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Exploitations La volatilité s’invite dans les revenus agricoles

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L’apparence est favorable : le revenu des agriculteurs pour 2010 est estimé en hausse de 66% selon les statisticiens du ministère de l’Agriculture. Ils se sont exprimés lors de la commission des comptes de l’agriculture le 16 décembre. La réalité est plus nuancée. Elle doit être replacée dans un contexte de plusieurs années : -46% entre 2007 et 2009. Au total, la progression de 2010 ne compense pas les mauvais chiffres des années précédentes.

Telle est la conséquence concrète sur le revenu paysan de la volatilité de plus en plus grande des prix des produits agricoles. Ainsi, 66% de hausse ne suffisent pas à rattraper deux années de réduction du revenu de 47% (1) : le revenu agricole est encore de 11% inférieur à son niveau de 2007, indiquent les statisticiens. L’écart est encore plus fort pour certains. Pour les producteurs de lait, la hausse de revenu est de 89% en 2010. Pour autant, elle ne compense pas deux années de baisse depuis 2007. Dans ce secteur, les éleveurs avaient pourtant profité de facteurs favorables. Sur l’année, le prix du lait de vache est en hausse de 10% après un effondrement les deux années précédentes. La collecte laitière a donc commencé à reprendre.

Bilan de santé
Concernant les exploitations bovines en général, les statisticiens notent qu’avec le bilan de santé de la Pac, ils ont perçu de nouveaux DPU herbe. Un impact estimé à 14% (bovins lait) ou 16% (bovins viande) du revenu de ces éleveurs. Toutes productions confondues, le volume de subventions a d’ailleurs augmenté de 1 milliard pour atteindre la dizaine de milliards d’euros. La part des aides à l’exploitation (8,9 milliards d’euros) est maintenant ultra-dominante face aux aides sur les produits (1,1 milliard d’euros). La raison : le découplage des aides qui touche maintenant la quasi-intégralité des subventions. Pour les bovins viande, l’évolution du résultat courant avant impôts affiche + 25%.
Dans le secteur ovin, le volume de la production stagne mais les prix se tiennent. Le revenu se redresse principalement par l’attribution d’une aide « couplée » aux éleveurs. Elle contribuerait pour 66% au revenu des éleveurs.

Hors sol en difficulté
Un des secteurs les plus défavorisés reste la production hors sol. Son revenu ne progresserait que de 11% en 2010 et de 8% si l’on tient compte de la moyenne triennale (2008-2009-2010). Mais depuis 2006, la recette des éleveurs hors sol est en moyenne en baisse de 11%. En volailles, seuls les abattages de poulets sont en hausse. Les autres espèces sont en réduction. Les prix sont en baisse de 2%. Si les coûts d’aliments du bétail, déterminants pour le hors sol, se réduisent en début d’année, ils recommencent à grimper en fin d’année. La trésorerie est à ce moment sérieusement mise à mal.

Redressement « spectaculaire »
C’est pour les exploitations de grande culture que les résultats sont les plus favorables. Le redressement est jugé « spectaculaire » par les statisticiens. La volatilité des prix frappe de plein fouet, notamment en raison des sècheresses et baisses de production dans l’Est de l’Europe. Du coup, le résultat par actif non salarié aurait augmenté de 177% pour les céréaliers et producteurs d’oléoprotéagineux. Néanmoins, si l’on calcule en moyenne triennale, c’est plutôt une baisse de 12% qui est constatée.
La viticulture, pour sa part, reste dans une situation délicate. Le volume vendage a diminué et le revenu n’est sauvé, pour les producteurs de vins courants, que par une réduction du coût des intrants. Le revenu de la viticulture d’appellation est en baisse de 7% tandis que celui des producteurs d’autres vins, durement touchés les années précédentes, s’amélioreraient mais resteraient faibles, notamment en Languedoc Roussillon.

Faibles récoltes en fruits et légumes
A son tour, la récolte de fruits a été faible ce qui a permis de maintenir des prix en hausse par rapport à 2009. Le revenu s’améliore sur 2010 mais sur trois ans, l’évolution est en baisse. Même chose en maraîchage : la plus faible production a permis de maintenir des prix.
Autant de secteurs qui affichent une bonne santé en 2010. Mais cela cache une évolution bien moins favorable à moyen terme. Globalement, les chiffres montrent que le revenu moyen des années 2008-2009-2010, pour l’ensemble des agriculteurs, déduction faite de l’inflation, est à peine supérieur à celui de 1992. C’est particulièrement vrai de secteurs comme l’élevage de porcs. Dans d’autres, les aides publiques auront joué un rôle important. Y compris les aides françaises, les subventions à l’agriculture ont progressé d’environ un milliard d’euros pour atteindre 10 milliards.

(1) : Il faut rappeler que, tandis qu’il suffit de 50% de baisse pour passer de 100 à 50, il faut 100% de hausse pour revenir de 50 à 100.

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