot “viande” affichée sur les nombreux substituts végétaux, en rayon, et sur les futures viandes “cellulaires” serait trompeur pour le consommateur. Ces substituts, plaident-ils aussi, ne sont pas soumis aux mêmes exigences sanitaires que la viande issue des abattoirs - pas même les viandes “in vitro”. Pour les partisans des “clean meats”, au contraire, le cadre actuel est suffisant. Uma Valeti, cofondateur de Memphis Meats, start-up qui promet de la viande “cellulaire” dans les assiettes d’ici à 2021, assure que “la qualité nutritionnelle et la composition des produits issus de cultures cellulaires sont équivalentes à celles des produits carnés actuels”. Et "les mentions trompeuses, c’est déjà interdit par la réglementation fédérale", renchérit le Good Food Institute, pour qui l’actuelle mention “viande à base de plantes” est explicite.
Un débat devenu national
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
La bataille du monde de l’élevage contre les “fake meat” n’est pas locale. Les associations d’éleveurs du Missouri qui soutenaient le projet de loi appellent les autres États à leur emboîter le pas. Surtout, au niveau fédéral, l’association des éleveurs bovins (USCA) a déposé en février une pétition demandant au Département de l’Agriculture (USDA) de redéfinir les termes “boeuf” et “viande” pour en exclure les viandes issues de cellules animales. L’association nationale des producteurs de viande bovine (NCBA), qui a fait du sujet l’une de ses priorités pour 2018, dit dans une lettre officielle à l’USDA qu’elle aimerait voir confiée la régulation des viandes “cellulaires” au FSIS, le service d'inspection des aliments de l’USDA. Enfin, un paragraphe d’un projet de loi de dépense demande à l’USDA de réguler les viandes “cellulaires” ainsi que les exigences d’inspections, et de lutter contre “les falsifications et les appellations trompeuses.”
Les pro- “clean meats” se disent prêts à torpiller toutes les initiatives des anti-” fake meats” et à poursuivre le lobby au niveau federal, forts, peut-être, des échecs répétés pour bannir le terme “lait” des boîtes de laits végétaux.
Aux Etats-Unis, l’association nationale des producteurs de viande bovine (NCBA) a fait du sujet des "fake meat" l’une de ses priorités pour 2018