La réforme tant attendue des vins français pourrait enfin voir le jour lors de la prochaine table-ronde de la filière viticole, annoncée par Hervé Gaymard. Au cours de cette réunion, un pré-rapport proposant une nouvelle segmentation des vins sera remis au ministre. Principale innovation : il prévoierait la création d’un vin de pays de grandes zones. Peu de temps après ce premier rendez-vous, un Livre blanc, devrait être remis au ministre. Son objectif : redéfinir la place du vin dans la société, après une série d’attaques venant du milieu de la santé concernant la publicité en particulier. Ces deux documents devraient inspirer des décisions du gouvernement, dans un avenir proche, en raison de la crise que traverse la viticulture. Pour autant, même si le gouvernement adopte des mesures très favorables, tout ne sera pas réglé car la crise est d’ampleur mondiale. Les grands vignobles l’ont compris et réfléchissent à des évolutions en profondeur. Car le virage est historique.
« Il faut fixer le cap pour l’avenir de la filière viticole française », a déclaré Hervé Gaymard, lors du 32e Congrès de la Confédération des coopératives vinicoles de France (CCVF) le 30 juin à Paris. L’idée n’est pas nouvelle puisque le nom du rapport Berthomeau (un des nombreux rapport dédiés ces dernières années à la filière viticole), réalisé en 2000, s’appelait CAP 2010. Le ministre a d’ailleurs évoqué ces nombreux rapports et a estimé qu’il est temps de «siffler provisoirement la fin du jeu». En effet, la crise qui frappe durement en particulier le grand vignoble bordelais rend urgente une prise de décision. Rendez-vous a donc été pris pour le 13 juillet, reporté depuis au 20 ou 21 juillet. Tous les acteurs de la viticulture sont invités à s’entendre autour d’une table.
Le ministre savait certainement que les familles viticoles, sous l’égide de l’INAO et de l’Onivins, ont enfin réussi à tomber d’accord sur les principaux points d’une réforme. Une pré-rapport est en cours de rédaction. Il reprendrait des idées du rapport Berthomeau qui conseillait de créer une nouvelle catégorie de vin pour l’exportation, ainsi que des axes de réforme des AOC proposée au printemps par René Renou (INAO) destinée à augmenter la qualité et faciliter l’approche des AOC.
Une alternative aux AOC en difficulté
Ce pré-rapport que l’Onivins et l’Inao devraient remettre au ministre à l’occasion de la table-ronde, prévoit une segmentation assez voisine de celle existante, avec trois catégories de vin, de manière à ne pas ajouter en complexité.
D’une part, les AOC qui veulent rester fidèles à leur image de rigueur et veulent même faire l’effort d’y coller en réécrivant les décrets par appellation, en exerçant plus de contrôles dans les vignes et en renforcant les conditions d’agrément des vins. Leur segmentation (grand cru, premier grand cru, appellation régionale, communale...) va être refondue pour plus de simplicité. Mais pas question d’assouplir les pratiques oenologiques.
Cet assouplissement sera accordé à une catégorie de vins de pays dits de grande zone, que chaque grand bassin de production aura la liberté de créer ou non (Alsace et Bourgogne n’y tiennent pas). Cela supppose de mettre en place des règles pour gérer la mixité des productions (la mixité existe déjà en Languedoc). Tout en possédant une indication géographique, ces vins pourront être « markétés » et utiliser les pratiques des vins du nouveaux monde (assemblage, boisement par copeaux...). Ils offriront notamment une alternative à certaines AOC en difficulté. Les grands metteurs en marché sont demandeurs de ces vins de grande zone, avec des productions en volumes importants, qu’ils destinent d’abord aux marché d’exportation. Avantage : les coûts de production de ces vins seront plus bas et ils seront donc plus compétitifs. Les grandes lignes sont tracées mais bien des détails, où se niche le diable comme chacun sait, restent à régler. Déjà, l’Association française des éleveurs, embouteilleurs et distributeurs de vins et spiritieux (AFED) a demandé le 6 juillet au gouvernement d’autoriser la création de vins d’assemblage à partir de vins de pays venant de toute la France, sous le label géographique « Val de France ». Les producteurs ne sont pas d’accord et tiennent à des indications régionales. Ils craignent notamment que les négociants tirent les prix vers le bas en mettant en compétition les vignobles les moins chers avec les autres.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Quant aux vins de table, dans la nouvelle configuration, leur situation reste inchangée. Il est probable que les vins de pays de grande zone attireront certains d’entre eux.
Clarifier les règles applicables à l’évocation des vins dans les médias
L’autre rapport attendu, pour la fin juillet cette fois, concerne un sujet encore plus sensible : la santé. Depuis quelques mois, les attaques des professionnels de la santé contre l’alcoolisme sont très mal vécues par la filière. La sévérité dans l’application des mesures contre l’alcoolisme au volant, dont ils ne remettent pas en cause le bien-fondé, a entrainé l’an dernier une baisse sensible des ventes de vins dans les cafés-hôtels-restaurants, un circuit de vente important. Un effet que la profession tente de corriger en proposant des ventes de vin au verre.
Les campagnes des interprofessions des vins de Bordeaux et des vins de Bourgogne ont fait l’objet d’attaques. La justice a retenu les arguments de l’ANPAA (Association nationale pour la prévention en alcoolisme et en addictologie), à l’origine des procès, et a condamné les campagnes. Les vignobles redoutent un coup de frein général à leur communication collective, alors que la consommation de vin continue de s’éroder en France.
Inquiets de ces offensives, les viticulteurs demandent un modus vivendi. Les parlementaires proches des milieux viticoles se sont emparés du sujet. Ils ont organisé une large consultation (Education nationale, milieu médicaux, viticulture). Leur synthèse, sous forme de livre blanc, doit être remise à Hervé Gaymard fin juillet. De source professionnelle, parmi les propositions qu’elle contiendrait : mieux prendre en compte les spécificités des boissons dans les campagnes de prévention (le vin serait peu impliqué dans l’alcoolisme des jeunes), associer la filière viticole aux actions de prévention et promouvoir des slogans valorisant la modération. En ce qui concerne la communication, le livre blanc préconiserait de clarifier les règles applicables à l’évocation des vins dans les médias et de permettre aux viticulteurs de communiquer sur la qualité grâce à une adaptation de la loi Evin. Une mesure à laquelle les viticulteurs tiennent beaucoup. Un amendement a déjà été introduit en ce sens dans le projet de loi sur le développement des territoire ruraux (dont la deuxième lecture a été reportée à l’automne).
Même s’ils obtiennent gain de cause sur l’ensemble de leurs demandes, les viticulteurs savent qu’ils ne sont pas tirés d’affaire car l’avenir s’annonce houleux. La consommation de vin est stable dans le monde, la production est en forte hausse et la compétition est impitoyable. Les crises actuelles ne sont sûrement que l’amorce d’un mouvement durable et qui peut devenir destructeur.