Avec les orages qui se sont abattus le dimanche 6 juillet au soir dans l'Aude surtout et dans l'ouest de l'Hérault, c'est un nouvel épisode de grêle qui frappe le potentiel agricole français en un mois, mais cette fois à vaste échelle : 15 000 hectares de vignes, 4 000 de grandes cultures et plusieurs centaines d'hectares de vergers et de maraîchage, selon la Chambre d'agriculture de l'Aude. Cette répétition des orages de grêle et, cette fois, un épisode d'ampleur exceptionnelle, remet sur la table, avec urgence, la question d'une généralisation de l'assurance multirisque climat chez les agriculteurs. Cet aléa climatique touche tout un pan de l'économie d'un département, l'Aude, qui repose essentiellement sur l'agriculture.
«C'EST la première fois que je vois un ravage de grêle sur une telle étendue. Jusque-là c'était sur 300 ou 400 hectares, là c'est sur des milliers d'hectares », a commenté le président de la Chambre d'agriculture de l'Aude, Philippe Vergnes, le 10 juillet, devant quelque 15 000 hectares de vignes ravagées. Cet épisode de grêle dans l'Aude est le quatrième depuis le début de l'année, a indiqué Emmanuel Rouchaud, chef du service viticulture à la Chambre d'agriculture de l'Aude.
Le premier orage de grêle dans la région s'était produit le 25 mai dans l'ouest du département, puis deux ont eu lieu dans le Narbonnais respectivement les 13 et 18 juin. Ces sinistres ont porté à chaque fois sur 300 ou 400 hectares.
Un épisode exceptionnel par son intensité et sa superficie
Le 6 juillet, la chute de grêle a été exceptionnelle par son intensité et sa superficie, a relevé Emmanuel Rouchaud. Les vignobles du Razès (région naturelle située près de Limoux) et du Malepère (situés plus à l'ouest) ont été atteints avec 50 à 100% de dégâts, tandis que dans le Minervois, plus à l'est, jusqu'à la lisière de l'Hérault, les dégâts ont représenté 80 à 100% des parcelles. La cave coopérative de Redorte, située entre Carcassonne et Narbonne, risquera de perdre des marchés, et une partie du personnel est menacée de chômage technique.
« Mon vignoble a été sinistré à 80% », a témoigné Julien Ferrand, viticulteur à Rieux, dans le Minervois. Les grappes de raisin étaient formées, le stade de la véraison (les raisins verts se gonflent et mûrissent, deviennent moins acides et s'enrichissent en sucres) commençait, à un mois de la vendange pour les blancs. De nombreux grains sont à terre, mêlés à des feuilles, et les grains qui subsistent, en partie déchiquetés, ne sont pas à l'abri de la pourriture.
L'orage de grêle laissera des séquelles au-delà de la vendange 2014, parce que des rameaux ont été cassés, a ajouté Julien Ferrand. Ils repousseront en partie sous une forme de buisson, ce qui compliquera la taille de la vigne l'hiver prochain.
Un désastre économique
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La grêle aurait détruit l'équivalent d'un million d'hectolitres de vin, sur les quatre millions que produit annuellement l'Aude, a rapporté Jérôme Despey, viticulteur dans l'Hérault et président du conseil spécialisé « vin » de FranceAgriMer. Au-delà des personnes et de leurs exploitations, c'est tout un pan de l'économie du département qui est atteint. La viticulture audoise aura perdu entre 60 et 80 M€ de chiffre d'affaires avec la vendange 2014, selon Michel Servage, président de la Confédération nationale des vins IGP, situé également en plein Minervois, et dont les vignes ont été frappées à 80%. Cette amputation d'une partie de la viticulture audoise est à même de fragiliser l'économie du département. L'Aude est classée avant-dernier département par son revenu par habitant, tous secteurs confondus, a souligné Philippe Vergnes. Mais il n'y a pas que la viticulture. Dominique Gourass, vice-président de Groupama Méditerranée, fait état de gros dégâts dans les grandes cultures et aussi dans l'arboriculture. « Les ravages sont dus à la combinaison d'un phénomène de tempête et d'une chute de grêle », décrit-il. Heureusement, dans certaines zones explique-t-il, certaines coopératives ont poussé les viticulteurs à s'assurer, de manière à bénéficier elles-mêmes d'une assurance perte d'exploitation. De même que certains groupes de vignerons indépendants qui ont pu négocier des contrats collectifs.
Jérôme Despey demande un taux d'aide garanti par l'État
En visite dans le Minervois le 9 juillet, Jérôme Despey a réitéré sa demande d'une contribution de l'État au système assurantiel. Il demande notamment un taux garanti d'aide, qui éviterait une baisse du taux de soutien si les viticulteurs sont plus nombreux à s'assurer. Il veut éviter qu'il arrive à la viticulture ce qui s'est produit dans les grandes cultures : le taux de prise en charge des primes et cotisations relatives aux contrats d'assurance climatique est passé de 65% en 2013 à 43% depuis le printemps dernier.
LES quatre épisodes grêleux qui se sont abattus sur l'Aude, et principalement le dernier en date, montrent que, depuis un ou deux ans, le fléau peut frapper n'importe quelle région.
D'abord l'Aude elle-même, n'avait pas vu tel événement de grêle depuis 1981. Ensuite, ces dernières semaines ont vu plusieurs régions de France sinistrées localement par des orages de grêle, a rappelé Jérôme Des-pey : le dimanche 8 juin la pointe du Médoc, le bassin de production viticole du cognac, et en Ile-de-France le nord des Yvelines et le Val d'Oise, puis l'Essonne le 9 juin. En Bourgogne, le samedi 28 juin, ce sont plus de de 2 000 hectares de vignoble qui ont été détériorés par la grêle, dans des appellations qui avaient déjà été frappées en 2013 (Beaune, Pommard Volnay, Monthelie).
« Depuis quelques années, on assiste à une recrudescence des phénomènes d'orages de grêle, aucune région n'est épargnée », a constaté Jérôme Despey, qui est aussi secrétaire général adjoint de la FNSEA. « Le problème d'approvisionnement va se poser. Nous risquons de nouveau de perdre des parts de marchés alors que les conditions climatiques nous amènent d'année en année à avoir les plus petites productions jamais connues », a-t-il insisté.
« Depuis plus d'un an que la profession demande au ministre un taux garanti à 65%, nous n'avons pas de réponse ». Le système assurantiel français est abondé par le premier pilier de la Pac à hauteur de 80 M€. Stéphane Le Foll a annoncé une rallonge de 20 millions d'euros le 10 juillet « Il faut que l'État s'engage pour la partie dépassant cette somme de 80 M€. Pour l'instant, trop peu de viticulteurs sont assurés : 100 000 hectares de vignobles sont assurés, sur 800 000 hectares ». « Vu les circonstances, je ne vois pas d'autre solution que l'assurance obligatoire pour les coups durs » climatiques, notamment la grêle, a-t-il conclu.